La ProD2 2015-2016 Par Capitaine A’Men’Donné Merveilleuse Prod2 ! Alors que le mois d’avril est celui du sprint final, celui de mai est consacré aux phases finales, et enfin, les mois de juin à août, c’est pour la saison de la DNACG. Ha, fantastique mois de juin où à la lecture de Midi Olympique on se prend à croire que l’on a acheté Les Échos par erreur… Sauf bien entendu que Les Échos, entre autres défauts, savent, eux, à peu près de quoi ils parlent en matière de comptabilité et d’économie. L’on fut gâtés cette année. D’un côté, la saison 7 (série reconduite !) de la fusion basque, avec son season final surprenant et haletant, ses twists narratifs peu crédibles mais efficaces, ses personnages qui disparaissent et réapparaissent au mépris de toute forme de morale et de cohérence, et ses montages juridiques tortueux dignes des meilleures entreprises bancaires luxembourgeoises. Les joueurs auront fort à faire pour être au niveau ; de leur adversaires au niveau rugby, et de leurs dirigeants niveau humour. De toute façon, David Roumieu était la seule raison de suivre l’Aviron l’an dernier, et côté BO, c’est depuis la retraite de David Couzinet que cette équipe n’offre plus aucun intérêt pour l’esthète. En gros, la fusion, au départ t’as deux trucs merdiques, et à la fin aussi, mais t’as perdu plein d’énergie entre-temps. De l’autre, la mini-série à suspense Lilloudax moultipass. Lequel des deux clubs aura le droit de passer une saison de galère en Prod2 ? À l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne le sait. Et à l’heure où cet article sera publié (dans 6 mois selon les standards de la Boucherie) non plus, selon toute probabilité. En tout cas, il faut remercier le club de Lille. Déjà, pour la première fois de l’ère professionnelle, la LNR et la FFR étaient d’accord. Ce n’est pas rien. Ensuite, le peu de communication des Nordistes a permis moult théories du complot hilarantes. Avec du côté Ch’ti la mise en avant d’un vaste réseau d’illuminati landais au service des Basques reptiliens qui contrôle le monde. De l’autre côté, c’est l’inflation affolante de la dette lilloise, véritable Grèce du rugby français, passant de 300 000 euros mi-juin à 1 million début août -mais tout en étant comblée. Le truc triste dans tout ça, c’est qu’avec l’appel aux dons via Internet, Sylvain Marconnet a encore échoué à se rendre utile. Terrible destinée. En tout état de cause, nous souhaitons bon courage à celui des deux clubs qui sortira du chapeau, avec un recrutement chaotique, une préparation stressante, et de toute façon, on parle de Lille et Dax, ça aurait été dur pour eux même sans ça. Reste qu’on aura bien rigolé, et c’est toujours ça de pris. Sinon, en ce qui concerne ceux qui ont une chance de faire partie des gros bras, c’est l’USAP qui semble au-dessus du lot. Un effectif stable, renforcé par un recrutement plutôt malin, Duvenage, Strokosh ou Château toujours là, tout semble sourire aux Catalans. Mais n’oublions pas l’incroyable capacité de ce club à se surpasser pour commettre l’improbable. Il y a trois ans, ceux-ci s’imposaient à Toulouse. Il y a deux ans, ils descendaient à la suite d’un recrutement ambitieux. La saison dernière, ils arrachaient la demi à domicile, où ils menèrent de 16 points avant de se faire rejoindre par Agen. Agen, quoi. Alors, l’USAP est légitimement favorite certes, mais, s’il y a une équipe en France pour laquelle ça ne signifie rien, c’est bien eux. Néanmoins, derrière eux, il ne semble pas y avoir grosse concurrence cette année. Vous entendrez certainement parler de Lyon. Mais pour la énième fois, les équipes reléguées du Top14 font toujours une saison chaotique, aucune raison pour que cela change avec le LOU, qui a dû changer une bonne part de son effectif, ainsi que de son staff. Je parle même pas de Bayonne. D’ailleurs même le journaliste le plus fainéant de Rugbyrama ne se tentera pas à les placer en favoris (même s’il pourra toujours trouver 4 déclas qui montrent que l’Aviron veut monter en Top14, mais en même temps, c’est le cas de toutes les autres équipes, hein, c’est un peu le principe). Mais outre ceux-ci, difficile de dégager un réel favori cette année, contrairement à la saison dernière où les meilleurs médias de rugby avaient anticipé les montées de Pau & Agen. Pas dans cet ordre, mais ça va, je suis pas devin non plus, et avoir niqué tous les spécialistes rémunérés dans cet exercice suffit à flatter mon ego déjà boursouflé par l’improbabilité d’avoir survécu physiquement (et mentalement, même s’il y a des séquelles) à 15 saisons de suivi attentif de la Prod2. Bref, mettre en exergue un autre club en particulier sera un exercice périlleux cette année. Les autres demi-finalistes présentent tout de même de solides garanties. Mais Albi a perdu son coach, et un club de ce budget-là, tout auréolé de son statut de qualifié, l’an dernier ça a donné Narbonne (sauvé par la peau des couilles de kiwi, et par le formidable travail de fond effectué par Dourthe à Dax), et il y a deux ans, Aurillac (auteur d’une saison remarquable d’insignifiance en 2013-14, mais au moins sans se mettre en grand danger de relégation, eux). Bref, Reggiardo qui vient de se faire dégager de Castres après l’avoir sauvée pour la deuxième fois de la décade (l’Aveyronnais manque singulièrement de tact, tous les Cantalous vous le diront), aura fort à faire pour insuffler une nouvelle dynamique après l’intermède réussi de Mola (oui, cette phrase est drôle, mais néanmoins tout à fait exacte). Quant au Stade Montois, il a perdu certaines pièces importantes de l’équipe. Or, la force des Landais l’an dernier, c’était la cohérence de l’effectif, et un jeu collectif très bien huilé. Alors, le recrutement est excellent, le tout est de savoir si la greffe prendra assez rapidement, car une fois lancée, là oui, cette équipe pourra faire figure de prétendant sérieux, malgré son légitime statut de favorite. Vu que l’approche intuitive semble ici défaillante pour dégager un deuxième favori naturel derrière l’USAP, essayons l’approche cartésienne. Pour monter en Top14, l’expérience nous apprend que les critères suivants sont primordiaux : stabilité & qualité de l’effectif et du staff, vécu collectif récent, dynamique en cours, budget, et tranquillité de la vie du club (au niveau des dirigeants, j’entends, ce qui élimine de suite les clubs basques). Et en prenant en compte cette méthode, la grand favori est…. roulement de tambours…. Colomiers ! Quoi ? Non, merde, j’ai dû foirer un truc. On recommence. Donc un critère à la fois. Voilà. Stabilité, qualité, vécu, etc. Alors, une fois tout bien pris en compte, le vrai prétendant derrière l’USAP c’est… Quoi, Colomiers encore ? Non mais c’est bon, si c’est pour obtenir des résultats aussi débiles, autant aller se pinter la gueule et balancer un nom au hasard. Allez, on y va, pourquoi pas Tarbes ou Béziers tant qu’on y est ? Non, soyons sérieux. Cette saison s’annonce ouverte, avec 1 gros favori, 2 équipes qui partent avec un léger avantage sur les autres, et une meute de 7-8 équipes pour lesquelles, sur un malentendu, ça peut passer. Par exemple, une équipe comme Narbonne, impossible de dire à quel niveau ils se situent. Dans la lignée de la médiocrité entrevue la saison dernière? Ou retour au premier plan comme il y a deux ans? Ils ont perdu leur meilleur joueur (encore un Narbonnais qui a pris le bus pour Béziers, mais dans la tronche ce coup-ci), et sont allés chercher de vieilles choses pour muscler leur 5 de devant -celui de l’an dernier restera comme l’une des choses les plus pathétiques vues dans l’Histoire de la Prod2, à égalité avec la fin de carrière d’Olivier Merle. Bon, le truc avec ces vieux, c’est qu’ils en ont pris des méchants. Au moins sur le plan de l’intimidation, un Penalva ou un Ratianidze, ça fait toujours son effet. RIP Jerry Collins. Plus qu’aucun autre Narbonnais, celui-ci mérite le surnom de tête plate. Pour le bas de tableau, à part Lilloudax, pas d’autre gros favori. Aix, 5 saisons en d2 au compteur (mais un seul maintien sportif), a fait un recrutement intéressant, mais ça reste Aix. Bourgoin a encore connu une inter-saison houleuse, mais sans passer par la case DNACG pour une fois. Sinon, restent les équipes basques, dont les dirigeants ont fait le maximum pour que leurs équipes atteignent la première division, mais la fédérale, pas la vraie.
