Benoît Guyot passe sur le grill
par Ovale Masque

  • 17 octobre 2012
  • 9


Par Ovale Masqué,
(merci également à GOD-Finger et Pauline, qui ont fait office de

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gardes du corps)


Il y a de cela quelques semaines, l’équipe de la Boucherie Ovalie était en mission commando sur la Côte Basque. Quel était donc l’objet de ce périple ? Libérer Cédric Heymans, retenu par ses geôliers bayonnais depuis plus d’un an ? Infiltrer les réseaux de l’Empire Blanco ? Enfin voir Marc Lièvremont nu ? Vous le saurez dans quelques jours. Mais à l’occasion de ce voyage, nous avons également eu le plaisir de rencontrer Benoît Guyot, jeune troisième ligne du Biarritz Olympique. Benoît avait quelque chose à nous révéler : il apprécie La Boucherie Ovalie. Pour un joueur du BO, c’est un peu comme avouer qu’on est allé voir Twilight au cinéma. Un secret honteux, voire même dangereux si ça venait à se savoir. Saluons donc ici son coming out, ça lui a sans doute demandé beaucoup de courage.

Autour d’un verre, nous avons pu discuter avec ce sympathique jeune homme. En bon troisième ligne, il a un peu trop traîné dans le camp adverse et après quelques minutes de conversation, nous nous sommes rendus compte que c’était en fait lui qui essayait de nous faire passer sur le grill. Heureusement, nous avons repris les choses en main pour lui soumettre notre redoutable questionnaire. Hélas, nos premières impressions se sont confirmées : cet homme était sans doute trop intelligent pour répondre à nos conneries. Avec l’agilité d’un saumon remontant une rivière (ou de Marc Andreu évitant les cravates, au choix) Benoît a sorti sa plus belle langue de bois pour éviter de dire quelque chose qu’il pourrait regretter. Tant pis, on l’aura peut-être une prochaine fois. En attendant, voici tout de même une interview où vous apprendrez quel est le meilleur poste de Benoît Baby, ou encore des révélations sur la pilosité de Benoît (Guyot), ce qui n’est quand même pas rien.

Présentation rapide :

Benoît Guyot est né le 18 janvier 1989 à Lille. Formé au RC Garches, il intègre ensuite le Stade Français où il passera 6 années, et sera sacré champion de France cadet en 2006. Egalement international des -20 ans, il signe au Biarritz Olympique en 2009. Après deux premières saisons prometteuses, il profite de la Coupe du Monde et donc de l’absence de certains joueurs (Harinordoquy, Lakafia) pour s’imposer comme titulaire : il a été le joueur biarrot le plus utilisé lors de la saison 2011/2012. En juin dernier, il remporte le Challenge Européen au cours d’une finale mémorable pour tous les amateurs de beau jeu. Mais au cours de cette finale, il est blessé par un Moine-surfeur-ninja, et loupe donc une possible convocation avec le XV de France pour la tournée en Argentine. Il est de retour sur les terrains depuis la 4ème journée. En dehors du rugby, Benoît possède une licence d’économie et de gestion obtenue à l’université Panthéon Assas. Après avoir obtenu son Master, il prépare actuellement un doctorat, dont le sujet est ‘Les déterminants de la réussite sportive ». On espère que ses entraîneurs jetteront un oeil sur le résultat, ça pourrait servir.

Petite reportage vidéo sur France 3 Pays Basque :


Après avoir été formé au Stade Français, tu as signé au Biarritz Olympique. Espères-tu continuer ta progression et t’engager prochainement dans un club professionnel ?

(Rires) … Je peux pas répondre à ça ! Suivante…

Serais-tu prêt à utiliser la technique du plaquage tongien afin d’être surnommé la Guyot-ine basque ?

J’ai déjà été surnommé comme ça par des amis qui m’ont fait cette blague pourrie… mais en fait non, je ne suis pas adepte de cette technique de plaquage, parce qu’en fait je suis trop petit. Faisant 1m84, je peux difficilement atteindre la carotide de mes adversaires…

Tu n’es donc pas un joueur méchant donc ?

J’ai de la bonne agressivité !

On a vu la vidéo de ton essai contre Montpellier. Ce serait pas un bon gros surnombre bouffé quand même ?

Un peu… Bon faut aussi savoir que c’est la première balle que je touchais depuis 4 mois, donc par principe, je la garde. Puis je vois Trinh-Duc qui part directement sur Charles Gimenez, il y a un espace… donc si on peut marquer un essai sans faire de passe et sans prendre de risque… mais c’est sûr que si je l’avais pas marqué, je me serais fait couper en deux !

