Pierre Villegueux analyse France – Samoa
par Pierre Villegueux

  • 26 novembre 2012
  • 8

 

Par Pierre Villegueux,

 

Avant d’aborder l’analyse de ce match France – Samoa, je me dois de vous expliquer mon absence de longue date sur le site de la Boucherie. Après mon compte-rendu du dernier Argentine – France, j’avais tout simplement décidé de raccrocher les gants. Pourquoi ? Tout simplement parce que je me fais vieux, et à l’image de mon ami Pierre Salvioque, je ne voulais pas faire la saison de trop. Le pauvre est tellement sénile qu’il a perdu son job sur Youhou.fr, remplacé par une blogueuse de mode qui écrit une partie de ses textes en rose. Triste fin pour un esprit qui fut jadis si brillant.

Il y a quelques mois, j’ai donc décidé de tout plaquer et d’aller enfin trouver la paix de l’esprit, en m’installant en Géorgie. Là-bas, j’entraîne une équipe de cadets. Je suis revenu à l’origine, à l’essence même du rugby : la transmission. Comment mettre un coup de boule à son adversaire sans se faire choper par l’arbitre, planquer des punaises dans son protège genou, bien choisir ses crampons pour qu’une petite séance de stamping ne laisse pas de traces… j’ai tant de choses à leur apprendre. Mais alors que je vivais paisiblement ma retraite, totalement épanoui, j’ai reçu un coup de téléphone il y a quelques jours. Au bout du fil, c’était Damien Try. Un des rares gars que j’appréciais de mon temps sur la Boucherie. 

– Pierre ! Reviens s’il te plaît, ils sont devenus fous.

– Hein ?

– A la Boucherie. Il faut que tu reviennes pour analyser France – Samoa. Je t’en prie !

– Désolé petit, je suis retiré. C’est plus ma guerre.

– Si, ça l’est. Tu n’as pas vu ce que le Stagiaire a fait depuis que t’es plus là. Il fait des compte-rendus avec des blagues dont même Matthieu Lartot aurait honte. Il fait des références à Vampire Diaries et aux Spice Girls. Il va faire quoi la prochaine fois, un diaporama avec des photos d’Hello Kitty ? Mettre une bannière avec Vincent Clerc ? Le mec se permet tout depuis qu’il est allé faire sa star aux Golden Shower Blog Awards. Ne le laisse pas faire un putsch, ou c’est la fin de tout.

– Ecoute, c’est pas mon problème. Adresse-toi à ton supérieur hiérarchique.

– Ovale ? Laisse tomber. Je crois qu’il est devenu fou. Il pense qu’il travaille pour la FFR. Il s’est lancé dans le roman érotique. Toutes les semaines sur le Rugbynistère, il écrit des histoires obscènes où il renifle le slip de Gillian Galan, se fait ligoter dans les douches, et plein d’autres fantasmes dégoûtants. C’est à mi-chemin entre Fifty shades of Cécile Grès et Oui-Oui au pays de Max Guazzini. Absolument imbuvable. Je crois qu’on l’a définitivement perdu.

– Et bien tu n’as qu’à reprendre les choses en mains, après tout c’est toi le N°2 du site…

– Oui mais là, je peux pas. J’ai une réunion avec d’anciens collègues de travail à Montevideo. Mon avion décolle demain matin, je pourrai pas voir le match. Allez Pierre, s’il te plaît, tu es un peu notre Alain Juppé. Tu es notre dernier espoir.

– Bon… je vais réfléchir…

– Putain merci ! Allez je te laisse, Chistéra a encore oublié de repasser mon uniforme, et il faut que j’aille affiner ma moustache. Auf wiedersehen !

 

Voilà l’histoire. Finalement, j’ai craqué, et j’ai donné mon accord pour un round de plus. Il faut dire que l’affiche me plaisait bien aussi : France – Samoa. Certains se masturbent des heures devant le jeu des All Blacks… et ben moi, c’est les Samoa. Une île qui n’a de pacifique que le nom. De Brian Lima à Eliota Sapolu, je ne peux qu’admirer une nation qui a produit tant de fiers guerriers. De vrais joueurs de rugby à l’ancienne, pas des espèces d’esthètes en slip Dim qui aiment se la toucher parce qu’une fois dans leur vie, ils ont réussi à faire une passe entre les jambes. Il n’y a qu’à voir leur Haka, le « Sivi Tau », bien loin de la Macarena de Piri « Kamel Ouali » Weepu. C’est simple, direct, ça veut dire : « Si je suis là ce soir, c’est pour t’arracher la tête et me servir de ton crâne pour faire une citrouille d’Halloween ». Pour le coup, on regretterait presque l’absence d’Imanol Harinordoquy.

