Invictus, la critique.
par Ovale Masque

  • 01 octobre 2012
  • 26

 

Par Ovale Masqué,

 

2008. A 78 ans, Clint Eastwood est en grande forme. Il est même dans la période la plus pro

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lifique de sa carrière et nous pond un film par an depuis 10 ans. Parmi ces films, quelques succès comme Mystic River, Gran Torino ou Space Cowboys (rayez la mention inutile). Grâce à un film sur la boxe, les bons sentiments et les tartes aux myrtilles, il a même décroché l’Oscar du meilleur film pour Million Dollar Baby en 2004. Le seul de sa carrière avec celui reçu pour le chef d’œuvre « Impitoyable » (1993), un western qui parlait de prostituées mutilées, d’un shérif sadique et d’un vieux chasseur de prime alcoolique sur le retour. Oui, les temps changent à Hollywood et les Valeurs se perdent.

Pour son nouveau film, Clint cherche un nouveau sujet gentillet qui pourra lui permettre de mettre quelques Oscars de plus au dessus de sa cheminée, entre ses fusils, sa tête de cerf empaillée et sa carte de membre de la NRA. Il le trouve assez vite : il va faire un film… sur les Valeurs du Rugby © bien sûr ! Et oui, deux ans avant le Fils à Jo, Clint avait déjà senti le filon. Comme quoi, même en matière de ballon ovale, nous sommes toujours en retard sur les Américains. Clint choisit donc d’adapter le livre «Playing the ennemy » de John Carling, qui raconte comment la victoire de l’Afrique du Sud à la Coupe du Monde 1995 a réunifié tout un pays et supprimé le racisme à tout jamais. Bien sûr c’est une vision un peu idyllique de l’histoire. En fait ça s’est passé un peu comme pour la Coupe du Monde 98 chez nous : on a bien aimé les Arabes pendant 2-3 mois sous le coup de l’euphorie, puis après on s’est souvenus qu’ils avaient une religion super bizarre et qu’ils faisaient plein d’enfants pour toucher des allocs (un peu comme la famille Lièvremont, quoi).

Voir le cinéma américain s’intéresser au rugby, cela peut surprendre. Mais il faut dire que Clint Eastwood est un fan de rugby de longue date et s’est même inspiré de Guy Novès pour créer son personnage de vieux papy réac et anti-doublons que l’on retrouve dans la plupart de ses films. Et puisqu’on parle de contre-emploi, Clint a décidé de confier le rôle principal du film à son vieux pote Morgan Freeman, déjà présent dans Impitoyable et Million Dollar Baby, et qui jouera là un rôle inédit au cinéma : celui du vieux black cool avec un sourire complice. Mais là, ce n’est pas n’importe quel vieux black cool : c’est Nelson Mandela ! Difficile de faire plus consensuel que ce personnage que tout le monde aime, certains sans vraiment trop savoir pourquoi (un peu comme le Dalaï Lama ou Jean d’Ormesson – on a juste envie d’être pris en photo avec eux). En plus, le mec va très certainement mourir sous peu… si avec un peu de chance, ça arrive quelques mois avant les Oscars, c’est le prix assuré pour ce bon vieux Morgan.

Pour l’autre rôle principal, celui du capitaine des Boks François Pienaar, Eastwood choisit une autre star, Matt Damon. Matt vient de finir de tourner les trois volets de la saga Jason Bourne, dans lesquels il passe son temps à casser des dents et briser des nuques. Il semble donc être un choix naturel pour incarner un rugbyman sud-africain. Pour ce qui est de la ressemblance physique, on repassera, puisqu’en fait Pienaar était le sosie de Sting en 1995. Hélas (ou heureusement plutôt) Sting est un peu trop vieux pour le rôle maintenant, puis surtout il a quasiment arrêté sa carrière d’acteur depuis le film Dune, dans lequel il interprétait un mannequin Dim du futur.