Sur ta photo de profil sur Twitter, tu as une photo du chanteur du groupe Eels (Mark Oliver Everett ou Mister E). Musicalement c’est assez pointu. Tu ne souffres pas trop quand Fabien Barcella met du Patrick Sébastien dans les vestiaires ?

Il faut savoir apprécier les choses à leur juste valeur… (rires)

Tu es donc un fin mélomane ?

Oui vraiment… je pourrais vous parler d’Erik Satie, d’électro, un peu de tout…

On pourrait faire une interview musique à l’avenir…

On pourrait oui ! Par contre je ne chanterai pas…

A propos du chanteur de Eels, il possède une barbe assez développée, un peu à la Erik Lund. Souhaiterais-tu adopter ce look ? Après tout ça a bien permis à Sébastien Chabal de décrocher 50 sélections.

Je peux pas car je n’ai pas une pilosité assez développée… sinon, je pense que j’en aurai une aussi.

Une question qui nous hante depuis des années. L’Indien du Bého est-il un vrai Indien ? Si oui, maîtrise-t-il la danse de la pluie pour aider le BO à gagner ses matchs ?

Alors, il le fait une bonne partie de l’hiver oui… d’ailleurs s’il pouvait arrêter un peu, ce serait sympa. Sinon bien sûr, il vit dans un tipi au fond d’Aguiléra, il est employé par la mairie d’ailleurs, ce qui est assez étrange pour un Indien, mais bon.

C’est donc le seul Américain du club avec Ngwenya ?

C’est ça. Un Amérindien. On a pas encore défini si c’était un Mohawk ou un Iroquois…c’est sa part de mystère.

A propos, beaucoup d’amateurs de rugby sur internet pensent que le Bého bénéficie d’un arbitrage favorable à domicile. Qu’en dis-tu ?

C’est vrai que c’est une rumeur qui court de manière souterraine… je ne sais pas trop quoi en penser. Le problème de l’arbitrage aujourd’hui est délicat, et ce n’est pas à moi de le régler, je suis pas là pour juger des arbitres, je suis là pour faire avec eux. Voilà… langue de bois !

Quel est le meilleur poste de Damien Traille ?

Dans les airs ! Sincèrement. C’est un joueur qui a eu la carrière qu’il a eu, il a ses détracteurs et ses fans, mais c’est un des joueurs qui, selon moi, est un des plus spectaculaires dans les airs. J’en parlais avec Raphael Lakafia d’ailleurs. Moi, j’ai bien plus peur dans les airs qu’avant de plaquer par exemple. On me met Tuilagi en face, ça risque de faire un peu mal, mais ça passe. Mais courir en l’air pour attraper un ballon, sans savoir ce qu’il y a devant, c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire. Alors que lui le fait tous les week-ends, et très bien. Par exemple l’année dernière à Brive, on monte une bonne chandelle dans l’en-but et ça fait essai…

Une chandelle dans l’en-but… quand même…

A l’ancienne ! Il pleuvait, l’Indien avait dû faire sa danse… c’était le bon moment pour tenter ça. Stratégiquement c’est parfait !

Et le meilleur poste de Benoit Baby ?

Je pense qu’à l’aile il prend beaucoup de plaisir. Dans sa carrière il a beaucoup joué centre, aujourd’hui il est plutôt utilisé à l’aile et je crois que ça lui convient. Il a plutôt fait des bons matchs à ce poste jusque-là.

De tous les Benoît passés par le BO, duquel te sens-tu le plus proche? Benoît August, Benoît Baby, Benoît Lecouls ou Benoît Daguerre ?

(rires)… Benoît August car on partage cette solidarité entre avants. Ca crée des liens un peu différents.

On connait pourtant certains avants qui disent que les troisième ligne c’est pas des avants…

(Rires) Certains le diront ! Moi je ne suis absolument pas d’accord.

Et justement tant que 3ème ligne, quel est le joueur que tu admires à ce poste ?

J’ai souvent été complexé par ma taille, parce qu’en France on a cette culture des grands troisième ligne… quand j’ai commencé à faire les sélections, on m’a beaucoup reproché ma taille et c’est d’ailleurs ce qui m’a empêché d’entrer à Marcoussis, même si je pense que je n’avais pas été très bon sur le terrain non plus. On m’a souvent demandé d’aller au talon, chose que j’ai toujours refusé, même si passés 30 ans, ça peut être une solution. Je me suis donc beaucoup identifié à George Smith, Heinrich Brussow ou David Pockock. A Serge Betsen aussi évidemment, puisqu’on a joué pour le même club. Mais je m’identifie plus aux joueurs étrangers.