Prends ça dans ta gueule, Shakira.
 

Le contexte

La composition du XV de France, elle aussi, me plaît beaucoup. Pascal Papé capitaine, pour un tel match, déjà, c’est parfait. Et comment ne pas évoquer Florian Fritz… mon Florian. Si Jean-Marcelin Buttin est le Fidjien blanc, Florian Fritz est lui probablement le Samoan blanc. Je note également la présence judicieuse de Morgan Parra, qui semble être une sorte de mannequin de crash-test vivant : dès qu’il y a des coups à prendre, il est titulaire. Puis je suppose que PSA a compris qu’il avait vraiment besoin de débuter un match quand il a vu qu’il avait fait un autel avec des photos de Maxime Machenaud gribouillées dans sa chambre à Marcoussis.

Un autre

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qui a sans doute dû mal encaisser le fait d’être relégué sur le banc, c’est Szarzewski. Quand Ouin-Ouin lui a annoncé, il a probablement dû fondre en larmes en pensant que Servat était encore revenu. Faut le comprendre, il vit un véritable film d’horreur depuis 10 ans. A chaque fois il croit être débarrassé, mais le gars Servat est réellement increvable, encore pire que Freddy ou Jason. Heureusement, là, c’est juste Kayser qui lui a pris sa place. Enfin Kayser a surtout pris la place de Guirado en fait : c’est le mec qu’on sélectionne parce qu’il est à moitié rouquin, qu’il a une bonne bouille, et qu’il fait marrer tout le monde quand il chante la Marseille comme un mouton égorgé dans une baignoire (Point Quade Coopé). Mais bon, personne n’imagine sérieusement faire de lui un titulaire. Y’a déjà Fritz pour le quota de mecs aux noms germaniques. Un seul suffit, on est pas non plus en Afrique du Sud ou en Argentine.

Côté samoan, on retrouve tout un tas de gars qu’on connaît plus ou moins parce qu’ils jouent en France ou en Angleterre. Je dis plus ou moins parce qu’évidemment, impossible de retenir leurs noms. Je salue d’ailleurs le courage de Matthieu Lartot et Fabien Galthié, qui contrairement à moi, ne pourront pas s’en sortir en faisant un simple copier-coller depuis Rugbyrama.

Florian Fritz, le mec qui met la tête là où même un client de la Fistinière ne mettrait pas les mains. 

 

Le match

Après deux victoires brillantes contre deux grosses nations du sud, il était prévisible de voir les Bleus paumer contre l’adversaire le plus faible de la tournée. Pressentiment vite confirmé en début de match. Après la parodie de Super Rugby contre les Pumas, nous avons assisté à une vraie belle première mi-temps tendue et ponctuée par de nombreuses mêlées. L’occasion pour Census Johnston de bouffer (pas littéralement, n’en déplaise à Fabien Galthié et sa belle tirade sur les « gènes » des Samoans) Thomas Domingo dans l’exercice. Dominateurs devant, les Samoans ont monopolisé le ballon grâce – et c’est une surprise – à un jeu au pied plutôt intelligent de la charnière Fotuali’i – Pisi. La tactique était simple, mais efficace : taper dans le dos de la défense et jeter en touche celui qui aura le malheur d’attraper le ballon. On regrettera juste de ne pas avoir vu Dulin et ses 58 kilos se faire découper en deux par la défense. Si Palisson a eu le droit à ce petit bizutage en règle en se prenant une belle Flannery lors de ses premières sélections, il y a pas de raison que le petit Brice ne ramasse pas non plus.

Les Français sont dominés, donc, et ce qui devait arriver arriva. Enfin non, ce qui ne devait pas arriver arriva : Census Johnston a réussi ce que Lionel Beauxis n’est pas parvenu à faire en deux ans de présence au Stade Toulousain, une passe au pied décisive. Après une belle passe volleyée de Liomaiava, Lemi marque le premier essai du match. Sous le choc, le Stade de France est plongé dans un silence total. Ah non, en fait ça a été comme ça pendant tout le temps, en dehors du moment où deux trois gogols ont décidé de faire partir une holà parce qu’ils ne comprenaient rien à ce qui se passait sur le terrain. 