Palapapapaaa…

 

Une grande partie du budget du film est sans doute parti dans le salaire des deux têtes d’affiche, puisque les rôles secondaires sont quasi-inexistants. Aucun des partenaires de Pienaar n’a plus d’une ligne de dialogue, à l’image de l’emblématique ailier Chester Williams, qui fait coucou à la caméra pendant deux trois scènes du film. Et Eastwood a décidément beaucoup de points communs avec Guy Novès puisqu’à défaut de caser son gendre, il pistonne son fils Scott Eastwood dans le rôle du botteur Joel Stransky. Les Boks sont en auto-gestion et n’ont apparemment pas d’entraîneurs dans le film. Les adversaires sont de simples figurants, à l’exception de Jonah Lomu qui a le droit à plusieurs gros plans lors de la finale. Finalement les deux seuls autres personnages importants du films sont deux rôles très finement écrits, qui incarnent à la perfection la thématique du film : le garde du corps afrikaner et un peu raciste, joué par un acteur blond qui aurait pu incarner un nazi dans un film d’Indiana Jones, et le garde du corps noir qui comprend queudalle à ce sport de blanc incompréhensible et qui préfère le foot. Au début ils ne s’aiment pas trop ces deux-là. Et devinez quoi ? A la fin du film, ils se sautent dans les bras pour fêter la victoire des Boks ! En fait Invictus c’est un peu l’Arme Fatale, avec Jason Bourne en short et Morgan Freeman dans le rôle d’un vieux sage façon Obi-Wan Kenobi. Si ça ne vous donne pas envie de mater le film, je sais pas ce qu’il vous faut.

 

Le film (ATTENTION SPOILER : L’Afrique du Sud gagne à la fin)

Comme tout bon film de sport américain, le film commence un peu comme Rocky : au début, le héros est une grosse baltringue. Après avoir été plus ou moins (selon les pays) boycottés par le gratin du rugby mondial pendant l’Apartheid, les Boks sont un peu largués et loin d’être prêts pour leur Coupe du Monde. Les potes de Pienaar se prennent branlée sur branlée lors des Test Match. C’est du moins ce que veut nous faire croire le film en nous montant les images d’une défaite assez sévère contre l’Angleterre à Pretoria (32-15) en 1994. Par contre, aucune mention n’est faite du second test, largement remporté par les Boks (27-9) ou même du match nul décroché à Auckland contre les All Blacks la même année (18-18). En vrai, les Boks c’était donc pas la Namibie, mais pour la progression dramatique du récit, on suppose qu’il était bon d’en rajouter un peu sur le côté gros losers.

Bref en 1995, cette équipe d’Afrique du Sud ne déchaîne pas les passions. Surtout pas chez la communauté noire, pour qui cette équipe composée à 99,99% de gros fachos d’Afrikaners, est le symbole même des années d’Apartheid. Cependant, un seul homme va croire en eux : Nelson Mandela bien sûr ! Il faut dire que Nelson, qui est au pouvoir depuis peu dans le pays, se fait grave chier dans ses nouvelles fonctions de président. Visiblement, le gars s’amusait beaucoup plus en prison et s’ennuie un peu dans sa nouvelle vie. Quand un de ses conseillers lui tend un journal titrant « Hausse de la criminalité dans le pays », Nelson lui répond « Rien à battre de la criminalité, donne moi la page des sports ». Je précise que cette scène se trouve réellement dans le film – je ne sais pas si Eastwood avait l’intention de faire passer Mandela pour un gros branleur mais en tout cas c’est réussi. Le film représente en effet le plus souvent Nelson en train de glander au bureau, de blaguer avec ses conseillers ou de draguer sa secrétaire. En fait, on a l’impression d’être devant un biopic de Jacques Chirac, sauf que les combats de sumo ont été remplacés par des matchs de rugby. Vous l’aurez compris, pour l’aspect politique du film on n’est clairement pas devant « A la maison blanche », mais ça a le mérite de nous aider à nous identifier au personnage : nous aussi on a envie de boire de la bière et de se gratter les couilles avec Nelson devant un bon match des Boks.

La question du film est quel sera donc le déclic qui va transformer ces gros nazes en champions du monde ? Ici pas de séance de boxe avec un morceau de viande dans la chambre froide d’une boucherie, ni de séance de footing extrême en Sibérie. En fait, la comparaison faite avec Obi-Wan Kenobi en début d’article était pertinente : Nelson Mandela est un putain de Jedi. Il va rencontrer François Pienaar en personne et tout simplement lui transmettre la Force. Et un livre de poésie, aussi. On ne le sait que trop rarement mais les troisièmes lignes sud-africains sont très sensibles à la poésie. C’est de là que le film tire son nom, du poème Invictus de William Ernest Henley que voici.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 