Tu es donc plutôt un gratteur de ballon ?

Chacun a son esprit par rapport au rugby, il y en a qui sont définitivement attaquants, d’autres définitivement défenseurs… moi à la base, j’étais vraiment défenseur et si je touchais pas un ballon du match, ça m’allait très bien. Bon, il s’est avéré que pour progresser, il a fallu revoir un peu cette vision restrictive du rugby. Mais oui, George Smith et Heinrich Brussow sont vraiment deux joueurs qui m’ont décomplexé par rapport à ma petite taille.

Puisqu’on parle troisième ligne… Richie McCaw : Meilleur joueur du monde ou plus grande escroquerie planétaire depuis l’invention des chaussures à scratch ?

(Rires)… Euh… Richie McCaw, c’est une figure du rugby, c’est un mec indétrônable, qui a fait des choses, qu’elles soient honnêtes ou pas. Ca fait partie du jeu ! Le haut niveau c’est aussi ça. L’arbitre fait partie du jeu et il ne peut pas tout voir… un mec comme McCaw sait en profiter et c’est aussi ce qui fait de lui un grand joueur aujourd’hui. Son objectif quand il rentre sur un terrain, c’est d’apporter le plus possible à son équipe, que ce soit par de grandes courses fulgurantes, des charges, ou en se roulant un peu par terre dans le camp adverse de manière assez décontractée…

2h30 du matin. Serge Blanco t’appelle et te demande de le rejoindre dans un parking. Une fois sur place, il ouvre le coffre de sa voiture et t’ordonne de l’aider à se débarrasser de ce qu’il contient. Tu fais quoi ?

(rires)… Je pense qu’à 2h30 j’aurais éteint mon portable, car je dors avec le mode silencieux, et je dors très bien. Moi je n’ai pas encore de téléphone avec une lumière rouge…. Concernant Serge Blanco, je pense que c’est avant tout un grand passionné du rugby. Après tout ce qui peut se dire sur lui ça ne me concerne pas, puis j’ai pas trop envie de savoir. Même si je suis curieux de beaucoup de choses ! Ce n’est pas mon rôle.

On se demandait parce qu’on a eu l’impression que certains joueurs avaient disparus soudainement, comme Campbell Johnstone par exemple…

J’ai une photo de lui en vie si tu veux ! Il faut le prendre du côté humain, Campbell c’est un mec qui est venu vivre ici et ça n’a pas été facile, il a peut-être eu aussi quelques problèmes personnels qui ne l’ont pas aidé à être au niveau sur le rugby. Quand t’es joueur de rugby et que tu ne joues pas, tu te lèves le matin et t’as l’impression de servir à rien, donc c’est une grosse remise en question. Ca peut aboutir à de grands malaises et Johnstone en a été un exemple. C’est quand même un mec qui a été international All Black, qui a fait une saison fantastique quand il est arrivé et qui était, je pense, craint sur les terrains… ça a évolué de la mauvaise manière, mais ça fait partie du sport. On peut pas toujours être bon. Bon après, ça c’est une question que tu pourrais poser à Thierry Dusautoir…

Qui est l’auteur de cette phrase « Si à 50 ans t’as pas un polo Serge Blanco à 1500 euros, t’as raté ta vie ? »

Je ne porte pas de Serge Blanco donc bon…

Trop cher ?

Il faut savoir que c’est une marque qui n’a rien à voir avec lui, en dehors de son nom, ce qui lui rapporte un peu d’argent. C’est une marque de luxe, dans la même veine qu’Eden Park. C’est le business du luxe, c’est un concept à part entière. Du coup si tu vends des polos pas chers, tu passes pour un con…

Parce que pour moi, porter du Serge Blanco ça incarne un peu l’idée de réussite sociale…

C’est dommage de penser ça ! Je pensais pas ça d’Ovale-Masqué (rires)… mais je te le souhaite !

La saison dernière, on a parlé de toi pour intégrer l’équipe de France pour la tournée en Argentine. Au final tu as bien fait de rester chez toi non ?

En fait je me suis blessé au mauvais moment… c’est vrai que mon nom avait été évoqué, pour un joueur c’est toujours une récompense, et évidemment ça fait plaisir d’entendre son nom. J’ai pas pu y aller, j’étais déçu, forcément, surtout que c’était ma première longue blessure. Maintenant j’ai réussi à me rétablir assez vite, en faisant un bon travail physique je pense, donc c’est du passé.

