Le Fils à Jo, la critique de la Boucherie
par Ovale Masque

  • 18 mai 2012
  • 117

Par Ovale Masqué,

A l’occasion du Festival de Cannes, la fête du cinéma et des seins siliconés, la Boucherie Ovalie a décidé de consacrer quelques articles au 7ème art, comme notre récent palmarès du festival. Nous avons également vu là l’opportunité ou jamais de forcer Ovale Masqué à faire ce qu’il avait toujours refusé : visionner le Fils à Jo. Attaché à un fauteuil avec les pupilles écartées façon Orange Mécanique, notre héros n’a rien raté de la première oeuvre de Philippe Guillard… et rien que pour vous, il vous raconte son expérience.

En 2010 et bien avant que cela ne devienne branché avec « Polisse » ou « Omar m’a tuer », Phillipe Guillard décidait de lancer la mode des films avec des fautes de français dedans, avec « Le Fils à Jo ». Pour ceux qui ne le connaissent pas, Philippe Guillard est un ancien ailier du Racing Club, reconverti en « journaliste » sur Canal +, puis en scénariste pour de petits films d’auteurs (il fut notamment responsable de 3 Zéros, People, Camping 1 & 2). Avec le Fils à Jo il souhaitait abandonner les films pour bobos qui fréquentent les cinémas du Quartier Latin, pour s’attaquer au grand public avec une comédie familiale, pour petits et grands.

Comme son titre affreux l’indique, « Le Fils à Jo » va nous parler des gens du Sud, qui sont un peu cons mais qui ont le cœur sur la main et qui sont super sympa. Une sorte de version sudiste de « Bienvenue chez les Ch’tis » donc, mais avec un ingrédient magique : Les Valeurs du Rugby ©. Car oui, le rugby est en train de devenir le sport le plus populaire de France selon certains sondages. Des sondages aussi débiles que ceux qui affirment qu’Arté est la chaîne préférée des Français : bien sûr, 80% de la population ne comprend rien au rugby (les 20% restant, comme nous, font semblant), mais ça fait toujours bien en société de dire qu’on aime ça quand même.

Kad Merad ayant plus le physique d’un coton tige géorgien que d’un ouvreur Tarbais, le rôle principal du film est confié à Gérard Lanvin, un acteur qui a fait ses preuves depuis des années, par exemple dans ce film où il prend un air sombre et fronce les sourcils, où dans l’autre là, quand il fait la gueule et fronce les sourcils. On retrouve aussi quelque seconds rôles de prestige parmi lesquels Vincent Moscato, qui joue plus ou moins son propre rôle (donc celui de l’idiot du village), ou Olivier Marchal, qui interprète « Le Chinois » (sans doute car il porte la même coupe de cheveux que Jackie Chan dans le film) et qui pour une fois n’est pas un ancien flic alcoolique, mais un ancien rugbyman alcoolique.


Ici, Gérard Lanvin nous joue la joie de vivre.

Le héros de notre film se nomme donc Jo Cannavaro, fils, petit-fils et arrière petit-fils de joueur de rugby et légende locale dans sa bourgade de Doumiac. Première chose qui fait tiquer l’amateur de rugby : le mec censé incarner ce héros du ballon ovale porte donc le même nom qu’un footballeur italien connu pour avoir volé la Coupe du Monde à la France en 2006, et qui depuis, est en pré-retraite au Qatar. Pour incarner Les Valeurs du Rugby ©, on ne pouvait rêver mieux. Jo est un gars un peu bourru et torturé : sa femme est morte dans un accident de table de chevet il y a dix ans et depuis il vit seul avec son fils. Et le pire dans tout ça, c’est que son fils c’est une lopette : il plaque comme Aurélien Rougerie, il a l’envie et l’engagement d’un Paul Sackey des grands soirs, bref, son fils c’est un peu François Gelez. En plus, dans la vie, il préfère les maths. Même que c’est Rainman : il compte les poteaux électriques sur la route quand son père le raccompagne chez lui en voiture. Forcément Jo n’est pas content d’avoir une tâche pareille pour progéniture. Tel Jean-Claude Skrela, il essaye de refourguer son fils à un club local mais rien n’y fait, il est vraiment trop mauvais.

Et Jo est doublement vénère parce qu’en plus de ça, il apprend qu’un méchant Anglais (pléonasme) va racheter son terrain de rugby pour y empiler des cartons. On apprendra bien vite qu’il ne s’agit pas d’un méchant anglais, mais d’une gentille Irlandaise super bonne (genre plus bonne que Valérie Trierweiller) qui parle le français avec un parfait accent américain. Attention, dans ce film il y a tout de même un vrai méchant, un mec du village voisin qui n’aime pas Jo parce qu’il lui a piqué sa meuf jadis, et qui cherche à détruire l’équipe de Doumiac parce que voyez-vous, c’est vraiment un connard. Parmi les maichants, on retrouve aussi Lionnel Astier (alias Léodagan, alias le sosie officiel de Kadhafi) qui n’apparaît que 5 minutes à l’écran parce qu’il aurait été bête de trop mettre en avant un des rares bons acteurs présents dans le film.