[Fiche Pro D2] Stade Aurillacois Par Capitaine A’men’donné, Le livre de la Boucherie, le making-of : En septembre 2014, c’est officiel : les éditions Solar signent un contrat avec la Boucherie Ovalie pour un livre de 288 pages. « Pauvres fous, pensais-je, 288 pages à faire remplir à des branleurs pareils, c’est comme demander à Bernard Le Roux de vaincre sa phobie du ballon. » C’est alors que naquit dans mon cerveau un plan machiavélique : anticiper l’inéluctable rayonnement du Stade Aurillacois (hum). En proposant une fiche-club finie, la probabilité qu’elle soit prise par défaut, faute de parvenir à motiver quiconque pour des clubs négligeables tels que Béziers ou Bayonne, avoisinait les 100%. Évidemment, ça a d’abord coincé du côté de l’éditeur. Cet article, en effet, et je dois bien le reconnaître, souffrait d’un défaut rédhibitoire : il parlait du Stade Aurillacois. Abattre des arbres pour imprimer une telle chose pose problème d’un point de vue éthique. Ensuite, l’effet sur les autres collaborateurs du livre fut l’opposé de celui escompté. Ayant décuvé, ceux-ci, pris de panique devant la perspective de voir leurs noms possiblement associés au nom d’Aurillac, virent leur motivation décuplée. Ce qui ne les a pas portés bien haut, mais suffisamment pour remplir le livre. Bon, en appelant à la rescousse quelques mercenaires formés ailleurs, certes, mais vraiment personne n’avait rien à dire sur le LOU, faut pas déconner non plus. Ainsi, contre toute attente, ce texte écarté fut certainement l’élément déterminant qui permit l’achèvement inespéré en temps et en heure d’un tel projet confié à de tels incapables. Ainsi, comme le dit Sun Tzu dans l’Art de la Guerre : « Les troupes bien disciplinées résistent quand elles sont encerclées ; elles redoublent d’efforts dans les extrémités, elles affrontent les dangers sans crainte, elles se battent jusqu’à la mort quand il n’y a pas d’alternative, et obéissent implicitement. » Bref, nous avons donc décidé de partager avec vous ce texte, qui vous donnera un premier aperçu de la partie ‘fiches de clubs’ du livre. Si vous trouvez ça bien dites-vous que dans le livre c’est pareil, mais avec des équipes que vous avez déjà vu jouer. Si vous avez trouvé ça nul, dites-vous bien que dans le livre c’est mieux, puisque ça parle de villes que vous avez déjà potentiellement visitées. Et que contrairement à ici, il y a des images grâce à l’excellent graphiste que nous avons séquestré pour le livre. Conformément à la règlementation, notez que ce texte contient les mots allergènes suivants : Stade, Aurillacois, Cantal, Auvergne. Devise : « Què recruta merdou ramassa fédéralou. » (Proverbe traditionnel) Aurillac, sa vie animée, son architecture audacieuse La ville : Il était une fois deux routes, aux confins de deux vallées du trou du cul de l’Auvergne éternelle. Cet insignifiant croisement, comme tant d’autres, était commercialement le lieu idéal pour fonder une taverne. Ainsi la Taverne de la Lulu fut. Rapidement, elle devint un haut-lieu pour les amoureux de philosophie et de blanc-cassis. Cela plût tellement à Saint-Géraud qu’il fonda une abbaye, elle-même réputée pour l’érudition de ses moines et pour son université. Aurillac était née, et depuis, tout notable ambitionnant une carrière politique locale appelle son premier-né mâle Géraud. L’abbaye devint même le modèle sur lequel fut fondé celle de Cluny. Et la taverne le modèle du Café de Flore. Autant dire que sans Aurillac, le Quartier Latin ne serait rien. Détruite, l’abbaye fut retrouvée au moment même où la dernière de la longue dynastie de Lulu abdiqua, comme un symbole©. La ville fut l’une des premières à se constituer en sauveté, ville sans servage, où quiconque pouvait tenter de redémarrer à zéro. Aujourd’hui encore, la tradition se perpétue, accueillant fin-août tout ce que la France compte de marginaux asociaux irrécupérables. Ainsi, babs, punks à chien, intermittents du spectacle et CRS (les alcooliques A.O.P. étant déjà sur place) se réunissent pour un festival de théâtre de rue, majoritairement gratuit, populaire, et à plus de 5 heures en transports de la place de l’Odéon. Autant dire que le retentissement médiatique est largement inférieur à ce qu’il devrait dans les milieux culturels. C’est d’ailleurs pareil pour le rugby, à part qu’il faut remplacer l’Odéon par le Capitole. Depuis sa fondation, Aurillac jouit d’une paix relative. En effet, les Romains, les Vandales, les Arabes, les Vikings, les Anglais, et même les Français évitèrent tous l’endroit. Ou ne le trouvèrent jamais. Ou s’y perdirent. Ou ne le cherchèrent même pas, les sources divergent sur le sujet (il faut aussi dire que pour la dissuasion, la gastronomie auvergnate est une arme chimique très efficace). Ainsi, énième aberration du calendrier, le Cantal ne pût quasiment jamais défendre ses chances à domicile. Il faut tout de même signaler les exactions ponctuelles de hordes d’Aveyronnais cirrhosés, surnommés les jaunis Ruthènes, mais qui ne venaient que parce que l’on se fait encore plus chier chez eux que dans le Cantal. La ville vue par le reste de la France : « Ah, oui, c’est le point bleu sur la carte de la météo. Mais c’est quoi au juste ? Un bosquet ? » Ce à quoi tout les Aurillacois répondront : « Ça se voit que tu connais pas Saint-Flour. » Ce qui tend à prouver que, de la même manière que quiconque est le con de quelqu’un, toute ville est l’Aurillac d’une autre. Le club : Le club naît début 1904 de l’union de l’équipe des lycéens et de celle du 139° régiment d’infanterie. Des premiers, il a hérité d’un goût pour les fêtes alcoolisées enthousiasme certain. Des seconds, il a hérité de la propension à enculer des chèvres faire feu de tout bois. Ça n’a pas pris tout de suite. Il a fallu que les paysans locaux se mettent au rugby pour faire le liant, par la grâce de leur sens aigu de la diplomatie. Il suffit d’avoir une fois dans sa vie discuté avec un agriculteur Cantalou pour se rendre compte de son mépris poli pour les débats contradictoires -et pour voir ressurgir l’ancestral instinct de survie cher à Darwin chez celui qui a tenté le sus-dit débat. Enthousiasme, pragmatisme et solidarité (de gré ou de force) sont donc devenus les trois mamelles fondamentales du Stade Aurillacois. Et dans le Cantal, les mamelles, on sait les utiliser. Non, mesdames, rien de graveleux et/ou prometteur. Simplement l’économie du département étant basée sur la production laitière, la nécessité implique de savoir tirer le meilleur de la partie charnue des mammifères femelles. Depuis l’immédiat après-guerre, le club affiche une régularité remarquable, se situant presque toujours dans les 30 meilleurs clubs français (mais jamais au-dessus de la 9° place, faut pas déconner non plus). La grande réussite fut de parvenir à prendre contre toute attente le virage du professionnalisme. Jusqu’à, presque par hasard, faire partie de la première formule de la 1° division professionnelle du rugby français durant 3 saisons. Puis à atteindre SON Graal lors de la saison 2000-2001. Avec deux victoires à l’extérieur face aux ennemis Brivistes et Clermontois, le club pouvait redescendre en 2° division avec le sentiment du devoir accompli. Depuis, Aurillac est devenu une place forte de la ProD2, ne la quittant qu’une année pour la Fédérale 1 en 2006-2007, le temps de glaner un titre de champion de France. De 2007 à 2010, Aurillac fut ainsi le plus gros palmarès du rugby auvergnat, à égalité avec le RC Vichy. Je précise juste ça pour faire plaisir aux supporters de l’ASM : être 3° pour une fois, ça a dû vous changer. Entre autres motifs de frustration, Aurillac est historiquement un excellent centre de formation, mais qui profite surtout à d’autres. Ainsi, Olivier Magne, Thomas Domingo, Sébastien Viars, Jean-Marie Bonal, Ludovic Mercier ou Daniel Kotze pour l’équipe de France ; Keith et Mark Andrews pour les Springboks, tous firent leur classes à Aurillac. Et tel un vulgaire jeuxvideo.com, furent mutés ailleurs dès que (et parfois avant) l’investissement s’avéra rentable. Néanmoins, d’échecs en semi-réussites, le Stade Aurillacois poursuit sa route cahin-caha, loin du regard des médias, à l’abri de gros sponsors, au mépris du bon sens, et avec pour seule gloire le fait de ne pas à avoir de honte. Dans un pays ou les seules plantes consommables qui poussent sont la gentiane et la châtaigne, on apprend à en faire de l’alcool ou à vivre de protéines. On a les missions qu’on peut, le tout est de les réussir. Aurillac, par un bel après midi d’été. Le stade et les supporters : Pendant longtemps, le stade Jean-Alric était vieux, moche, et vétuste, à l’image du réseau routier local. Puis, il y a peu, des camelots parvinrent à braver les nombreuses embûches, et arrivèrent à Aurillac. Là, ils firent démonstration de merveilleux produits que nul n’avait jamais même imaginé, et pour une fois ne furent pas brûlés pour sorcellerie -une première depuis l’Aveyronnais qui vint présenter un liquide jaune magique, qui devient blanc quand on verse de l’eau dedans. L’effet fut saisissant, et ainsi l’une des tribunes (celle des riches, les pécores attendront) fut entièrement refaite à base de bouts de plastique rouge. Depuis, le Cantalou, avide de voir ses routes à leur tour enfin refaites, vit dans la peur qu’elles soient revêtues avec le mystérieux matériau. Ce stade est peuplé d’êtres étranges, inimaginables au commun des mortels et chimérique sujet favori de la crypto-anthropologie : les supporters du Stade Aurillacois. Ceux-ci présentent l’avantage, sur leurs équivalents Brivistes ou Clermontois, d’être en nombre plus restreint. Ce qui réduit d’autant les nuisances. En outre, humble, fidèle et avec une moyenne d’âge supérieure à celle du Sénat (donc ce qu’il perd en urine, il le gagne en expérience), il a à titre individuel la particularité d’admettre ne rien connaître aux règles de rugby. Ainsi, fort de la certitude de ne rien comprendre aux décisions arbitrales, il gueulera encore plus fort que ses concurrents encore persuadés de maîtriser la règle du hors-jeu. Dans le jargon, c’est donc ce que l’on appelle un public de connaisseurs. Scénario idéal : Avec une équipe de France totalement à la dérive, le public français délaisse peu à peu le rugby. Les audiences commencent à baisser, donc les droits TV. Petit à petit, le rugby commence à perdre ses investisseurs. De dépôts de bilan en modèles économiques devenus inadaptés, les anciennes armadas du Top14 ne sont plus que de lointains souvenirs. Avec son immuable budget de 4 millions d’euros, le Stade Aurillacois devient le deuxième plus gros budget du rugby français, derrière l’intouchable Stade Montois. Ce sont aussi les deux seules villes françaises où le rugby intéresse encore un peu, mais c’est aussi que personne n’a jugé bon de les prévenir (c’est l’avantage pour les derniers dont le mode de communication favori reste le fax). Les deux clubs se partagent en tout cas la plupart des Brennus lors de la deuxième moitié du XXI° siècle, tout en se faisant éliminer par des clubs roumains en coupe d’Europe. Scénario catastrophe : Les volcans d’Auvergne se réveillent ! Aurillac est rasée de la carte, les victimes s’y comptent par dizaines (par millions, si on inclue les vaches et les vieux). Les burons attaqués par le magma, des vagues de fromages fondus déferlent de toutes part, engloutissant les rares traces de civilisation auvergnate dans un torrent à l’odeur exquise, mais plutôt difficile à digérer. Les derniers survivants aux vagues lactées décèdent finalement d’extase et d’indigestion, dans un dernier rôt plaintif quémandant quelque patates sautées pour alléger le vénéneux et divin mélange. Mais à toutes choses, malheur est bon : Clermont-Ferrand aussi disparaît. Néanmoins, cette solution à des siècles de rivalité n’arrange réellement aucun des deux partis (même si au Pays Basque, certains admirent cet exemple de fusion réussie). Plus intéressant, avec une température moyenne (ressentie) de 600°C, Aurillac n’est plus le point bleu de la météo. Le Stade Aurillacois n’est pas épargné. Seuls deux Géorgiens, un Wallisien et le président Millette eurent la capacité stomacale pour encaisser tout cela, au prix d’une IMC encore plus morbide. Insuffisant pour se maintenir, évidemment, mais au moins, ils ont pour une fois une excuse valable pour être en surpoids.
