Abats d’idées #2 : Faut-il détester les footballeurs ?
par Ovale Masque

  • 18 novembre 2013
  • 71

 

Par Ovale Masqué,

 

Avant propos : L’auteur de ce texte ne regarde pratiquement jamais de football en dehors des grandes compétitions internationales, il pense que Jérémy Ménez est l’auteur immortel de « jolie poupée » et que le le 4-4-2 est la position sexuelle favorite de Byron Kelleher. Il ne pourra donc être suspecté de trahison envers la grande famille de l’Ovalie pour le texte qui va suivre.

 

« Dès que quelqu’un me parle d’élites, je sais que je me trouve en présence d’un crétin. »
Cioran

« Dès que quelqu’un cite du Cioran, je sais que je me trouve en présence d’un mec qui se la pète beaucoup trop. »
Ovale Masqué

 

Cons

 

Comme dirait si bien Freud, les relations père-fils, c’est souvent la merde. Enfant attardé du football, renié par sa famille parce qu’il aimait un peu trop la bagarre et la picole, le rugby a toujours eu des rapports complexes avec son géniteur, qui ne l’avait d’ailleurs pas vraiment désiré au départ.

En effet, qui n’a jamais entendu les expressives « footeux », « pousse-citrouille » « danseuses » – on vous épargnera celles à caractère encore plus explicitement homophobe – dans la bouche d’un amateur de ballon ovale pétri de supériorité vociférant contre un de ces pédés de footballeur ? Pour nombre de rugbeux (ça se dit, ça ?) le footballeur est une sous-race infréquentable. Sur l’échelle du mépris, il est peut-être le seul à réussir l’exploit de se situer en dessous de l’Anglais. Car oui, la xénophobie fait aussi partie des Valeurs du rugby © quand il s’agit des Anglais, il faut le savoir. Après tout, tout cela est assez normal : envier et dénigrer son voisin est sans doute le seul vrai sport national des Français. Mais chez le rugbyman, cracher sur les footballeurs est de plus en plus à la mode depuis les multiples déboires connus par les Bleus depuis la Coupe du monde 2010.

Ainsi, vendredi dernier, sur les réseaux sociaux, quelques-uns de nos followers se félicitaient d’ailleurs de la défaite de l’Equipe de France de foot face à l’Ukraine – oui, critiquer les footeux qui ne chantent pas la Marseillaise et souhaiter la défaite de la France en même temps est quelque chose de possible pour ces braves patriotes schizophrènes. Pendant que la FFR et la LNR se frottent sans doute les mains en pensant aux parts de marché à récupérer après cet énième fiasco, posons-nous donc cette question essentielle :

 

Faut-il détester les footballeurs ?

 

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Enfin un N°10 avec un jeu au pied potable. 

 

1. « Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous ».

La formule claque comme le plaquage d’un Samoan de 110 kilos sur un frêle avant-centre coiffé d’une crête digne d’un fan de tunning. Tellement que Papy Clint Eastwood himself l’a incluse dans « Invictus », ce téléfilm du dimanche après-midi friqué consacré à l’épopée des Springboks lors de la Coupe du monde 1995. C’est vrai, au rugby, on a des Valeurs. Au rugby, on se respecte. Il y a les haies d’honneur à la fin des matchs, la fraternité lors des troisièmes mi-temps. Les rugbymen sont souvent des gens polis et bien élevés, au contraire de ces racailles de banlieue des footballeurs. La preuve : Thierry Dusautoir a un diplôme d’ingénieur, alors que Franck Ribéry sait à peine faire un avion en papier. Benjamin Kayser chante la Marseillaise à tue-tête alors que Karim Benzema semble surtout penser à sa liste de courses pendant ce moment de ferveur patriotique. Daniel Herrero connait plus de mots compliqués qu’un académicien français, tandis que Luis Fernandez s’exprime dans un langage tellement approximatif qu’il aurait sans doute plus sa place sur un Skyblog que sur RMC.

 

Posons-nous donc la question, déjà, c’est quoi, ces fameuses Valeurs du rugby © ? Courage, solidarité, combativité, humilité, respect, blablabla, on vous épargnera toute la liste des poncifs qu’il faut absolument utiliser dans un spot de pub de la FFR. En fait, ces valeurs n’ont rien de propre au rugby, elles sont (en principe) communes à tous les sports collectifs. Mais le rugby étant ce qu’il est, c’est à dire un sport de combat avant tout, voire un sport guerrier, il exacerbe toutes ces belles notions. Il y a sans doute moins de divas arrogantes en Ovalie qu’en Footballie : là encore c’est propre à la nature des deux sports. Si Messi et Cristiano Ronaldo sont capables de dribbler tout le terrain et de planter 30 buts par saison, un Vincent Clerc n’irait pas bien loin sans ses copains (ceux qui lui ressemblent pas trop, vous savez, ceux qui sont moches) pour faire le sale boulot avant lui. Vous ne verrez pas non plus Patrice Evra se jeter sur un ballon perdu au risque de se faire écraser par 4 All Blacks de 110 kilos : ce n’est tout simplement pas le même sport. De ce côté-là, c’est vrai, la pratique du rugby rend certainement moins con aide sans doute plus à inculquer quelques valeurs de savoir-vivre que celle du football.

 

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Vincent Clerc a donc fini par remporter la course pour devenir le sportif préféré de la ménagère de moins de 50 ans. 