Moi ton terrain de rugby, je te le crame !

Malgré tous ces problèmes, Jo décide qu’il va quand même monter une équipe de jeunes et participer au Tournoi local, parce que merde à la fin. Il est aidé en cela par le Chinois, qui est aussi CPE de l’école du coin et qui va recruter plein de jeunes garçons en marchandant des bonnes notes avec leurs parents. Bien sûr ce n’est pas très moral et la directrice de l’école va lui faire remarquer. Mais comme le Chinois est un fieffé séducteur, il va s’arranger pour la sauter et on en reparlera plus.

Le fils à Jo (on se souvient jamais de son prénom, en fait) décide lui aussi de s’intéresser de nouveau au rugby, comme par magie. Il faut dire que le Chinois, ce chenapan, a un argument de poids avec lui : il a rameuté une légende des All Blacks, Jonah Tukalo, pour entraîner l’équipe. Oui, en Nouvelle-Zélande, tous les joueurs de rugby s’appellent Jonah, c’est bien connu. Ainsi, sous l’influence de Jonah, l’équipe qui enchaînait les branlées devient petit à petit une machine de guerre. Jo est triste car il a l’impression que son fils admire plus Jonah que lui. En bref il se retrouve un peu dans la situation de Lionel Beauxis quand il a vu Luke McAlister arriver au Stade Toulousain : le mec est plus beau, plus barraque, plus bronzé, meilleur au rugby, du coup il se sent un peu inutile. Mais finalement tout ce petit monde va se réconcilier parce que la fin du film approche et qu’il faut bien faire un happy end.

Darren Adams dans le rôle de Jonah Tukalo. A la base, Guillard voulait le vrai Jonah Lomu, mais ça lui aurait coûté un rein.

Happy end, donc : Surprise, Doumiac va remporter le Tournoi contre l’équipe des maichants. Dans une superbe scène à la Karaté Kid, le fils à Jo va avoir une espèce de flashback sur son plaquage raté en tout début de film, voir son adversaire arriver vers lui au ralenti, puis va finalement réu

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ssir à lui porter un superbe plaquage cathédrale. Il devient donc une sorte de Julien Bonnaire miniature, aussi bon en rugby qu’en maths. Jo, lui, va finir par se taper la belle Améri… Irlandaise, et ENFIN refaire sa vie. Et même son fils d’ailleurs, qui avait l’air un peu pd au début du film, va se taper la fille de l’Irlandaise, ce qui ne nous donne pas un modèle de famille recomposée très sain, mais bon. Jonah lui, s’intègre parfaitement à la culture française : en deux semaines, il a compris comment déclencher une générale, faire des blagues homophobes et insulter un arbitre. A la fin, il retourne quand même en Nouvelle-Zélande parce que faut pas déconner, Doumiac c’est vraiment un trou perdu et il faut vraiment être con pour y rester. La preuve, le simplet joué par Moscato, lui, abandonne ses rêves de départ et préfère finalement rester au village.

Tu lui pètes la jambe !

Conclusion :

De loin, ça sent le machin super calibré pour cartonner sa race : un peu de Billy Elliot par-ci, de Bienvenue chez les Ch’tis version sudiste par-là, avec une pincée de rugby par dessus le tout. Bon, ne soyons pas trop de gros connards cyniques : on sent que c’est un film sincère, fait avec amour, et que finalement ça évoque plus les relations père-fils que le petit monde du rugby. Mais voilà, ça reste à l’image du personnage de Moscato, gentillet mais un peu concon. Les dialogues sont poussifs, l’humour lourdingue (running gag du film, le célèbre canular « Tu l’as vu ? Qui ? Mon cul ». Ok super), les acteurs ne sont pas trop à leur avantage et une musique toute en subtilité (violons, piano et parfois même les deux en même temps) vient souligner lourdement les « passages émotion » obligatoires, où on est censés sortir les mouchoirs. Ca plus une réalisation aussi plate que la tête de Damien Traille et on a juste l’impression de mater le téléfilm du dimanche après-midi sur M6. Alors certes, ça plaira sûrement aux nostalgiques du rugby d’antan, aux fans de Joséphine Ange-Gardien et à Laurent Labit : c’est déjà ça.