La boîte à Jamie Par ano, @_Frky, arbleiz et Damien Try Après la diffusion d’un reportage à la gloire de Jamie Cudmore sur les antennes de Canal Plus et d’une BAGARRE ultime face à Bakkies Botha et Delon Armitage, la rédaction de la Boucherie Ovalie a décidé à son tour de rendre hommage à l’homme qui avait déjà obtenu le Hachoir d’honneur en 2009. Parce qu’à la Boucherie, nous soutenons Jamie Si quand tu es en tribune à côté d’un Jean Michel YavaitPénaltyLa tu as toujours eu envie de lui dire : La Boucherie va t’y aider. Utilise la Boîte à Jamie ci-dessous et épate tes amis ! Sache que si toi aussi tu es toujours prêt pour alors, bonjour JC c’est bien bro c’est pas bon pour l’équipe le stress tin tin nin evil laugh carton rouge salut Renaud t’es jamais joué au rugby allez viens c’est pas méchant bonjour Drop ! un peu con toujours rigoler la limite pourrissage mêlées ruck bagarre blesser quelqu’un Pas le cas c’est un plaquage putain CHECKERS si je passe un drop badboy meme pas déblayage j’avoue rigoler je regrette non pas du tout pierre PIOUW ça c’est le rougby DEPOUIS LE DEBOUT Bien sûr Rouge ??? pour moi PAS POSSIBLE plaquage c’est un plaquage ce pas moaa ! pas besoin de travailler elle est bon essence touches bagarres retrouve moi carton… jaune ??? enchante jamie t’inquiète chéwie le piquette
Quelle est la différence entre le Tour de France et le Top 14 ? Par Ovaleverde (c’est son premier texte, n’hésitez pas à l’insulter en commentaires), La France héberge les épreuves les plus mythiques que le monde entier nous envie de cyclisme et de rugby. Est-ce une coïncidence? Quel est le mystérieux lien entre ces disciplines ? Vous le saurez en lisant cette enquête inédite tirée d’une thèse d’histoire analytique comparée de la pratique sportive sans additifs ni conservateurs – en regardant les images ci-dessous. Histoire et origines : Si les documents historiques à notre disposition témoignent de la pratique du rugby depuis plusieurs millénaires, l’invention du vélo n’est qu’une activité dérivée apparue récemment. D’abord inventée pour maintenir au chaud les remplaçants sur le banc de touche, la pratique du pédalage sur cycle s’est progressivement popularisée avec l’invention du cercle qui roule par deux frères bernard et willie qui laissèrent leur patronyme féminisé à cette innovation Si la diffusion du rugby est liée en grande partie aux vagues de colonialisme de la couronne britannique, la géographie des peuples cyclistes repose tire quant à elle son origine du déplacement des plaques tectoniques. Lorsque la Hollande s’est retrouvée scindée suite au détachement de l’Afrique du sud, il ne restait que les remplaçants sur la rive européenne et ceux-ci ont abandonné le rugby et la République pour la petite reine et la monarchie. Le Pays Basque a lui aussi connu un déchirement similaire lorsque la zone de subduction entre les plaques ibérique et eurasienne a fait naître l’infranchissable barrière des Pyrénées et a scindé la population en 3 tribus irréconciliables: au sud les Euskaltel, au nord les Biarrots et les Bayonnais. Des différences profondes Les instances du Tour de France et du Top 14 ont adopté chacune des règles spécifiques pour empêcher la montée des Lillois en Pro D2. La mêlée Les remplacements En cyclisme il n’est pas possible de faire rentrer un joueur frais à 70e pour disputer le sprint final après 14 kilomètres d’ascension à 12%. Le terrain La cravate Les observateurs les plus avisés noteront également des différences dans l’exécution des plongeons ou dans la manipulation de texte. Un destin commun Pour les Français, le Tour de France et la finale du Top 14 ont avant tout été pendant des années synonymes de joie répétée de retrouver Gérard H ou Pierre S, les plus fins analystes du service des sports de France Télévisions, leur conter l’histoire et ce, malgré les rumeurs évoquant des sportifs qui ne boiraient pas que de (daniel) l’eau claire. Les rugbymen aiment le vélo et les cyclistes aiment le rugby car ils partagent les valeurs ©. Le plus grand champion de ces dernières années a réussi à marquer l’histoire aussi bien dans le Tour de France que dans le Top 14. De nombreux rugbymen prouvent régulièrement leur passion et leur talent à bicyclette : Et les cyclistes s’inspirent tout autant de leurs camarades du ballon ovale. L’équipe Bretagne-Séché a par exemple copié intégralement le plan de jeu de leurs cousins celtes de l’équipe nationale d’Ecosse: lancer des attaques infructueuses sans jamais prendre le risque de gagner. Les influences réciproques ne s’arrêtent pas là. Si le Stade Français de Max Guazzini s’est inspiré de la caravane du tour de france pour organiser des processions d’avant match à base de montreurs d’ours nus et de jongleuses à moto cracheuses de feu, le Tour avait déjà emprunté l’idée de la caravane aux supporters de l’USAP. Les supporters et entraineurs de rugby ont également cherché à encourager et conseiller leurs joueurs en suivant l’exemple des routes de montagne du Tour de France gravées avec les noms des champions qui les escaladent. Des encouragements ou conseils s’affichent ainsi de plus en plus souvent sur les terrains du Top 14. Cette analyse comparée ne serait pas complète sans évoquer le cas symbiotique de la ville Montauban, préfecture de la Drôme comptant 5 habitants et 1 chien, qui a choisi célébrer la pratique du cyclisme et du rugby dans une même enceinte. Le vélodrôme de Sapiac, construit à côté (vilimoni) de la sortie 9 de l’autoroute A64, y rassemble chaque semaine les supporters d’Europcar et ceux du MTG XV. Bonus charade : À propos de l’auteur : Ovaleverde est né dans la plaine des Flandres et a grandi entre les pavés du Nord et les terrains du Lille Métropole Rugby. Quand il regarde le Top 14, il est pour l’équipe qui tente le plus de pas de l’oie et de chistéras et construit à ce titre des statues de Quade Cooper en duplo (lassale) avec ses enfants.
Pré-commande Pack « Livre + Ticheurte » EDIT : Désolé Maxime, tu as été pris de vitesse ! Les packs ne sont plus disponibles, on n’a plus de bouquins en stock. Cependant tu peux les trouver sur Amazon ou la Fnac. Ou même aller chez le libraire qui devrait en avoir à partir du 27 août. Les tshirts sont eux toujours disponibles sur la boutique du site. Comme vous le savez déjà, et si vous ne le savez pas encore c’est sans doute qu’on vous a pas assez spammé la gueule, la Boucherie Ovalie sort un bouquin très bientôt. Le 27 août prochain pour être précis. Pour en savoir plus sur le contenu de celui qu’on appelle déjà le #MeilleurLivreDuMonde, nous vous invitons à aller lire cet article. Et comme nous vous l’avions promis, pour fêter l’évènement, la Boucherie Ovalie met en vente un pack spécial contenant : — Le livre, dédicacé par certains auteurs parmi lesquels Ovale Masqué, le Stagiaire, Marinette, Capitaine A’men’donné et Pilou. — Un ticheurte au choix parmi trois modèles. Le « Top 15 » que vous connaissez déjà, et deux nouveautés : « Captain Rudoyant », pour le super-héros qui sommeille en vous, et notre une édition collector « Keep calm and French Chatte » spécialement conçue pour la Coupe du monde 2015. Le prix du pack est fixé à 40 euros, frais de port compris. Le livre sera vendu à 29,90 € dans le commerce et sur internet, ce qui vous fait donc un ticheurte à 10,10 € seulement. Autre avantage : si tout se passe bien vous recevrez votre pack en avant-première, quelques jours avant la sortie du livre. Nous précisions qu’il s’agit d’une offre très limitée et qu’il ne faudra pas venir vous plaindre si vous avez raté votre chance. Les packs seront mis en vente le lundi 20 juillet à 12h00, sur la boutique du site. Ne faites pas votre Jean-Marc Doussain et n’arrivez pas en retard. PS : Pour ceux qui arrivent trop tard ou qui ne veulent pas du pack car ils pensent que c’est une mauvaise affaire (coucou le comptable de Bourgoin !), vous avez toujours la possibilité de pré-commander le livre tout seul sur Amazon ou la Fnac. Ou même mieux, d’attendre le 27 août et de vous précipiter à la première heure chez votre petit libraire indépendant préféré au coin de votre rue pour lui acheter (ou lui réclamer s’il ne l’a pas encore en rayons) le bel ouvrage. PS 2 : Si vous avez déjà pré-commandé votre livre, les tee-shirts seront disponibles sur la boutique en version « solo » dès que les packs seront écoulés (très rapidement donc on l’espère).