François Pienaar médite sur ces belles paroles (on saluera le jeu d’acteur de Matt Damon, qui nous sort le regard profond et habité de l’homme qui prend conscience de sa destinée) et se retrouve vite convaincu qu’il sera le capitaine des futurs champions du monde, ceux qui réuniront autour d’eux tout un pays. Oui, rien que ça (à noter qu’en France, Bernard Laporte a essayé de faire la même chose en refilant la lettre de Guy Moquet à Clément Poitrenaud, pour des résultats hélas moins convaincants). Le reste du film est composé de saynètes plutôt inutiles et qui viennent surligner au crayon très gras le propos du film : les relations entre le père de Pienaar et sa servante noire, Pienaar et sa femme, Nelson qui appelle sa fille qui lui répond pas (il devrait essayer Julien Tomas plutôt) et bien sûr Dumb & Dumber les deux gardes du corps. On passera donc sur ces moments « intimistes » qui essayent tant bien que mal de faire vivre le récit.

Grâce à la Force transmise par Nelson, Pienaar utilise son don de persuasion pour convaincre ses partenaires qu’il faut s’aimer et gagner la Coupe du Monde. D’une phrase, il convainc tous les Blancs de son équipe de chanter le nouvel hymne sud-africain. Wah, quel beau gosse !

Admirez la subtilité de la réalisation avec ces gros plans sur les visages des Boks en pleine prise de conscience.

 

Il emmène également ses gars visiter la prison de Robben Island pour les sensibiliser au combat de Mandela et sur les conditions de vie déplorables en milieu carcéral. On se dit alors que Marc Cécillion aurait bien fait lui aussi de visiter les lieux. Puis comme par magie, l’équipe de losers présentée au début du film, commence à enchaîner les victoires en Coupe du Monde. Dès le match d’ouverture, ils terrassent les Australiens, champions du monde en titre. C’est l’occasion pour nous de voir quelques scènes de rugby filmées. Disons le tout de suite, c’est une déception. Si l’ambiance dans les stades est assez bien rendue, les scènes de jeu sont plutôt molles et peu enthousiasmantes. Visiblement, Papy Clint est abonné à ESPN et n’a pas vu un seul match au delà de 1962 – au moins, le film a dû plaire à André Boniface. Le tout est également assez peu réaliste et on se rend vite compte que sur le plateau de tournage, personne n’avait compris toutes les règles de ce sport (on leur en voudra pas, nous non plus). La réalisation use et abuse des ralentis à tel point que pendant la finale, on a l’impression d’être devant une parodie des Nuls avec Serge Karamazov qui court en slow motion. Quand on repense aux scènes de football américain sous ecstasy tournées dans l’Enfer du Dimanche d’Oliver Stone, on se dit qu’il y avait probablement mieux à faire pour mettre en avant ce sport quand même un peu spectaculaire.

L’aspect dramatique des rencontres n’est jamais mis en scène : pas un seul plan sur le tableau d’affichage, pas de progression, juste quelques actions entrecoupées. La demi-finale contre la France, disputée dans des conditions dantesques, est évacuée en un plan, alors qu’il y avait probablement de quoi tourner Les Sentiers de la Gloire 2 à partir d’un tel match. La finale obtient un peu plus d’attention en se concentrant sur la façon dont Jonah Lomu y a été muselé, jusqu’au drop final de Stransky, mais pas vraiment de quoi s’emballer non plus. Bon, faut dire aussi que ce match était tout aussi merdique en vrai, ce qui n’a pas dû aider. On notera d’ailleurs que pour créer un semblant de suspense au milieu de tout ça, Clint nous a pondu LA scène totalement WTF du film, juste avant la finale : le survol d’un avion de ligne juste au dessus du stade, qui provoque la panique du staff de sécurité de Mandela. Sérieusement… POURQUOI ? Si un avion s’était écrasé sur l’Ellis Park en 1995 et avait tué Nelson Mandela et les 80 000 personnes présentes sur place, on serait au courant quand même, non ? Dans la réalité, un avion a effectivement survolé le stade avant la finale, mais à haute altitude, et la manœuvre était évidemment prévue. On

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mettra donc cet ajout parfaitement inutile sur le compte de la bonne vieille paranoïa américaine. Il est vrai que ces derniers semblent avoir un vrai problème avec les avions depuis une dizaine d’années.

