Retour sur Japon – Afrique du Sud (34-32)
par Pastigo

  • 23 September 2015
  • 12

Par Pastigo,

 

Certaines choses sont immuables. Porter la moustache quand on s’appelle Francis, se faire les croisés dès qu’on redevient le meilleur joueur français, coucher avec son sac banane si on porte une coupe mulet… ces choses-là sont acquises et font office de règles. Et puis il y a le Japon. La première chose qui fait rire quand on pense au Japon et au rugby, au-delà du mot Japon lui même, c’est tout ce que le Japon peut inspirer de rugbystique en un éclair, Hello Kitty en tête.

D’ailleurs, jusqu’à samedi dernier on se demandait bien comment ils étaient arrivés là. On suppose que quelqu’un les a invités dans les années 80 pour faire le nombre et qu’ils sont restés par politesse. Difficile de croire qu’un des leurs est arrivé un jour en disant « bon les gars j’en ai marre du karaoké, je nous ai inscrit à la Coupe du Monde de rugby, on va prendre 30 ans de branlées ça va être génial ». Car 30 ans de branlées ils ont pris, à coup de 100 points de-ci de-là, pour une seule victoire contre on-ne-sait-plus-qui tellement on s’en fout.

Le Japon et le rugby ce sont donc 3 décennies consacrées au modern jazz et à l’humour, eux-même nommés Japan Rugby Football Union pour viser large et tout miser sur un coup de bol.

 

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Des Japonais

 

Bref, le Japon c’est ce type gentil qui entre plein d’entrain dans un bordel et demande à tous les moustachus qui l’encerclent où se trouvent les filles.

C’est l’idée qu’on s’en fait. C’est pas faux, mais ce n’est pas tout à fait vrai non plus. En réalité le rugby au Japon est né à la fin du XIXe siècle et les laiderons d’Anglais ont bien failli s’y faire peigner à plusieurs reprises. Par un habile stratagème qui consiste à n’en avoir rien à foutre, nous pouvons affirmer que tout ceci n’existe pas. Là où les choses sont plus subtiles, c’est que le Japonais nourrit volontiers sa réputation de nation la plus risible du monde.

Mais alors pourquoi ?

Et bien parce que L’HONNEUR DU JAPONAIS !

Ça aura juste pris le temps. En réalité le Japon a minutieusement préparé son arme secrète durant ces longues décennies de misère et de honte. S’il est une chose que le japonais moyen (donc petit) ne supporte pas, c’est qu’on le considère comme un faible. Ah ça il n’aime pas, ça le rend teigneux. En temps de guerre il se transperce à coup de sabre, préférant la mort à la honte de se rendre. Certains vont jusqu’à se donner la mort pour ne pas être tués (??). Si le rugby consiste principalement à montrer qu’on a des couilles il faut avouer que c’est assez efficace, bien que l’interdiction d’écraser des avions contre l’équipe adverse ait considérablement ralenti l’essor japonais.

 

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Des Japonais qui pleurent en apprenant qu’ils sont Japonais

 

Mais en mettant tout en œuvre pour passer pour des cons durant ces longues années de rugby, le stratège japonais a structuré une montée en pression des plus diaboliques sur le fier joueur japonais jusqu’à ce qu’il considère le suicide comme une alternative probable à tout plan de jeu.

Samedi le japonais était à point. C’est tombé sur l’Afrique du Sud, ça aurait pu être n’importe qui. Quand un type serre le ballon contre sa poitrine et fonce tout droit en hurlant « JE VEUX MOUUUUUUURIR ! » c’est assez déconcertant. Surtout quand il se relève, ramasse son épaule, et recommence. C’est difficile à comprendre quand on appartient à une culture différente pour laquelle le décès violent n’est guère gage de réussite et qu’on suppose que le Bushido est un plat à base de poisson cru.

C’est un fait historique, quand le japonais entre dans cet état de transe rien ne l’arrête. Il existe bien une solution radicale mais aucun corps, même sud-africain, n’est capable d’emmagasiner assez de produits chimiques pour l’irradier copieusement.