Et si l’essai de Zirak avait été refusé… Avant toute chose, un petit avertissement. Non seulement le texte qui va suivre est long et ne comporte aucune image, mais en plus il a été écrit par le champion de l’aller-retour sur twitter, l’homme qui préfère voir l’ASM perdre plutôt que son club gagner, le grain de sable dans un plan bien huilé, un lecteur qui préfèrera rester caché derrière son écran (et on le comprend, le pauvre). Après l’avoir lu je me suis demandé si c’était un gros con ou un génie. Ou autre chose d’ailleurs, je n’ai probablement rien compris au texte. En tout cas c’est un cerveau perturbé. Mais en cette période de disette rugbystique et pour célébrer le doublé, nous nous sommes dit que ça vous intéresserait peut-être. Inutile de l’insulter dans les com’, ça lui ferait probablement plaisir. Voici donc l’uchronie « Et si l’essai de Zirak avait été refusé ». La nature fait bien les choses : le Ying et le Yiang, le rouge et le noir, le pilou et le pilou, le whiskey et le coca. L’Homme aime à les bouleverser : omettre les œufs de caille, confondre le sucre et le sel, bosser la vidéo quand on devrait être à la MUSCUUUU… L’histoire et la littérature regorgent profondément d’exemples. En rugby, cette harmonie repose sur des choses simples et élémentaires : le melon des Toulousains (voir plus bas), la mauvaise foi des Toulonnais (voir plus bas), l’USAP en Top14 (voir plus bas… vous l’avez ?), l’ilétrizme des Castrais (en Castrais dans le texte), le speaker du Racing Metro et bien sûr l’incapacité de l’ASM à gagner des titres importants (« on a gagné la Mickey Cup », non mais respectez-vous : même Toulon et Toulouse ne s’y intéressent pas !). Oui mais voilà. Tout ce joyeux bordel fut chahuté un soir de 29 mai 2010 lorsque l’ASM Clermont Auvergne gagna le Brennus, ce titre en bois. Nous connaissons la suite et le chaos que cela engendrât (dans ta gueule l’Aveyronnais que me lit sur son minitel) : élimination du ST en H-Cup dès les poules, reversé dans la Piston Cup avec les Roumains, les Espagnols, les gitans et le Stade Français échec du XV masculin ET féminin dans LEUR Coupe du Monde (en 2007 pour les hommes et pour les femmes, c’était la semaine où Twitter a beaucoup parlé du rugby féminin) Doublé du RCT en 2013 et en 2014 C’est avec douceur, tendresse et délicatesse (et un plaisir certain) que je vais vous raconter une histoire. L’histoire d’une aventure humaine, d’un groupe soudé dans l’adversité, bercé par le refrain quasi litanique de lendemains de fête qui se refusent à lui (GHB, c’est tricher). ASM – RCT, 29 mai 2010, Saint-Etienne, stade Çabranle-Delmas, 69ème minute Le nom du stade a été volontairement changé pour pouvoir placer ce jeu de mots subtil Revenus à 3 points à la 63ème, Toulon est mené 15-12. Dominés, mais combattifs, les varois résistent et collent au score, en attendant un éclair de génie du Chris Rédempteur, Sonny Bill Williams. Quand soudain Geoffroy Guichard retient son souffle : Davit Zirakashvilli semble avoir aplati dans l’en but Toulonnais ! Monsieur Garcès demande l’arbitrage vidéo sur cette action : « Y a-t-il une raison de refuser l’essai ? » Une rumeur monte doucement dans les travées de Geoffroy de Canard. Je crois reconnaître les Toulonnais qui font entendre leur passion du verbe et de la métaphore appuyée, dans une imitation rudoyante et maladroite de Daniel Herrero. Essai refusé ! On en reste à 15-12 pour l’équipe qui joue à domicile, mêlée à cinq mètres. La physionomie du match change. Van Niekerk et Skeate insufflent l’inspiration qui manquait à cette équipe : de la rugosité, de la rigueur, du combat, de s’offrir à la loi du ballon ovale, de bouger à se faire mal de toi et d’obéir à ta voix, South Africa. Je danse pieds-nus sous un soleil rouge. Les dieux à genoux ont le cœur qui bouge. Mais je m’égare. Avec un doublé de Van Niekerk, non transformé par l’autre chibre anglais, le RCT vire en tête à 2 minutes de la fin sur le score de 15-22. Deux drops ratés de Brock James plus tard, le match est plié : TOULON EST EN FINALE DU TOP 14 ET EN FINALE D’UN MATCH QUI SE JOUE A MARSEILLE ! Les étoiles sont alignées (ça salive en Auvergne) pour que Toulon réalise le doublé inutile. Finale de la Coupo Santo, qui se joue au Vélodrome de Marseille : RCT vs Cardiff Blues Le saviez-tu ? le MAL est en fait la contraction de MouradboudjellAL Focalisés sur le Brennus, PSA et Mourad décident de faire tourner pour cette coupe dont personne ne veut, à part le Stade Français. C’est une poignée d’espoirs, tous bien français à t’en faire baver Guy Novès, qui défendra l’étendard français (drapé de rouge et noir). Les touches et les combinaisons sont annoncées en provençal pour tromper les banlieusards de la perfide Albion. Marseille devient capitale européenne avant l’heure : l’engouement autour du match est tel que Jérémy Sinzelle marque un essai ! Le public marseillais, plutôt rompu au sport de gentlemen pratiqué par des voyous, croit reconnaître Joey Starr au centre de la défense varoise. Il pousse comme un seul homme un chant improvisé qui donne à peu près : Laisse pas trainer ton JIFF Si t’veux pas qu’il finisse Dans la cité du vice Laisse pas trainer ton JIFF Si t’veux pas qu’il croupisse Sur le Banc d’Guy Novis Toulon remporte le premier titre de son ère moderne et professionnelle ! Au micro de Mathieu Lartot, Mourad Boudjellal s’emporte quelque peu : « Je me suis régalé pendant 80 minutes, c’est simple, je me suis cru devant YouPorn tellement on pilonnait leurs avants par derrière. Garcès, c’est pas compliqué, il m’a donné un plaisir fou, suspect, presque sodomite ! » (il est des travers contre lesquels même le Ying et le Yang ne peuvent rien). En commission disciplinaire extraordinaire improvisée dans les vestiaires du Vélodrome, le Président du RCT sera sanctionné de 130 jours de suspension pour une allusion à la notion de « sodomie arbitrale » qui porte « atteinte à l’image du rugby, à l’éthique et à la déontologie sportive ». Pierre-Yves Revol aurait aussi rajouté que Monsieur Boudjellal a un effort d’intégration au sein du rugby français plus important que les autres présidents de clubs dans la mesure où il n’est ni issu du rugby, ni français. Finale de Top 14 au Stade de France de Paris, en France : USAP vs RCT Le duel David Marty vs Sonny Bill Williams tant attendu ! Les 1ers ex æquo se rencontrent. Quelle saison ! Quelle demi-finale ! Quelle affiche de finale ! L’USAP remet en jeu son bouclier, avec une équipe plus expérimentée, moins néo-zélandaise. Le RCT, déjà repu de sa coupe au bol (ils ont eu un peu de chatte d’aller la gratter avec leurs espoirs face aux Blues quand même), va verrouiller le jeu pour se reposer sur l’homme aux pieds dorés (Wilko, pas Tom May). Le match est terne et ennuyeux. A la mi-temps, les deux équipes retournent au vestiaire sur un triste et timide 6-3 en faveur des Catalans (si vous lisez attentivement ce score, vous verrez un message subliminal lancé au Puy-de-Dôme). Wilkinson, pour un contrat pub Volvic (une idée de Mourad pour faire chier l’ASM), doit taper des pénalités en coin pendant la mi-temps, déguisé en bouteille géante. Il est à plus de 80% de réussite quand il glisse sur une rousquille sournoisement placée là par David Marty. Le stade, vide, retient son souffle : Sir Jonny Wilkinson s’est blessé ! Blessure non homologuée par la LNR (le joueur devant se trouver dans le vestiaire à la mi-temps et c’est aussi un bon moyen de rappeler à Moumou qui est le patron), PSA ne pourra procéder au remplacement de l’ange blond (My name’s Blond, Ange Blond). Tom May glisse à l’ouverture (sans se blesser), le RCT est réduit à 14 sans avoir pris de carton, ni sang, ni or. Une première dans l’histoire de la sodomie arbitrale. C’est un duel de buteur chiant que nous observons pendant les dernières longues 40 minutes. Porical étant particulièrement mauvais mais moins pire que Tom May, il arrive à enquiller un drop en voulant taper une chandelle. 9-3 pour l’USAP. A la 79ème, Sonny Bill Williams va « renverser le cours du jeu » : une fougère dans la bouche, il s’empare du ballon, rafute Mermoz, crochète Tuilagi, enrhume Hume, résiste au placage de Mas, se défait de Guirado et se permet le luxe d’aller faire un selfie avec Ithurburu en tribunes (pluie de sperme en Catalogne à l’évocation de ces joueurs). Au terme de cette course inutile de 180 mètres, il aplatit en coin (bien mieux que l’essai entre les poteaux pour les clichés dans le New Zealand Herald). 9-8, Tom May à la transformation. Le stade retient son souffle. Tom May aussi. Sur la sirène, ça passe à côté (genre, vraiment loin à côté). L’USAP est double championne de France en titre ! Seuls le Stade Toulousain, le Biarritz Olympique, le Stade Français, Bordeaux, le Lyon Olympique Universitaire, le Castres Olympique, Lourdes, Agen, Béziers et le Rugby Club Toulonnais ont réussi cet exploit avant eux. Dingue, non ? Eté 2010 : RCT, la migraine « Un Sud-Africain vaut mieux que deux jeunes Varois » Dicton toulonnais 30 mai 2010. Putain de mois du muguet. Mourad est revanchard : il va MUUUUUUSCLER son équipe. Il commence par dégager tous les jeunes victorieux de la Champion’s League une semaine plus tôt en les revendant au Stade Toulousain. Il se sépare ensuite de Sir Jonny broken Wilkinson. « L’homme fort du RCT » va alors se lancer dans un recrutement ambitieux. A défaut de pouvoir recruter les vrais 4 fantastiques, trop occupés par un probable reboot à Hollywood, Mourad se tourne vers le pays au long nuage blanc pour y solliciter les services de Dan Carter (en présentant le RCT comme le Rugby Collioures Tourism), Ma’a Nonu (pour marcher sur les traces de son cousin), Richie McCaw (le Titi Dusautoir BLANC !) et Israel Dagg (il a un nom rigolo, après tout). Malgré ses ruses et son chéquier, aucun kiwi ne quittera l’île… La RWC 2011 (celle à vous faire gerber du Haka par les narines) est trop proche pour qu’un All Blacks, même mauvais, ne quitte sa fédé (sauf peut-être René Ranger du Risk). Ce sera finalement les 4 fantastiques en carton, ceux du MHR, qui rejoindront la Rade. Il a suffi de montrer les nouvelles installations et appareils de musculation à Picademimolle pour le faire signer. Fulgence est tombé sous le charme du projet du RCT en réalisant qu’il aurait peu de chance de jouer une finale de Top 14 avec le MHR avant de nombreuses années. François Trinh-Duc a suivi Fulgence. Julien Thomas, le dernier des fantastiques, étant une vaste imposture, sera finalement transféré au CO, alors que le RCT récupérera Sébastien Tillous-Borde (le MHR fera confiance à Eric Escande, jeune espoir prometteur, pour couvrir la mêlée). Saisons 2010 à 2014 : ASM, ils ont du cœur ces auvergnats ! Alésia Sporting Montferrand C’est un Aurélien Rougerie détendu et souriant qui nous reçoit en ce lendemain de finale de Top 14, le dimanche 1er juin 2014. Le sacre de l’USAP de la veille n’aura pas