 

Le rugbyman n’a pourtant pas toujours un comportement irréprochable, sur comme en dehors des terrains. Mais chez nous, il y a un truc magique, comme un bouclier d’invincibilité dans un jeu de rôle : la culture de la troisième mi-temps ! Au rugby, quand Mike Phillips se met une murge énorme et se rend à l’entraînement bourré, quand Mike Tindall lance des nains dans un pub néo-zélandais, quand trois joueurs du XV de la Rose déballent leurs bites devant une femme de chambre, ou encore quand Julien Caminati agresse des gens à la sortie d’une boîte de nuit, on trouve ça rigolo. Des philosophes comme Vincent Moscato nous expliquent même que c’est tout à fait normal. Ben ouais, c’est les Valeurs © quoi !

 

Par contre, quand Ribéry a un rapport tarifé consenti va aux putes, ou quand des Espoirs passent une soirée en boîte de nuit à quelques jours d’un match capital, là c’est un putain de scandale. Le seul rugbyman qui a eu le droit d’être traité avec la même sévérité, c’est peut-être Mathieu Bastareaud, suite à son histoire d’une nuit avec une table de chevet à Wellington. Parce que ses justifications vaseuses avaient manqué de déclencher un incident diplomatique, et peut-être aussi parce que « Bastarocket » est né à Créteil et pas à Mont-de-Marsan et qu’il est donc légitimement suspect d’être un footeux refoulé. De la même façon, le XV de France peut tranquillement perdre contre les Tonga en Coupe du monde, en ayant trottiné pendant la moitié match, tandis qu’on a du mal à pardonner à ces incapables de footeux qui ont encore perdu contre l’Espagne, cette petite nation du football.

 

A la lumière de ces exemples, le concept du « gentleman » est donc un peu mis à mal. Mais bon, ce sont des sportifs de haut niveau, ils ont le droit d’évacuer le stress, et quand ils picolent, ils sont comme tout le monde, un peu cons. En dehors de ça, ce sont des mecs bien. C’est vrai que globalement et à quelques exceptions près, les rugbymen ont l’air un peu moins cons que les footballeurs. Il faut dire aussi que le ballon ovale n’est professionnel que depuis 1995, et que beaucoup de ses plus éminents représentants ont bien été obligés de faire des études pour éventuellement avoir un jour un vrai travail comme les vrais gens (beurk), leur sécurité financière étant loin d’être assurée à l’issue de leur carrière de rugbyman. Une carrière qui peut d’ailleurs se terminer plus vite que prévu, étant donnée la nature plutôt rudoyante de ce sport de poètes. On évite donc le phénomène de ces jeunes footballeurs élevés comme des poulets en batterie dans un univers parallèle où écouter du Booba à bord d’une Ferrari semble être l’accomplissement d’une vie.

 

2. Les supporters du rugby ils sont mieux que ceux du foot.

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3. Le football est un sport gangrené par l’argent, alors que le rugby n’est animé que par des objectifs purs.

Avocat du diable, je pourrais illustrer par le parcours exemplaire de Bernard Laporte. Ou vous parler des interminables guéguerres entre la Ligue et la FFR, où chacun privilégie ses propres intérêts économiques au mépris de la santé du rugby et des joueurs de rugby français. Mais il n’est pas question de sombrer dans la facilité et je préfère me ranger à l’évidence : c’est pas un rugbyman qu’on verrait montrer ses fesses dans une pub pour cachetonner en vendant des slibards, ni un pur représentant de l’ovalie faire croire au bonheur facile en vantant les mérites du crédit revolving.

 

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Enfin tant que le football français aura comme idole un type qui a niqué une finale de Coupe du monde pour un coup de boule digne des plus beaux matchs de fédérale 3, c’est preuve que les Valeurs © auront démontré à tous la permanence éclatante de leur supériorité.

 

4. Pourquoi toujours rabaisser le foot pour mettre en avant votre sport chéri ?

En fait, le supporter de rugby est un peu une saloperie de hipster. Il aime se vanter de connaître des groupes d’électro danois et n’a que du mépris pour les auditeurs de David Guetta, sur qui il passe son temps à vomir (même si, il ne l’avouera jamais, il a déjà tapé du pied sur un des ses tubes). Il est convaincu qu’il fait partie d’une élite, et sa plus grande peur serait que son sport devienne accessible à tout le monde, « mainstream », comme ils disent . Il peste parce que le rugby devient un peu trop à la mode à son goût, parce qu’il passe sur TF1 et parce que des profanes (ou pire, des footeux comme Christian Jeanpierre) s’autorisent désormais le droit d’en parler. Il a peur que les stades du Top 14 soient envahis par des cons, ignorant volontairement qu’ils ont toujours été là. Qu’il se rassure : le football est le sport N°1 dans le monde, il est universel et il le restera.

Avec une brique de lait vide, une canette de coca ou une couille de Jonathan Best, on peut faire un ballon et jouer n’importe où à travers le monde : dans une cour de récré, un champ, sur un parking ou même à Oyonnax. Le rugby, il faut un ballon bizarre, et au moins avoir un master en physique quantique pour en maîtriser les règles (ce qui explique sans doute pourquoi 99% des joueurs eux-mêmes les ignorent). Il y a à peine une dizaine de pays qui le pratiquent au plus haut niveau, à tel point qu’on est obligé d’inviter des équipes de waterpolo pour réussir à faire une Coupe du monde à 24. Oui, rassure-toi, le jour où ta grand mère connaîtra un joueur de rugby qui n’est ni Sébastien Chabal, ni Frédéric Michalak, n’est pas encore arrivé. Enfin dis-toi quand même que la prochaine fois que tu sortiras le champagne pour fêter une nouvelle défaite de l’Equipe de France de football, tu boiras aussi à la santé du rugby, qui par effet de balancier, risque de gagner encore en popularité. C’est con hein ?

 

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Au final, ce qui rapproche le plus les amateurs de rugby et de football, c’est peut-être leur passion commune pour le lynchage de sélectionneur. Vous voyez bien qu’au fond on est pareils !

 

Merci à Ovale de Grâce pour son aide.