Mais la question qu’on se pose, finalement, c’est est-ce que ce film aurait pu être un meilleur film avec un meilleur réalisateur ? Tentons d’imaginer le Fils à Jo revu et corrigé par les plus grosses pointures du cinéma mondial…

  • Le Fils à Joe, version Jacques Audiard :

Jo Canavaro est une ancienne petite frappe repentie, qui s’est mis au rugby lors de son séjour en prison. Par la pratique du sport, il a trouvé un exutoire et a renoncé à ses pulsions violentes. A sa sortie, il rencontre son fils, qu’il n’a presque jamais connu, et tente renouer des liens avec lui en lui transmettant sa passion du ballon ovale. Hélas, son passé le rattrape : Jo accepte de faire un dernier gros coup pour mettre sa famille hors du besoin, car c’est la crise vous savez. A la fin du film, tout le monde meurt. Jacques Audiard remporte 10 Césars et un Grand Prix à Cannes.

  • Le Fils à Joe, version Quentin Tarantino :

Jo « Two Fingers » Canavaro, le roi de la Fourchette, est le chef d’une équipe de ruybymen braqueurs de Casinos parmi lesquels Jean-Pierre Perez, dit le Gitan, Mamuka Gorgodze dit le Colosse du Caucase, et Morgan Parra dit le Merdeux. Jo mène la grande vie avec sa fine équipe, jusqu’au jour où un impitoyable tueur à gages anglais, Courtney « The Butcher » Lawes, décide de mettre un contrat sur sa tête. Jo évite de peu de se faire assassiner mais son fils et sa femme meurent en prenant une balle perdue. Dévasté, Jo s’exile au Japon où il apprend à devenir un ninja aux côtés d’un vieux sage en kimono joué par Jean-Pierre Elissalde-San. Lorsqu’il revient en France, Jo décide de tuer toute la bande de Courtney Lawes avec une épée de Chinois, parce que c’est quand même plus classe de faire ainsi. A la fin du film, il apprend que le vrai responsable de la mort de son fils est Craig « The Brain » Joubert, un puissant parrain de la pègre. Il le décapite et le film se termine sur une musique piquée dans un film de Sergio Leone.

  • Le Fils à Jo version Jean-Luc Godard :

Le French Flair existe t-il ? L’intelligence situationnelle peut-elle se soustraire à la duplicité du monde tel qu’on le connaît ? Qui suis-je ? Pourquoi ai-je payé 10 euros pour voir un film de Godard en 2012 ? Je suis vraiment trop con.

  • Le Fils à Jo version David Lynch :

Jo Canavaro sort des vestiaires après un match et aperçoit une mystérieuse femme fatale en robe rouge dans les couloirs du stade. Il décide de la suivre et atterrit au beau milieu d’un champ de blé, où il a une conversion avec un cow-boy nain en pantalon en cuir violet, qui lui dit que la fin du monde approche. S’ensuit une scène de sexe saphique entre la fille en robe rouge aperçue plus tôt et une actrice porno des années 50 qui porte un masque de Lapin (clin d’oeil à Alice au Pays des Merveilles, la référence ultime). A la fin, nous découvrons que le héros était en fait un poulpe qui avait juste fait un cauchemar.

  • Le Fils à Jo version Tim Burton :

Jo Canavaro, joué par Johnny Depp, est un gentil géant qui mesure 5 mètres de haut et qui est très mal coiffé. Dans son village du Tarn (où il neige même en été) tout le monde a peur de lui et le rejette. Jo est triste et du coup il s’enfuit du village. Il rencontre alors un autre marginal, Vincent Moscato, dit l’homme le plus bête du monde. Ce dernier l’incite à venir jouer dans son équipe de rugby qui réunit divers monstres de foire : Sylvain Marconnet (L’homme qui avait un gros groin de cochon), Benjamin Fall (L’homme qui avait les os en verre), Leo Cullen (Elephant Man), etc. Finalement, Jo devient enfin heureux et fête Noël avec ses nouveaux amis. Ca tombe bien, il neige en plus.

  • Le Fils à Jo version Luc Besson :

Jo est un ancien seconde ligne de rugby reconverti en chauffeur pour la mafia / tueur à gages / yamakasi. Il est engagé par un manager de rugby véreux, un certain Guy Novice, qui cherche à échanger sa fille contre un célèbre ouvreur All Black. Jo tombe amoureux de la jeune fille et décide de la protéger, au mépris de son code d’honneur de mafieux. Du coup, il se bat contre plein de ninjas, et à la fin, il fait exploser l’hélicoptère de Guy Novice avec un bazooka, en n’oubliant pas de délivrer une punchline inspirée : « Essai…. transformé. ».

Bonus : Ce caméo de Guy Novès a été réalisé en une seule prise. Même au cinéma, Guy ne supporte pas les doublons.

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