alimenté beaucoup de suspense tant l’ASM a déjoué, malgré une saison régulière menée de main de maître™. Bien sûr, il y a de l’amertume dans cette défaite. Bien sûr, il y a le sentiment d’injustice. Bien sûr, il y a le « déjà vu » comme disent les Anglais. Mais Aurélien nous promet de revenir plus fort la saison prochaine. Le groupe semble un peu plus resserré, plus mûr peut-être. Il ne faut pas se focaliser sur le nombre de finales perdues : quatorze, ça paraît beaucoup. Mais 14, c’est être au top, au sommet de son art, dominer son sujet ! Ce qui donne le sourire à ce Capitaine Courage, c’est la prolongation de Vern Cotter pour 5 saisons supplémentaires. Consignes respectées par tous, rythme quasi militaire, discipline quasi fasciste, plans de jeu imprimés sur l’intérieur des maillots, puces électroniques greffées sous la peau, colliers électriques sur l’axe 8 / 9 / 10, soutien psychologique sur l’axe 9 / 10, GPS sur le 10 : certes, l’ASM des phases finales fait peu de cas des conventions et brise un peu les tabous du rugby moderne, mais on ne peut que saluer la machine de guerre, le casseur de statistiques, « le plus froid des monstres froids ». Enfin, il serait anecdotique de rappeler qu’avec une invincibilité de plus de 50 matchs au Michelin, Clermont est bien armée pour réaliser une grande et belle saison 2014/2015. (note de la rédaction : ce texte a été écrit durant l’été 2014, bravo Doye Doye) Un jour, un soir, l’ASM sera un grand champion. Mais pas ce soir. Cette soirée sans étoile révèle le crépuscule blême d’une éternité Auvergnate, au cœur d’une tragédie grecque. Brennos (Brennus pour les Romains), ce guerrier gaulois, se refuse à rejoindre l’Auvergne. Et quand il se décidera, la terre des volcans connaîtra Gergovie… Jusqu’à sombrer de nouveau à Alésia. « Il est plus facile de prétendre détester l’ASM que de reconnaître la profonde admiration qu’elle suscite. » un philosophe varois anonyme
Abats D’idées #5 : Et Si Gagner Des Titres, On S’en Foutait ? (2/2) Après le cri du coeur d’Ovale Masqué et son Stagiaire pour venir à la rescousse des losers magnifiques, découvrez la réponse de Capitaine A’men’donné, qui considère que NON, les titres on ne s’en fout pas. Toute l’ironie de la situation venant du fait qu’il supporte Aurillac. Par Capitaine A’men’donné, Le but de toute compétition, par définition, c’est d’aller chercher un titre. Sans ça, le sport ne serait jamais qu’une suite de défis sportifs sans enjeux. En rugby, ça existe : Ça s’appelle les Barbarians. Tout le monde s’accorde à dire que c’est cool, et tout le monde s’accorde à en avoir pas grand-chose à foutre. Certes, pour les joueurs, c’est une forme de consécration -d’un esprit, d’un certain niveau, d’un idéal sportif-, mais aucun n’échangerait une sélection avec les Baa-baas contre un Brennus ou un Tournoi des VI Nations. Quant au public, s’il est capable d’en apprécier le folklore et le prestige, inutile d’expliquer pourquoi les matchs des Barbarians ne se retrouvent pas en prime-time sur TF1… La compétition, c’est ce qui donne du sel au défi sportif pour le grand public. Avec donc sa conclusion logique, le titre, objet de toutes les convoitises. Pourquoi ? Pour des mauvaises raison, certes : pour se la péter sur le forum de Rugbyrama, pour s’attribuer le mérite d’avoir suivi le bon cheval mais de n’avoir rien fait de concret, pour le plaisir idiot du puéril tralalère… Bref, afin de, pour une fois, gagner un concours de bite. Mais ça n’est pas seulement ça. De haut en bas: la coupe Davis, la coupe Stanley, la coupe de l’America et le bouclier de Brennus. La compétition, c’est aussi le petit plaisir de voir des gens s’en foutre plein la gueule pour des bibelots au design immonde. Un titre, c’est l’accomplissement d’une promesse, le parachèvement d’un parcours. Alors que le « palmarès » de l’U.S.Dax -appelons-le comme cela faute de terme plus adéquat- n’est qu’une gigantesque promesse déçue. Car un titre, ça n’est pas qu’un match, c’est tout les matchs (28 en top14, 29 dans le cas de Castres) qu’il a fallu pour parvenir à la finale. Ces matchs, dans Super Mario Bros c’est tous ces Toad à la con qu’il faut libérer pour parvenir à libérer la princesse. Et personne se fait chier à libérer ces putains de champignons juste pour le plaisir de se faire rétamer par Bowser à la fin ! Donc, un titre, ça valide une saison, et fait de celle-ci une saison à part, pas juste « une saison parmi d’autres » comme l’ASM n’en a que trop. Or, avec un palmarès digne d’une carte en relief de la Beauce, le supporter de Montferrand doit trouver que tout les exercices se ressemblent un peu. Ça manque de rythme tout ça, avec même pas non plus quelques relégations pour jouer à l’Apocalypse ou à la Reconquête… Ensuite, les titres, ça sert aussi à marquer psychologiquement l’adversaire. La saison dernière par exemple, le Stade Toulousain était encore dans les têtes de ses adversaires un gros morceau. Du coup, impasse à Toulouse, et complexe d’infériorité à la maison. Sans ça, compte tenu du niveau réel de cette équipe, je suis sûr que certains matchs gagnés par le ST ne l’auraient pas été. Sans compter qu’avec son palmarès personnel, Guy Novès peut se permettre une arrogance et une condescendance que personne ne laisserait passer à un autre que lui. Or, bien utilisé -en l’occurrence protéger son groupe vis-à-vis des médias et des dirigeants, et mettre la pression sur l’adversaire ou l’arbitre-, son super-pouvoir d’impunité trollesque peut s’avérer grandement utile. Au détriment, parfois, d’une certaine remise en question, certes. Mais cette année, ça lui a permis de faire ce qui eut du être fait l’an dernier, à savoir temporiser suffisamment longtemps pour que son équipe puisse se remettre dans le bon sens. Un luxe que n’a pas eu le MHR… Autre chose pour la dimension psychologique : ramener un titre, c’est aussi atténuer une pression négative pour la suite. Imaginons 2 secondes que Pioline ait eu un peu de chance au moins une fois dans sa vie, et n’ait pas eu à se taper Sampras pour chacune de ses finales de Grand Chelem. Il aurait alors eu une opportunité réelle de chopper un titre. Une victoire plus fraîche dans les mémoires aurait facilité la tâche de Tsonga dans sa propre quête, et qu’il s’en prendrait de toute façon moins dans la gueule qu’aujourd’hui. A contrario, les victoires de Mary Pierce ont probablement aidé Mauresmo et Bartoli à aller chercher les leur. Idem en biathlon, où les performances remarquables de l’équipe de France lors des JO d’Albertville ont créé un formidable cercle vertueux dans un pays qui compte peu de licenciés, très peu d’installations, et un budget dérisoire comparé aux grosses nations de la discipline. Alors attention, typiquement, un titre sportif, surtout pour les supporters, n’a jamais que l’importance qu’on veut bien leur accorder. Est-ce que ça change quelque chose à la vie du-dit supporter ? Non, à part qu’il va pouvoir faire le malin sur les forums pendant un an, super. Est-ce que ça change quelque chose à la vie du club ? Si peu, Montferrand en étant justement un brillant contre-exemple, que ce soit au niveau du budget du club, de la ferveur des supporters, ou de la renommée et du prestige entourant l’ASM. Mais reste que Quillan a autant de Brennus que l’ASM, et plus que Brive ou Dax. Ça leur fait une belle jambe, mais ça leur assure aussi une place dans les encyclopédies du rugby. Sans le titre de 1990, qui se souviendrait que le Racing fut à une époque une équipe pleine d’humour, sympathique et plaisante à voir jouer ? Un titre, pour les supporters, c’est aussi la joie simple et sincère de voir récompensés les efforts et le sérieux de joueurs qu’il a appris à apprécier voire à aimer. À titre d’exemple, je vais parler de mon cas personnel : en plus de 20 ans de soutien moral et (plus ou moins) spirituel au Stade Aurillacois, j’ai connu 3 montées et 2 descentes. 1 finale gagnée, 1 perdue, les deux au même niveau (les connaisseurs noteront que j’ai écarté la finale gagnée de Prod2 en 2005, parce que celle-ci ne donne pas de titre, et qu’en plus il y avait un barrage impossible contre Pau pour obtenir la montée en Top14)(les pointilleux hypermnésiques, outre qu’ils sont flippants, parleront aussi d’une finale gagnée de poule de maintien en Élite 1 contre le Racing, mais ce truc n’était vraiment pas sérieux, quoique le match fut plaisant). Bref, avec le Stade Aurillacois, j’ai connu les deux configurations. En 95-96, c’est la finale du championnat de France de première division – Groupe B (l’ancêtre de la fédérale 1) contre le Stade Français. Une finale perdue dans les règles de l’art Auvergnat en la matière : en jouant mieux, mais avec un buteur qui craque complètement et une attaque stérile pour la première fois de la saison. Au Marcel-Michelin, en plus, comme un symbole©. L’autre, en 2006-07, toujours en Fédérale 1, contre Blagnac. Un match gagné largement et sans suspense, avec en prime une bagarre mémorable. Aucune des deux n’a changé quoi que ce soit pour le club, les montées étant acquises aux deux finalistes de toute manière. Mais le titre de champion de France reste un moment à part. À titre personnel, je peux trouver d’autres matchs qui m’ont marqué (la victoire à Montferrand en 2001, celles contre le Newcastle de Wilko ou le Stade Français en 2000…), mais à titre collectif, cette seule petite ligne au palmarès du Stade Aurillacois fait dorénavant partie du tronc commun (culturel, émotionnel, mythologique) de tout les supporters aurillacois (et non, c’est pas uniquement moi et mon papa, ya d’autres gens aussi. Mon tonton par exemple). Alors, non, ça n’est pas anodin de décrocher un titre. Et j’imagine bien la joie qu’on dû ressentir les Clermontois quand ceux-ci ont enfin décroché un Brennus. Et aussi celle de papy Porical quand son petit Jérôme l’a imité après 60 ans de disette LA CATALANE -quand bien même les sacrifices financiers pour aller le chercher ont provoqué ensuite la spectaculaire chute que l’on sait. C’est d’ailleurs aussi pour cela, qu’au détriment de ce que la logique voudrait, je suis toujours un peu mal à l’aise avec les propositions de suppression des phases finales. Parce qu’un match à élimination directe est beaucoup plus intense à mes yeux qu’une formule championnat pure. Même si ça fait souvent des matchs de merde (le Nouvelle-Zélande-France de 2011 en est un parfait exemple). Bref, j’apprécie ce truc très militaire (et donc très gamin) des bibelots mis sous verre, des étoiles cousues sur les maillots, des années de compétitions avec juste un nom à côté. Oui, c’est puéril, mais être supporter est puéril de toute façon. Et oui, ça ne sert à rien, mais le sport dans son entier non plus. C’est juste la signalisation d’un groupe de personnes qui ont réussi un truc ensemble, et ça me suffit pour que ce soit légitime. Quel que soit le niveau d’ailleurs : champion de France de