20 minutes de jeu et ça commence déjà à sentir le bon vieux traquenard. Heureusement Frédéric Michalak décide de se rappeler de ses origines toulousaines en marquant un vrai essai d’enculé, sur un dégagement contré. Ce qu’on a pas vu sur la réalisation du match par France 2 (qui nous a encore offert énormément de gros plans sur les mollets des joueurs, merci à toi Fred « Jean-Luc » Godard, sache que tu as tout mon mépris), c’est qu’alors que Michalak avait la voie libre pour aller marquer l’essai, Vincent Clerc lui a quand même fait des grands signes avec les mains pour mendier le ballon comme un Roumain. Un mec qui veut à ce point battre le record du nombre d’essais en Equipe de France, c’est clairement qu’il a une idée derrière la tête, genre lancer une marque de polo. J’espère donc que Ouin-Ouin décidera de titulariser Yoann Huget à l’avenir. Au vu de l’absence totale de lueur d’intelligence dans son regard, les seules choses qu’il pourrait être capable de lancer, lui, sont sans doute ses propres excréments.

Dominés, les Bleus reprennent malgré tout l’avantage grâce à une pénalité de Morgan Parra qui, sur ce match, avait finalement le rôle d’un botteur de football américain : la seule fois où on l’aura vu du match, c’était pour taper des coups de pied. Et encore, juste ceux de loin, pour ne pas niquer les stats du golden boy Michalak.

Si je pose comme ça c’est bon, moi aussi je peux faire des pubs Dim ? 

 

Mais la seconde période débute aussi mal que la première pour les Français. Les Samoans monopolisent à nouveau le ballon et pénètrent dans les 22 mètres. Après un beau numéro de pilonnage sur la ligne (la ligne Machenaud évidemment, merci Lartot pour ta créativité) c’est finalement Joe Tekori qui vient inscrire le second essai samoan. Encore une fois, c’est sous les poteaux et c’est tant mieux, Tusi Pisi étant une sorte de Damien Traille des îles, incapable de taper une pénalité quand elle n’est pas en ligne droite. Les Samoans mènent 14 à 10, mais pourtant, on a du mal à les imaginer l’emporter à la fin du match. Tout simplement car le XV de France est passé en mode Stade Toulousain, et qu’il ne s’agit plus que d’attendre le moment où les Pacific Highlanders vont subitement se transformer en simple mortels, une fois passé l’heure de jeu. Ca n’a pas raté. On a pourtant flippé quand Census Johnston a été remplacé par son petit frère, James. A croire que personne n’a retenu les leçons de la saga Alien : quand tu tombes sur une saloperie pareille, tu déconnes pas et tu crames tous les œufs avant qu’ils ne puissent se reproduire. Heureusement, si James Johnston était un film de la quadrilogie, il serait probablement Alien 4 : il est censé faire peur, mais au final il fait surtout rigoler. Le banc français fait son entrée et petit à petit, la tendance s’inverse comme prévu.

Les Samoans multiplient les fautes et Michalak peut encore jouer la partition du sauveur en enchaînant les pénalités. En fin de match, on a même cru pendant une seconde que Yoann Huget pourrait aller marquer un essai plein de panache… malheureusement son cadrage débordement n’a pris en défaut que le caméraman. La France l’emporte au final sur le score de 22 à 14. C’était pas bien brillant, mais c’était du travail bien fait. Et c’est finalement ce qui nous laisse un peu sur notre faim : l’équipe de Marc Lièvremont, elle, aurait tout à fait été capable de perdre ce match. Et au moins, on se serait marré un peu. Tu nous manques, french flair.

 

Les joueurs :

La Ouin-Ouin’s Army

Face à Census Johnston, qui rappelons-le, est à la moitié du Super Sayen nommé De Pénalité (l’autre étant incarnée par Gurthro Steenkamp), le pack français a souffert. Mas, et surtout Kayser et Domingo ont été en difficulté. Maestri n’a pas non plus été spécialement à son avantage, tandis que Pascal Papé a encore été présidentiel. On avait plus vu un rouquin aussi vicieux depuis Dexter. Le Parisien a fourni un travail de l’ombre considérable en foutant sa merde partout dans les rucks, et en démembrant les tortues samoanes tranquillou, presque en sifflotant. Logiquement, un Îlien a tenté de lui trancher la gorge avec ses ongles sur un de ces mauls, mais il en faut plus pour venir à bout du nouveau Richie McCaw français.