 

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Un Japonais finalement content quand il apprend qu’il n’est pas namibien

 

On pourrait s’en tenir là. Conclure que c’est grâce au pouvoir suprême de « la burne » que les Japonais ont défoncé l’Afrique du Sud en mêlée et arraché la victoire bien après la sirène. On pourrait se suffire au plaisir de voir les Sud-Africains relégués derrière le roux à l’école ou celui qui n’a qu’une couille. Ce serait facile de féliciter le courage de cette équipe, de leur accorder tout le respect qu’ils méritent. On pourrait encenser l’équilibre parfait d’absolue détermination et de niaiserie infinie, quand les japonais marquent un essai tout en puissance pour se faire percer sur 30 mètres dans la minute qui suit par un bourrin de 130kg aussi vif qu’un poney galeux.

Mais nous avons analysé le match à la Super-Loupe (qu’on a renommé Super-Nakaitaci) et certains faits viennent largement ternir le constat japonais.

Quelque chose nous a d’abord troublé. Si le porteur de balle courrait frénétiquement, nous avons remarqué que tous les joueurs japonais se déplaçaient à toute vitesse de manière parfaitement aléatoire. A première vue rien d’alarmant quand on connaît le Japon, c’est un style. Cependant à aucune reprise, sur aucun plan, il ne nous a été possible d’apercevoir la totalité de l’effectif et encore moins de les compter. Il semblait que les japonais n’avaient simplement toujours pas compris quel sport ils pratiquaient, nous n’avons pas été plus surpris.

 

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Un pokémon (japonais)

 

Ensuite nous leur avons reconnu une certaine malice mathématique. Sachant que les avants japonais pèsent 80kg en moyenne, contre 130 pour un sud-africain chétif, un rapide calcul suffit à comprendre qu’il faudrait être deux ou trois pour en arrêter un. Jusque là, rien de sorcier pour qui ne joue pas pilier en promotion d’honneur. Mais les mathématiques sont formelles ! Les japonais étaient 6 dans chaque ruck, autant à chaque percée et le double en soutien, en enchaînant le tout toutes les demi-secondes. Le don de soi n’explique pas tout. C’est alors qu’après une longue étude image par image l’odieux secret nous est apparu comme une évidence, les Japonais jouent à 32. Nous pouvons assurer grâce à un racisme odieux, mais tout à fait tolérable quand il s’agit des asiatiques, qu’ils profitent du fait de se ressembler à tous, bien aidés par des mouvements tout aussi rapides qu’anarchiques, pour tromper le monde entier sur leur nombre.

Peut-on vraiment leur en vouloir ? Non. Non parce que déjà c’est bien trop drôle de les voir se faire l’Afrique du Sud, et parce que… non ça suffit largement en fait. Après tout si les Français étaient capables de se mouvoir sur un terrain nous ferions probablement de même.

Enfin, si la perfidie est un trait plutôt odieux dans le monde commun, nous sommes bien forcés de considérer cela comme une qualité quand il s’agit de rugby. On ne peut pas leur reprocher d’être moins con que les autres quand le rugbyman moyen s’illustre à être encore plus con que lui même.

 

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Des Japonais qui ont reçu des textos de Mourad Boudjellal

 

Reste à savoir si le miracle japonais est un one-shot ou si on peut espérer vivre un Rastarocket ovale. Plusieurs modèles restent possibles :

-Les Japonais ont gagné un match. C’était le but de leur vie, et de toute façon ils sont clairement décédés. Ils vont se vautrer contre l’Écosse et on recommencera à en rire pendant 30 ans. C’est assez probable.

-Les japonais sont venus à 400, selon la méthode du « taxi chinois ». Ils vont perdre la totalité de leurs licenciés sur cette Coupe du Monde avec une moyenne de 30 décès par match mais seront L’équipe Surprise des quarts.

-Un Géorgien déclare qu’ils n’ont pas de poil. L’honneur japonais est bafoué, ils deviennent tout blonds et enchaînent les matches en lançant des boules de feu sur leurs adversaires. Le monde a peur, les enfants s’échangent leurs figurines, le Japon est Champion du Monde à vie et plus aucune Coupe du Monde n’est organisé par respect pour les morts.

Quoiqu’il en soit, le Japon nous aura au moins fait rêver pendant 85 minutes en nous offrant ce qui sera probablement l’un des plus beaux matches de l’édition 2015, et ça, à première vue, c’était pas gagné.

NINJA !