première division ou de 3° série, l’émotion est la même, seuls les échos médiatique et populaire ne sont pas du même ordre de grandeur. Et bien entendu, je ne crois pas que le deuxième soit un raté incapable. J’apprécie aussi bien que tout le monde les losers magnifiques, ceux qui marquent leur temps sans gagner. Mais les mythologies telles que celle des poteaux carrés , des Grrrrrands Pays-Bas de Cruijff, ou du carton rouge de Warburton en 2011, ça ne sont que des réceptacles à fantasmes. Il y a une excellente bande dessinée qui s’appelle La Femme floue. L’auteur, Nicolas Dumontheuil, explique que celle-ci est la plus belle du monde, parce qu’étant floue, tout le monde peut y projeter son petit fantasme personnel, et donc tout ceux que les femmes intéressent auront la place pour la trouver désirable. A contrario, une très belle femme « nette », elle est comme ça et un point c’est tout. Si un détail n’est pas complètement à ton goût, il n’y a rien que tu puisses y faire*. Et bien en sport, c’est un peu ça : On fantasme pas sur le vainqueur, non pas parce qu’il jouait moins bien (aussi agaçant puisse-il être, le RCT n’est pas moins bandant à voir jouer que l’ASM ces 3 dernières années !), mais justement parce qu’il a gagné, donc fin de l’histoire. Si on la refait, c’est plutôt du point de vue du perdant. Car une fois qu’on a dit, par exemple, que (sur surface rapide) Federer était sans rival entre 2004 et 2007, bè ya plus grand chose à dire, à part aligner les superlatifs -ce qui devient vite aussi passionnant qu’un dictionnaire des synonymes. « On ne se souvient que du vainqueur » est évidemment complètement faux, mais on ne se souvient du second que lorsque le premier a été particulièrement fort -au moins sur un match. La semaine dernière, Djokovic a perdu sa troisième finale de Roland Garros. Personne n’ira dire que c’est un tocard, mais personne ne peut nier que Nadal et Wawrinka ont été particulièrement brillant face à lui. Donc, pour tout cela, oui les titres ça sert à quelque chose. Tant pis pour les joueurs et supporters de l’ASM, mais vous pouvez toujours vous consoler avec votre potentiel littéraire. Ça n’est d’ailleurs à mon avis pas anodin que Montferrand ait engendré tant de vocations littéraires et humoristiques, ailleurs avec Vern Dublogue ; ici-même avec Pastigo, Copareos, Thomaskaitaci ou Ovalie du Rhône… Voilà un domaine où l’ASM peut se targuer de battre à plate couture le Stade Toulousain. *Je crois me souvenir que cette idée, Dumontheuil l’avait réadaptée d’un ouvrage de philosophie ou de sociologie. Je fais avec la référence que j’ai en tête par flemme de trouver l’auteur d’origine. D’autant que la BD de Dumontheuil est probablement plus drôle et digeste que l’ouvrage d’origine. Lisez-la.
Gloucester – UBB : La conclusion du plan Marti (2/2) Par Raphaël Ibanesse, Je vous avais présenté il y a quelques jours le plan de Laurent Marti. Aujourd’hui on va aborder la phase finale de ce plan, les 80 minutes qui en font une réussite, le match qui a fait que l’UBB n’ira pas jouer le jeudi soir devant 4 personnes et 1 chien (coucou les Montpelliérains) : le barrage Gloucester – UBB. Le XV des cannelés : Pour ce match Ibanez et son staff ont opté pour la continuité par rapport au match face à Toulouse. Seuls 4 changements sont effectués dans le XV de départ : L’élu (Jefferson Poirot pour les 3 du fond qui ne suivent pas) et Toetu remplacent les piliers Poux et Gomez-Kodela, Tauleigne blessé est remplacé par Saili et Guitoune forfait de dernière est suppléé par le héros du match précédent : Lionel Beauxis. Comment vous voyez la compo de l’UBB / Comment La Boucherie Ovalie et Yannis Dom voient la compo de l’UBB (via @arbleiz56) Le plan du match : L’UBB s’apprête à disputer un match de coupe d’Europe capital en Angleterre. Comme tout bon supporter de rugby le sait, cela veut dire que elle aura le droit à un « arbitrage discutable » (c’est le terme professionnel pour « sodomie arbitrale »). Pour tenter d’éviter cela, Laurent Marti met au point un stratagème ingénieux : Se faire rouler dessus pendant 35 minutes pour provoquer un relâchement des joueurs de Gloucester et faire croire à l’arbitre qu’il pourra faire gagner l’équipe anglaise sans tricher, puis remonter petit à petit au score et repasser devant en fin de match pour ne pas laisser le temps à ce même arbitre de siffler une ultime pénalité qui priverait l’UBB d’une place en Champions Cup. Le résumé du match : 1′ : Les joueurs de l’UBB semblent avoir bien compris le plan puisque sur la première attaque de Gloucester ils se mettent inutilement à la faute. Laidlaw passe la pénalité. Gloucester 3 – 0 UBB 10′ : Les avants jouent le jeu et concèdent une pénalité en mêlée. Gloucester 6 – 0 UBB 15′ : Tout réussit aux joueurs de l’UBB puisque même les rebonds sont pour Gloucester. Après un coup de pied par-dessus la défense de Bernard où Talebula et Beauxis sont à la réception, le ballon rebondit et décide de repartir dans les mains de Sharples qui contre-attaque. 2 temps de jeu plus loin c’est au tour de Hook de tenter un coup de pied par-dessus la défense. Là aussi le rebond est pour Gloucester, et plus particulièrement Purdy qui aplatit en coin. Laidlaw réussit la transformation. Gloucester 13 – 0 UBB 23′ : Comme en début de match les béglais se mettent bêtement à la faute. Comme en début de match Laidlaw passe la pénalité. Gloucester 16 – 0 UBB 28′ : Mêlée dans les 22 de Gloucester. Le Messie (je parlerai toujours de Jefferson Poirot dans ces termes-là faudra vous y faire) commence à en avoir marre de devoir mal jouer, oublie le plan et emporte la mêlée anglaise. Pénalité logique et Bernard inscrit les premiers points de l’UBB dans ce match. Gloucester 16 – 3 UBB 32′ : Heureusement le seul et l’unique (c’est bon plus besoin de préciser de qui il s’agit) se rattrape et sur une nouvelle mêlée accepte de concéder une pénalité. Gloucester 19 – 3 UBB 35′ : C’est le moment que choisit l’UBB pour se réveiller. Après avoir réussi à enchaîner plusieurs temps de jeu pour la première fois du match, elle pousse son adversaire à la faute et obtient une pénalité. Gloucester 19 – 6 UBB 38′ : Percée de Cook dans les 22 de l’UBB qui transmet en offload à Moriarty qui perd le ballon sur un plaquage de Vous-Savez-Qui. Beauxis récupère et transmet le ballon à Talebula. Ce dernier, qui jusque-là semblait autant concerné par le match que la commission de discipline par le stamping d’Huget, casse le premier rideau et va marquer entre les poteaux 80 mètres plus loin. Bernard transforme. Le score n’évoluera plus jusqu’à la mi-temps. Gloucester 19 – 13 UBB 43′ : Gloucester semble complètement assommé par l’essai de Talebula. Heureusement par deux fois ce dernier leur rend gentiment le ballon sur des offensives girondines. C’est qu’il faudrait voir à pas repasser devant au score trop tôt. 45′ : Sentant le vent tourner, l’arbitre décide d’agir et commet l’irréparable : IL DONNE UN CARTON JAUNE A CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM ! Soyons clairs, les dieux du rugby tolèrent que les arbitrent sifflent des pénalités contre leur Messie. Ils tolèrent également que les arbitrent avertissent verbalement leur Messie. Mais qu’ils aillent jusqu’à exclure le Messie du terrain, ça c’est inacceptable. Sans le savoir, Hodges vient de provoquer la colère des dieux. La réaction des dieux du rugby devant le carton jaune de leur élu 47′ : Les joueurs de Gloucester comprennent le piège dans lequel ils sont tombés et décident de réagir. Sur une chandelle anodine ils blessent Beauxis qui avait parfaitement réussi à endormir leur méfiance, grâce à sa maîtrise sans pareil des plaquages ratés et des réceptions de chandelles foireuses. Il est contraint de sortir et laisse sa place à Serin. La réaction d’Ovale Maqué devant le joueur qui a blessé Lionel 57′ : Les joueurs béglais font fi du plan et décident d’honorer la mémoire de leur camarade trop tôt sorti du terrain. Sur une touche sur les 40 mètres de Gloucester, ils enchaînent plusieurs temps de jeu au prés. Lesgourgues, rentré à la place d’Adams, décide d’écarter sur Bernard. Ce dernier feinte la passe et prend l’intervalle. Il transmet à Marais, qui transmet à Rey qui arrive en se faisant plaquer à passer le ballon à Talebula qui inscrit son deuxième essai du match. Bernard la transformation et l’UBB prend les commandes au score pour la première fois du match. Il lui faut tenir le résultat encore plus de 20 minutes. Gloucester 19 – 20 UBB 65′ : L’UBB parvient coup sur coup à éviter deux essais grâce à la défense de Serin, et un peu aussi parce les anglais sont nuls. Plus que minutes à tenir. 71′ : Instant « Nigel Owens » du match. Les béglais récupèrent un ballon dans leur 22 et relancent par l’intermédiaire de Connor. Ce dernier se prend un croche-pied de la part d’un anglais et sur le ruck qui suit l’arbitre siffle une pénalité pour une faute « peu évidente » (c’est le terme professionnel pour « imaginaire »). Laidlaw fait repasser son équipe devant au score. Laurent Marti le sait, seul un miracle peut encore sauver son équipe. Gloucester 22 – 20 UBB Nigel Owens adoubant Hodges 79′ et 45 secondes : Instant « Miracle » du match. Alors que les anglais enchaînent les picks and go dans le camp de l’UBB, les dieux du rugby décident de se venger de l’arbitre. Ils lui font oublier que l’UBB est une équipe française et sur un bon grattage de leur envoyé sur Terre, Hodges siffle une pénalité. Il autorises même Bernard à la taper rapidement en touche, là où n’importe quel autre arbitre anglo-saxon aurait réussi à gagner 15 secondes et obliger l’UBB à jouer à la main. 80′ et 30 secondes : Sur la pénaltouche les béglais entament un maul écroulé illégalement dans les 22 anglais. L’arbitre, toujours sous influence divine, donne un avantage à l’UBB. Lesgourgues en profite et sert Bernard en position de drop. Les dieux du rugby libéreront Hodges juste à temps pour qu’il accorde le drop de la victoire à l’UBB. Le match est fini, et l’UBB est en Champions Cup. Score final : Gloucester 22 – 23 UBB A votre avis, Pierre Bernard sourit parce que : 1. Il vient d’inscrire le drop de la victoire tel un Johnny Wilkinson des grands soirs ? 2. Il vient de gagner un match de phase finale et pense aux supporters clermontois qui vont encore perdre une finale la semaine prochaine ? 3. Il s’imagine Jake White sur le bord du terrain un jeudi soir pour un match de Challenge européen en Roumanie ? Bilan : Malgré quelques accrocs, le plan de Laurent Marti est une réussite. L’UBB est en Champions Cup, Ibanez reste son manager et excepté Guitoune aucun joueur n’est appelé pour préparer la coupe du monde. Il peut préparer la prochaine saison et son premier Brennus l’esprit tranquille parce que oui, personne ne recrute un joueur comme Ashley-Cooper pour juste intégrer le top 6, à part le Racing bien sûr. Coucou la Champions Cup, j’arrive !