Ouedraogo & Nyanga : Pas forcément complémentaires, les deux « 3ème ligne de rupture » (du canal lacrimal pour le second) n’ont pas livré leur meilleure prestation de la tournée, et un Dusautoir voire un Lauret (oui oui) aurait tout de même pu être utile pour faire un peu le ménage dans les regroupements. Picamoles a moins avancé à l’impact et paye peut-être le fait d’avoir disputé plus de matchs en une demi-saison que Brian O’Driscoll en 5 ans. Enfin Julien Bonnaire n’a pas joué mais il a été comme à son habitude excellent.

Morgan Parra : C’est sans doute un peu facile de lui tomber dessus vu le bordel qu’il y a eu dans les rucks, mais Têtaclac n’a pas vraiment pesé sur le jeu, pour reprendre un lieu commun labellisé Midol. Sachant que Michalak possède toujours le jeu au pied d’un poussin asthmatique, il aurait pu se rendre plus utile dans l’occupation (comme dirait Damien Try), domaine dans lequel les Samoans ont été bien meilleurs. Parlant de Michalak, il a encore fait le job sur les pénalités, en plus de marquer un essai à la Charlie Hogdson bienvenu (comme quoi, même ce joueur anonyme aura réussi à poser sa marque dans l’histoire). Son interview pleine de maturité © après le match continue de façonner sa nouvelle image de rockstar sur le retour. En France, on kiffe bien les hommes providentiels : préparez-vous donc à bouffer du Michalak Burger pour un bout de temps.

Ibrahimovic & Michalak, ou quand la ligne éditoriale de l’Equipe se résume en deux noms. 

 

Mermoz : Dans un match comme ça, on se satisfera déjà du fait qu’il n’a pas fait de bourde en défense. En même temps, c’est tout de suite plus facile quand on joue aux côtés du Soldat Fritz, qui plaque au moins pour trois joueurs. En cas d’invasion de zombies, je voudrais partir à la guerre avec ce mec. Indispensable dans son registre de 3ème flanker, même si là aussi on pourra regretter qu’il n’ait pas plus pris le jeu au pied à son compte, après l’avoir fait brillamment contre les Pumas. Les ailiers : comme Ovale Masqué à une soirée au Crillon, vous n’étiez pas invités et vous êtes restés devant la porte à vous geler les couilles. Dulin : A fait le job correctement sous les ballons hauts, sans avoir eu l’occasion de se distinguer sur ses relances.

 Qui c’est qui vient péter ton maul et qui passe son temps hors-jeu sur les rucks ? Super Connard, oh oui c’est moi !

 

Les Samoans :

Impossible de retenir le nom de ces mecs, à part bien sûr Treviranus, et pas forcément pour de bonnes raisons. Census Johnston a été monstrueux en mêlée, auteur de quelques belles charges et décisif au pied sur le premier essai : REP A SA MCALISTER. Tusi Pisi, alias Raphaël des Tortues Ninja, a utilisé sa palette de coups de pied pour mettre la pression sur le trio arrière français, mais en se faisant contrer et en loupant deux pénalités abordables, il a coûté cher à son équipe. Kahn Fotuali’i a comme d’habitude été excellent, ce que tous les recruteurs du Top 14 sauraient s’ils regardaient un peu le Super Rugby. Mais non, ils préfèrent Mike Phillips. Enfin petite déception pour le capitaine Lemi, qui malgré l’événement Movember, ne nous a pas fait l’honneur de porter une moustache aussi classieuse que son homonyme du groupe Motörhead (prends ça le Stagiaire avec tes références sur les Spice Girls).

 

Les journalistes :

Enfin je souhaiterais adresser mes félicitations personnelles à l’Equipe et au Midol, qui chaque jour, demandent à Morgan Parra s’il a envie de tuer Maxime Machenaud en l’étouffant avec un oreiller pendant son sommeil et à Wesley Fofana s’il ne serait pas meilleur au centre, puis aussi à France 2 qui pense toujours à filmer François Trinh-Duc en train de se morfondre sur son banc quand Frédéric Michalak réussit une pénalité. On a même cru voir récemment quelques articles remettant en cause le capitanat de Thierry Dusautoir, le XV de France venant de gagner 4 matchs avec Pascal Papé comme porteur du brassard. Se démener autant pour créer une ambiance de merde et faire passer les rugbymen pour des starlettes capricieuses, il y a pas à dire, c’est bien joué. C’est un peu tout le paradoxe du rugby : on déteste les footeux, mais au fond on aimerait tellement leur ressembler.

Les effets insoupçonnés de la victoire : Depuis qu’il gagne des matchs, Ouin-Ouin a rajeuni de 10 ans et ressemble un peu moins à l’Empereur Palpatine.