Bref, les Boks battent les Blacks durant les prolongations grâce au drop de Stransky. Joie dans le stade. Et là le second facepalm du film intervient avec le plan final sur le trophée Webb Ellis, porté par de chaque côté par une main blanche et une main noire. Et pourquoi pas un générique sur « We are the world » tant qu’on y est ? Bordel, où est passé Dirty Harry ?

Monsieur Mandela, les critiques sont formelles : ce film, c’est quand même un peu de la merde.

 

Conclusion :

Même à moitié sénile, Clint Eastwood n’est quand même pas devenu Michael Bay (ou Philippe Guillard) : ce film ne mérite pas sa place chez Nanarland. Il se laisse regarder tranquillement et pourra plaire même (et peut-être surtout ?) aux gens qui ne pifrent rien au rugby. Le film tient évidemment en grande partie sur les épaules de Morgan Freeman, choix évident pour le rôle de Mandela, et que même le plus gros con cynique du monde (non, je ne parle pas forcément de moi) ne pourra pas ne pas trouver sympathique. Mais Invictus reste malgré tout un film parfaitement anecdotique dans la filmo d’Eastwood, convenu du début à la fin, sans surprise et même franchement gnan-gnan. Le sujet du film aurait pu être intéressant si bien traité, mais au final, on a l’impression d’être devant le téléfilm de fin d’après midi sur M6, dont la morale serait : 1) Le racisme c’est pas bien 2) Le rugby se joue essentiellement au ralenti. Le contexte historique et politique est survolé et souvent caricatural, les scènes de rugby font regretter le match du vendredi soir.

En gros, Clint Eastwood nous a pondu un film de 2h avec un casting 3 étoiles pour nous délivrer une œuvre dont le message aurait pu être contenu dans une chanson de Yannick Noah. La réalisation über-classique à la papy et la musique (de son autre fiston, Kyle Eastwood) qui vient lourdement souligner les séquences émotions, n’aident pas. Mais ça aurait pu être pire, on aurait aussi pu avoir du Johnny Clegg. Au final on a un peu l’impression que Clint n’en avait rien à foutre de cette histoire. Il avait probablement la flemme de faire un biopic sur Mandela (en même temps il a raison, c’est relou les biopics) et a donc préféré nous pondre un petit film gentillet, qui sert surtout de prétexte à donner à Morgan Freeman un rôle tellement évident pour lui qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé avant.

Vous l’aurez donc compris, le premier bon film sur le rugby n’est pas encore sorti. Nous vous incitons donc à donner des sous à la Boucherie Ovalie, qui prépare actuellement deux scénarios de long métrage : une comédie musicale sur la Coupe du Monde 2011 avec Jean Dujardin dans le rôle de Marc Lièvremont, et un film retraçant la carrière de Florian Fritz, qui serait une sorte de mix entre Groland et les films de gangsters de Martin Scorsese. Pour plus d’informations contactez-nous à redaction@boucherie-ovalie.com

 

Bonus : Le film du point de vue français.

Réalisé par Matthieu Kassovitz. Scénario : Pierre Berbizier et Costa Gavras.

Spécialiste des sujets politiques (mais aussi de la sodomie), Matthieu Kassovitz se penche sur le sujet de la Coupe du Monde 1995 et l’étrange victoire des Springboks. Et si tout cela n’avait été qu’un vaste complot ? Pierre Berbizier, interprété par Vincent Cassel (qui, fidèle à la méthode d’Actor’s Studio, a tenu à perdre 30 centimètres pour le rôle) mène l’enquête après la défaite en demi-finale à Durban. Il découvre alors l’horrible vérité et la corruption de l’arbitre Derek Bevan (joué par André Dussolier) qui a reçu une montre en or et un mois de voyage au frais de la fédération sud-africaine après sa « performance » en demi-finale. Pire, en finale, ce sont les All Blacks qui ont été victimes d’un empoisonnement alimentaire. En effet, les Boks leur avaient refilé le cuistot du XV de la Rose la veille du match. Pierre Berbizier tente de mettre à jour la manigance mais personne ne l’écoute. Le FBI l’oblige à s’exiler en Italie. L’imposture ne sera jamais dévoilée au grand jour. Le film se termine sur la chanson « Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu » du groupe NTM. Le film est un fiasco public et critique, et est jugé « contraire aux valeurs du rugby ». Matthieu Kassovitz décide alors de prendre du recul avec le cinéma et de revenir avec un sujet plus consensuel en préparant un film sur l’affaire Mohammed Merah.

 

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