Boucherie Ovalie, le livre À l’heure ou de plus en plus de gens découvrent avec effroi que la Boucherie Ovalie n’est pas qu’un compte Twitter, nous avons une terrible nouvelle à vous annoncer. Non seulement nous écrivons des textes de plus de 140 caractères sur un obscur site internet, mais en plus, très bientôt, on va aussi le faire dans un livre. Un livre, sans déconner ! Et ouais ! Qui l’eut cru, il est possible d’écrire un livre sur le rugby quand on n’est pas un journaliste-écrivain-raté ou un ancien joueur alcoolique. Bon un livre c’est bien, c’est classe et tout, ça nous permet de faire croire à nos mères qu’on fait le même métier que Marc Levy. Mais quel intérêt et qu’est-ce qu’il y a dedans ? On vous rassure tout de suite, il était hors de question de vous proposer de payer pour un best-of de textes publiés sur le site – puisque de toute façon vous ne le lisez pas. Faire une sorte « d’encyclopédie bouchère du rugby » est une idée qui est née chez nous en 2011, peu après la Coupe du monde. Elle a failli se concrétiser en 2012, jusqu’au moment où l’éditeur avec lequel nous travaillions à l’époque a décidé de nous faire une Caucaunibuca en disparaissant sur une île déserte. 3 ans plus tard, le projet a finalement été ressuscité suite à la proposition des éditions Solar. Pour ceux qui ne connaissent pas, Solar a déjà publié – entre autres – les ouvrages des Cahiers du foot ou de So Foot, qui étaient des références pour nous quand nous avons créé la Boucherie. C’est aussi et surtout des gens qui nous ont donné une totale liberté pour faire nos conneries, à leurs risques et périls. Si vous souhaitez vous procurer cet objet, vous aurez donc accès à un contenu pensé pour figurer dans un livre DEPUIS LE DÉBUT, et surtout un contenu à 99 % inédit. En dehors des Éléments de langage et de quelques vannes dans les fiches de clubs de Top 14 (qui ont été très largement remises au goût du jour), ce sont donc 288 pages de jamais lu/vu qui s’offriront à vous. Il y en aura pour tous les goûts : Top 14, ProD2, équipes nationales, portraits de joueurs, d’entraîneurs ou de dirigeants illustres, des « 24h dans la vie de… », mais aussi des images, des jeux et plein de petits bonus qu’on vous laissera découvrir. Bon par contre, on n’a pas réussi à intégrer des GIF. Nous avons fait en sorte de vous proposer un contenu très varié, avec des textes longs, d’autres plus courts, du lol et du moins lol, le tout mis en image de façon chatoyante pour le plaisir de vos yeux qu’on imagine endoloris par des tentatives de fourchettes répétées. Ou par le design atroce de notre site. Tout cela a demandé de longs mois de travail – un mot dont certains d’entre nous ignoraient le sens jusque-là – et on espère que le résultat ne vous décevra pas. Qui sont les responsables ? Qui risque d’en payer le prix très bientôt ? Tous les textes ont bien évidemment été écrits par vos rédacteurs-bouchers favoris (ou détestés) : Ovale Masqué / Pierre Villegueux, le Stagiaire, Damien Try, Pastigo, Gregory le Mormeck, Pilou, l’Affreux Gnafron, Marcel Caumixe, Capitaine A’men’donné, Copareos, Ketchup-Mayol et presque tous les autres « réguliers » du site depuis 5 ans. Des invités prestigieux comme Vern Dublogue (qui comme son nom l’indique, est l’auteur de l’excellent blog parodique de Vern Cotter) ou Fufu Bieragogo seront également au rendez-vous. Et enfin, la cerise sur le gâteau, la claque sur le cul du demi de mêlée : Daniel Herrero. Oui, le vrai. L’homme le plus rudoyant de l’Ovalie a accepté de lire nos bêtises, et il les a trouvées suffisamment dignes d’intérêt pour bien vouloir rédiger la préface du livre. On l’a lue, et on peut déjà vous affirmer qu’il y a au moins 17 mots qu’un joueur évoluant en première ligne sera incapable de comprendre. Bref, c’est du très grand Herrero et on le remercie encore de nous avoir accordé cet honneur. Ça coute combien ? À qui profite le crime ? 29,90 euros. C’est une somme mais toujours moins que le prix d’une place pour aller voir l’équipe de France perdre à domicile contre le Pays de Galles. Et à 10 centimes la page, honnêtement c’est cadeau. En plus, le truc a vraiment de la gueule : même si vous ne le lisez pas ça fera un parfait ornement pour vos étagères et vos meubles d’une marque suédoise chère à Mathieu Bastareaud. Bien entendu, nous avons un devoir de transparence totale envers vous et il faut vous signifier que l’intégralité des bénéfices des ventes seront reversés à Solar, ainsi qu’à la plus belle des associations caritatives : nos portefeuilles. Enfin rassurez-vous, écrire des livres ne nous paiera pas encore nos vacances aux Maldives. Au mieux, cela nous permettra de préparer notre fuite à l’étranger (vous comprendrez aisément qu’on ne puisse dire où) pour éviter que les joueurs cités dans le bouquin ne viennent nous casser la gueule. Au pire, on s’en servira pour relooker notre site internet une énième fois, et essayer de le rendre encore plus moche que l’actuel. Ça sort quand ? Et on le trouve où ? EDIT : Fidèle à l’esprit de la Boucherie Ovalie, notre livre est en retard comme Jean-Marc Doussain : la date de sortie est donc repoussée au 3 septembre. Le 03 septembre prochain, juste à temps pour la Coupe du monde. Vous pouvez déjà constater que le livre est visible sur le site de la FNAC (et si vous êtes un amoureux des livres anti-capitaliste, sur leslibraires.fr) et qu’il est même possible de le pré-commander dès maintenant sur Amazon. Avec une livraison (à priori) garantie pour le jour de sa sortie. Il sera également possible de se procurer l’objet sur la boutique de notre site en un nombre d’exemplaires qui, comme la technique individuelle des joueurs du XV de France, sera limité. Un avantageux pack « bouquin + ticheurte exclusif » vous sera aussi proposé. On avait aussi pensé à vous les dédicacer mais nous sommes réalistes, vous en avez rien à foutre d’avoir la signature d’inconnus cachés derrière leurs écrans. Tu vas fermer ta gueule ? Oui. On donne donc rendez-vous à tous les carnivores au mois d’août. En attendant, lisez des livres, regardez du rugby et continuez à croire au retour de Lionel Beauxis en équipe de France.
