Jacques Brunel : faut-il y croire ?
par La Boucherie

  • 27 décembre 2017
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Un article proposé par Taupe en colère, qui nous livre son premier (et sans doute dernier) effort sur la Boucherie. Accueillez-le comme il se doit.

 

Dans le dernier article publié par la Boucherie il y a plus d’un mois (*), Pierre Villegueux, aussi désespéré qu’un XV de France dont il se proposait de raconter le premier match perdu face à la Nouvelle-Zélande, déplorait être le dernier membre du cénacle disposé à publier un texte sur le site internet, les autres étant trop occupés à faire des montages vidéo rémunérés par Bolloré, ou encore l’autopromotion d’un livre autoproclamé #MeilleurGuideDuMonde. Et puisqu’il s’agit du dernier compte rendu publié par la Boucherie (alors même que les autres matchs de la tournée garantissaient une bonne dose d’humour), on est en droit de s’inquiéter de la pérennité du site, visiblement abandonné par son dernier Jedi.

 
(*) Sitôt mon texte achevé, je tombe sur le tout nouvel article de la Boucherie. L’art du timing.

 
Alors j’ai décidé d’intervenir. Aussi inspiré dans mes choix que Brock James à quinze minutes d’un titre de champion d’Europe, avec autant de flair que Guy Novès décidé à prendre la tête du XV de France, j’ai tenté, un soir de solitude parsemé de doutes sur le remplissage de ma vie, d’attirer l’attention des quelques bouchers qui font encore semblant d’être actifs sur Twitter, alors même que ça ne rapporte pas d’argent. C’est plutôt facile : YIONEL par-ci, BEAUXIS par-là, et avec un peu de chance vous trompez la lassitude d’un des membres, qui n’a rien d’autre à faire que vous répondre, si ce n’est attendre la sortie d’un troisième opus, peut-être futur #MeilleurPrixGoncourtDuMonde. Alors l’un d’eux, voyant dans ma personne l’occasion idéale d’alimenter sans le moindre effort un site internet laissé à l’abandon, a fait semblant de m’offrir un joli cadeau de noël, qui fait rêver tout amateur de rugby sans talent : ÉCRIRE UN ARTICLE POUR LA BOUCHERIE OVALIE.

 
Alors voilà. Cette fois, on peut le dire : la Boucherie, c’était mieux avant.

 

 

À l’époque, même la Boucherie ne se doutait pas que traiter quelqu’un de Guy Novès serait aussi drôle.

 

 

Il y en a eu un autre qui a eu un beau cadeau avant l’heure, c’est Guy Novès. Alors même que Bernard Laporte était prêt à épargner son réveillon en fixant l’annonce des « décisions à prendre […] autour de l’Équipe de France » au 27 décembre, tout le monde, depuis le 21 au soir, est au courant de la destitution de l’actuel sélectionneur et de son remplacement par Jacques Brunel.

 

Personnellement, je suis assez déçu : j’attendais avec impatience la conférence de presse où Novès rappellerait aux journalistes ses quatre coupes d’Europe et ses dix Brennus gagnés comme entraîneur, à la fin d’un Tournoi terminé à la sixième place. À la place, en guise de consolation, on pourrait voir Brunel rééditer son exploit de 2013 : faire perdre le XV de France contre l’Italie.

 
On peut s’interroger sur le choix de Laporte quant à la nomination du nouveau sélectionneur. Certes, les deux hommes ont déjà fait du bon boulot ensemble à la tête de l’Équipe de France (quatre Tournois gagnés entre 2001 et 2007, alors que Brunel était entraîneur des avants). Mais à l’heure où l’on parle de renverser la table, où l’on réclame de la fraîcheur, de nouvelles têtes, la solution Brunel peut faire sourire. On voit difficilement comment le premier entraîneur à avoir perdu une finale contre Clermont peut réussir là où vient d’échouer le « plus beau palmarès de France ».

 

Quand le nouveau mec de ton ex se fait larguer encore plus vite que toi.

 

Mais en bon supporter naïf, j’ai envie de croire que Jacques Brunel est bel et bien l’homme qu’il faut au XV de France ; l’homme qui va battre les Anglais à chaque Tournoi et nous amener sur le toit du monde en 2019. (Oui, ok, c’est très drôle, mais avouez qu’on l’a tous un peu fantasmé quand Novès a été accueilli en 2015 comme l’enfant prodigue.) Alors au lieu de ressasser les mille raisons de croire que Brunel va se planter comme les autres, et que la FFR gagne du temps en faisant du sélectionneur en place le parfait bouc émissaire, je préfère énumérer les motifs d’espoir :

 

 

1/ LE DÉSESPOIR

 

C’est bien connu : c’est toujours quand l’Équipe de France est au plus bas, qu’on attend plus rien d’elle à part peut-être une victoire de temps en temps contre une équipe comme le Japon (vous l’avez ??), qu’elle se met à faire des trucs de dingue. On arrive au bout du cycle perpétuel : Victoire retentissante – Nouvel espoir – Défaites encourageantes – Doutes – Défaites désastreuses – LA CRISE. Opportuniste, Brunel arrive peut-être au parfait moment pour faire illusion jusqu’en 2019 et même, qui sait ? remporter une victoire de prestige en poule contre les États-Unis.

 

 

2/ LA MOUSTACHE

 

Quand tout va mal, l’histoire récente nous a appris que la moustache était parfois la solution inattendue : le dernier à avoir opté pour ce style pileux un peu douteux a bien failli troller tout le monde en passant à un tout petit point d’offrir à la France sa première coupe du monde. Fidèle à la moustache depuis au moins aussi longtemps que le XV de France ne s’est pas imposé face à une nation majeure, Jacques Brunel pourrait bien, grâce à elle, donner aux Bleus ce petit supplément d’âme qui lui fait défaut.

 

Et puis si ça marche pas, dans deux ans, on peut toujours lancer José Bové.

 

3/ IL A CÔTOYÉ LE MEILLEUR

Et par là, je fais évidemment référence à sa saison 2016/2017 passée aux côtés du GRANDISSE YIONEL BEAUXIS à l’Union Bordeaux-Bègles. Peut-être Brunel est-il ainsi le mieux placé pour connaître la véritable identité de l’ouvreur providentiel du XV de France…? J’en profite pour faire un clin d’œil au très aimable John Pils (même si c’est lui qui vient d’écrire l’article qui ruine complètement mon introduction), puisqu’il m’a bien conseillé : « Trouve tes propres vannes, ne fais pas un recyclage de la Boucherie, ça sert à rien de citer 8 fois Beauxis ». En fait, c’est surtout que je ne trouvais vraiment pas d’autre motif d’espoir.

 

 

Malgré tout ça, j’ai hâte du début du prochain Tournoi des six nations. Parce qu’on aime quand même suffisamment le rugby pour regarder jouer l’Irlande ou l’Angleterre. Parce qu’on a envie de savoir quelles sont les sept charnières qui vont être utilisées en cinq matchs. Parce que ce sera un vrai challenge pour Brunel que faire aussi bien avec les Bleus qu’avec l’Italie (une 4e place, deux 5e place et deux 6e place entre 2012 et 2016). Parce qu’on continuera de toute façon à regarder les matchs de l’Équipe de France, même après une défaite encourageante contre l’Écosse. Et puis si vraiment ça marche pas, il sera toujours temps à Laporte, à Brunel et à ses joueurs de s’enterrer dans la Sépult-U Arena, après avoir creusé sa pelouse comme une taupe en colère.