En même temps les tournées d’été, c’est un peu des tournées suicides…

C’est vrai, mais une cape en équipe de France, reste une cape en équipe de France. Porter ce maillot et défendre ses couleurs, chanter la Marseillaise reste une chance exceptionnelle. Il faut aussi savoir qu’une cape change beaucoup de chose , ne serait-ce qu’au niveau contractuel. C’est une chose non négligeable. Il y a des mecs dont on ne sait même pas qu’ils ont été internationaux, qui ont pris deux raclées contre les Blacks il y 5 ans ou 6 ans, mais ils l’ont quand même été, et quand tu renégocies ton contrat, ça joue !

Merci, tu nous donnes l’occasion de rappeler à tout le monde que Gregory le Corvec a été international. On l’oublie trop souvent… question suivante. Savais-tu que tes initiales font de toi un BG ?

Et ouais. Peu de gens le savent, mais oui… c’est vraiment une question nulle ça ! (rires)

Et encore, on avait pire. C’est vrai que parfois, Dimitri Yachvili se lave les cheveux avec autre chose que du Petrol Han ?

Mmmh… c’est vrai qu’il a une magnifique chevelure, et qu’il doit extrêmement bien en prendre soin. Après, je ne passe pas toutes mes douches avec Dimitri Yachvili – même si je pense que certaines seraient très heureuses de le faire, je n’en fais pas partie. Donc je ne peux répondre que de manière lacunaire à cette question…

Sortir « lacunaire » dans une interview, pour un joueur de rugby, tout de suite ça pète…

J’en ai d’autres comme ça si tu veux…

On raconte qu’Imanol Harinordoquy a des posters de lui-même dans sa chambre. Mythe ou réalité ?

Absolument pas ! C’est très minimaliste chez lui. Très joli d’ailleurs. Il vous a pas invité ? Il pourrait…

On attend toujours, en fait (……..). Question suivante. Entre nous, le chant « Béhooooooooo », ça ressemble pas plus à une berceuse qu’à un chant de supporters ?

« Béhoooo… en avant… « . C’est le match qui vous endort ou le chant ?

Les deux vont parfois ensemble…

Encore une fois je suis joueur, pas patron d’un club de supporter donc bon…

Prouve-nous que tu es désormais un vrai Biarrot et dis nous du mal de l’Aviron Bayonnais.

Dire du mal de l’Aviron Bayonnais… forcément, tous les gens d’ici adorent cette petite rivalité, qui est finalement assez prenante… mais elle est sportive avant tout, et évidemment pour tous les joueurs, notamment les étrangers, cela ne veut pas forcément dire grand chose. Après on sait que dans la vie, les gens sont différents avec toi si t’as gagné ou perdu contre l’Aviron la veille ! Forcément c’est toujours satisfaisant de gagner contre l’ennemi juré, à la fois pour les joueurs, parce que les gens leur rendent, et à la fois pour les supporters car c’est une fierté pour eux. Après dire des méchancetés je ne crois pas que cela se résume à ça…

Tu peux dire que Pottoka c’est une mascotte pourrie par exemple…

Sincèrement… (il s’interrompt) Non… je peux pas le dire !

Et la fusion, alors ?

Ca avait été évoqué dans l’intérêt du rugby basque, etc. Mais je crois que de manière culturelle, ce sera très difficile… après pour l’intérêt sportif, pour les capacités de financement, tout ça, il y aurait des choses à faire. Mais ce serait une perte d’identité énorme. Et deux clubs comme Biarritz et Bayonne s’appuient essentiellement là-dessus. Sans l’identité, il ne resterait rien… donc parler de fusion, c’est un peu difficile.

On a entendu dire que tu étais un amateur de surf. Rêves-tu de dompter les vagues en surfant sur le Bouclier de Brennus ?

C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire, en effet… (rires)

Tes coéquipiers l’ont peut-être déjà fait il y a quelques années ?

Je pense qu’ils ont fait beaucoup de choses avec le Bouclier… y compris du surf, sans doute.

Pour toi, c’est quoi les Valeurs du rugby ?

Sans langue de bois, pour moi, avant tout du partage, des rencontres… j’ai rencontré des gens extraordinaires, une bonne partie de mes meilleurs amis avec le rugby, j’ai aussi un équilibre en dehors du rugby mais il m’apporte énormément de choses.

Merci à Benoit d’avoir joué le jeu, et aussi d’avoir payé à boire aux chômeurs que nous sommes. Merci aussi à l’Affreux Gnafron qui m’a inspiré les questions les plus honteuses de cette interview, notamment celle sur ses initiales.