Abats d’idées #5 : Et si gagner des titres, on s’en foutait ? (1/2) Par Le Stagiaire et Ovale Masqué, Samedi soir, le Stade Français et l’ASM Clermont Auvergne vont se disputer le Bouclier de Brennus, consécration ultime pour tout rugbyman évoluant dans l’Hexagone et sortant d’une longue et palpitante saison de MUSC… de rugby. À l’aube d’un potentiel nouveau traumatisme pour la Yellow Army, qui commence d’ailleurs à en avoir marre de cette étiquette de gentils losers, la rédaction de la Boucherie a décidé de prendre les devants et de poser sur la table une question qui nous est chère : est-ce que les titres, au final, on s’en foutrait pas un peu ? Au cours des débats internes, la plupart d’entre nous ont évidemment argumenté pour les deux camps mais c’est quand même plus marrant de volontairement proposer deux visions opposées et radicales. Dans un premier temps, voici donc la plaidoirie en faveur des perdants magnifiques, ceux qui sont prêts à défiler avec des panneaux « Je suis Clermontois » place de Jaude dès dimanche matin. Du moins jusqu’à ce qu’ils réalisent que cela implique de se rendre en Auvergne évidemment. Pour la suite du débat, vous aurez la réponse des amateurs de bling bling, qui ne jurent que par les trophées et collectionnent les posters de Pierre-Gilles Lakafia dans leur chambre. NB : Le premier qui dit « Tiens la Boucherie fait des trucs sérieux maintenant » dans les commentaires devra relire l’intégralité des livres de Jacques Verdier. Non on s’en bat pas la race de gagner des titres, tu m’emmerdes avec ta question. « L’important c’est de participer ». Si enfant vous étiez petit, gros et que vous vous êtes fait humilier par tous vos camarades au cross de votre école primaire, vos parents ont probablement tenté de vous remonter le moral avec cet adage éculé. Une phrase que beaucoup attribuent d’ailleurs à tort au baron Pierre de Coubertin. S’il en avait réellement été l’auteur, l’arbitre de la première finale du championnat de France entre le Racing et le Stade Français aurait probablement ajouté à l’adresse des premiers cités : « Enfin, vous pourriez faire un effort quand même ». Toujours est-il que cette phrase symbolique prône une vision du sport qui a pour aboutissement le plaisir du jeu et le défi personnel avant la compétition avec les autres, la gloire et les filles faciles. Disons-le tout net, dans le débat qui nous intéresse, il n’est pas vraiment question de ça. Déjà, il ne s’agit pas tellement de la vision du sportif, mais plutôt de celle du supporter. Le sportif, quand il est professionnel (ou très impliqué dans une compétition) semble avoir toutes les raisons de poursuivre un objectif qui l’aide à se dépasser et qui intervient comme une récompense au regard des sacrifices consentis (régime sans gluten, interviews de Richard Escot et j’en passe). Mais en ce qui concerne les supporters, quelle différence fondamentale apporte le titre ? Troller les supporters adverses sur Rugbyrama et Twitter en se vantant d’avoir la plus grosse ? Acheter un nouveau tee-shirt à la boutique du club pour alterner avec le « Champion d’Automne » que vous vous êtes procuré dès janvier ? On a tous déjà connu ce connard qui, au lendemain du 129ème titre du Stade Toulousain, venait faire le paon au boulot avec sa cravate rouge et noire achetée à 70 euros dans la boutique officielle. Il est aujourd’hui en voie de disparition, mais a été remplacé par un spécimen varois tout aussi agaçant. Car il est difficile de ne pas trouver ce sentiment de fierté ridicule, en voyant ce gars s’attribuer les mérites d’une victoire à laquelle il aura contribué en posant son cul sur son canapé (voire pire, derrière un écran). L’accessoire indispensable du bon connard qui bosse chez Airbus. « L’histoire ne retient que les vainqueurs ». Ah bon ? On se souvient pourtant plus de la demi-finale France – All Blacks en 1999 que du tournoi de l’Australie. On parle encore des épopées de Saint-Étienne en Coupe d’Europe alors qu’ils n’ont jamais rien gagné. Toujours chez nos amis les footballeurs, la grande équipe des Pays-Bas n’a quasiment jamais rien gagné mais reste une référence en terme de beau jeu. Dans tous les sport, des exemples de ce type existent. « Poulidor » est même devenu une expression, ce qui prouve bien qu’on oublie pas toujours les éternels deuxièmes et les perdants romantiques. Les titres n’achètent pas le respect ou l’histoire. Gagner fédère mais ne fait pas durer. Qu’est ce qui fait durer ? La passion peut-être, même si elle s’essouffle. Le passé aussi, sans doute. Encore faut-il le construire et il n’est pas si évident d’affirmer que les titres en sont le ciment. Béziers est le deuxième club le plus titré de France, mais sérieusement, qui le sait ? Qui s’en souvient ? Les supporters, les passionnés, les hommes et femmes qui continuent de faire vivre leur club, malgré les défaites et les désillusions. Les encyclopédies du rugby sur pattes qui radotent au PMU du coin et que plus personne n’écoute. Mais globalement, tout le monde s’en fout. Les titres comptent certes, mais moins que la vie du club. Plus que les trophées, le supporter a peur de voir ce qu’il a connu devenir autre chose, un monstre qu’il ne comprend plus et surtout qui ne le comprend plus, car cela créerait une fracture. On le voit en ce moment chez certains clubs de rugby comme Toulon et l’ASM où des clivages se forment entre anciens supporters et nouveaux. Les clubs mutent et certains supporters ne suivent plus. Un peu comme notre chroniqueur Pilou, supporter toulonnais qui contribue à la Boucherie depuis quelques années et dont on va citer le témoignage au sujet du RCT : « Je suis content, pour la ville et le club qu’on aplatisse l’Europe, mais ça se fait au détriment d’une posture que Toulon avait et qu’il n’aura plus jamais, sauf faillite : celle du petit qui colle une trempe au gros. C’est historique à Toulon, parce que le Toulonnais, joueur comme supporter, aime mériter sa victoire, et aime se poser en mal-aimé, en victime du fameux « complot anti-toulonnais ». Il veut gagner dans la douleur, face à un adversaire au moins aussi fort que lui. C’est pour ça que la finale contre les Saracens en 2014, c’était bien, mais ça n’était pas comparable à celle de 2013. Plus fort encore, c’est le premier match au Vélodrome, contre Toulouse, avec une équipe improbable, des mecs qui ne parlent pas une langue commune et le délire en fin de match. C’était fou. J’ai une vraie nostalgie de cette époque où chaque match était capital et où il fallait faire beaucoup avec une charnière en bois, des trois quarts maoris en surpoids et des avants demeurés ». Attention, une défaite en finale peut faire de vous un consultant aigri. … mmh nan en fait y’a pas de règles. Tout ça, c’est juste du storytelling. Le titre n’est qu’un aboutissement (parmi d’autres possibles) d’une histoire. Et plus l’histoire qui précède est belle, grandiose, romanesque, plus le final est réussi. Le titre des footeux en 1998 a marqué la France, non pas parce que tout le monde s’est dit « On est la meilleure équipe du monde » mais parce que c’était le résultat d’une « aventure » qui a embarqué tout un pays. On se souvient des haters d’Aimé Jacquet, on se souvient des buts miraculeux de Thuram, du doublé de Zizou et des Champs Élysées remplis de monde. Pas de notre bond au classement de la FIFA. Le titre n’a d’importance que s’il fait partie d’une histoire qui le sublime. D’où l’émotion quand on revoit « Les Yeux dans les bleus ». L’important dans le voyage n’est pas tellement l’arrivée, mais plutôt le chemin emprunté. C’est pour ça qu’on dit parfois d’un titre « qu’il est plus beau que les autres ». C’est aussi pour ça que les titres des handballeurs sont moins mémorables. Au delà de la médiatisation moindre, il n’y a moins de surprises, de rebondissements (exceptés sur les deux derniers matchs éventuellement). « L’époque » que l’on vit en France avec le handball est mémorable, mais les titres en eux-mêmes se succèdent et se ressemblent presque tous. Dans 50 ans, on se souviendra de la période et de quelques joueurs phares plus que d’une compétition particulière. Le titre en lui même est dépouillé de presque toutes les émotions et étapes qu’une bonne histoire est censée faire vivre : l’espoir, la peur, la joie, la surprise, le doute… C’est aussi pour ça que la défaite en finale de la Coupe du Monde de rugby en 2011 est si extraordinaire. Elle s’inscrit parfaitement dans la logique de ce qui la précède. Les défaites en poule, les sales gosses, les choix improbables de Marc Lièvremont, la demi-finale volée contre le Pays de Galles, et enfin la rédemption avec cette finale où pendant 80 minutes, on a été meilleurs que les meilleurs du monde. Il ne s’agit pas de dire qu’un titre au bout n’aurait pas donné une magnifique conclusion non plus mais, dans le cadre de cette histoire en particulier, le scénario de la défaite héroïque marchait parfaitement. Pour prendre un exemple qui ne nous concerne pas, le parcours de l’Angleterre en 2007, avec des matchs laborieux, une humiliation contre les Boks en poule, un Jonny Wilkinson de retour après avoir été brisé par les blessures, puis cette demi-finale gagnée contre l’ennemi héréditaire sur son sol… ce parcours n’est-il pas bien plus beau que celui de 2003, où le sacre de la bande à Martin Johnson était attendu de tous ? Donner une médaille aux perdants. La meilleure façon d’insulter un Anglais. À l’inverse, quand l’ASM écrase le championnat toute l’année et perd en finale comme c’est arrivé plusieurs fois, le dénouement est cruel car très irrationnel et incohérent pour ceux qui le vivent. Comme un acteur qu’on fait subitement mourir dans une série parce que son cachet devient trop élevé pour la production ou qu’il doit partir en cure de désintoxication (ou parce que ça fait rire l’auteur de torturer les spectateurs dans le cas de Game of Thrones). La complexité de cette mécanique, c’est aussi que chaque supporter peut avoir sa propre vision de l’histoire. Si Clermont l’emporte samedi, la joie sera d’autant plus importante, car les mecs en bavent depuis plusieurs années. Ceux qui ont subi les désillusions répétées et les moqueries des supporters adverses. Ceux qui signent des pétitions et qui vont enfin être débarrassés de cette image de gros losers. À l’inverse, le mec qui a débarqué de sa Bretagne natale il y a un an et qui n’avait jamais regardé un match de rugby avant d’arriver peut se prendre au jeu (voyant bien que les occasions de vibrer pour quelque chose à Clermont ne se représenteront peut-être pas de si tôt). Il sera content aussi, mais il n’aura pas la même histoire que tous les autres. Ce qui ne veut pas dire qu’elle sera moins belle. Elle aura juste une symbolique différente. Et conséquence directe, plus un supporter est assidu, plus les chances de passer par des stades émotionnels variés et complexes tout au long de l’année sont importants. Donc plus le titre est vu comme un aboutissement indispensable. Une personne avec un peu de recul sera toujours plus tolérante et ouverte sur la fin de l’histoire. On peut aussi prendre l’exemple d’Oyonnax, défait en barrages. Une fois passée la déception légitime d’avoir échoué proche du but, je pense que la plupart des supporters seront satisfaits et fiers de la saison. Le titre n’apparaissait pas vraiment comme une finalité envisageable, du moins jusqu’à la qualification. À l’inverse, les supporters du Stade Toulousain ont logiquement toujours du mal à tolérer l’idée de ne pas gagner un titre par saison (surtout depuis qu’ils disputent la Natixis Cup). Comme dans un film, plus le spectateur est attaché aux personnages, plus il espère une happy end. Mais dans certains cas, il faut savoir reconnaître que le scénario est bien plus réussi avec un dénouement tragique et shakespearien. Alors soyons lucide, le rugby nous offre assez de comédie tout au long de la saison. Il n’y a pas de mal à aimer chialer devant un petit drame de temps en temps. Puis il faut reconnaître ce qu’il y a de bien avec toutes ces finales perdues : profitez de la détresse des supportrices de l’ASM pour aller les pécho. Rendez-vous vendredi pour lire la réponse de Capitaine A’men’donné sur le sujet. Pour lire les autres articles de la rubrique « Abats d’idées » en attendant, c’est par ici.