Présentation Taupe 14 : Castres
par La Boucherie

  • 02 janvier 2012
  • 5

Par Fidel Castro l’Impie,

 

Le club

Le Castres Olympique, qui s’y frotte s’y pique ! Bon, en fait c’est vraiment nul comme accroche, ça marche même avec le Biarritz Olympique, c’est pour dire le non-sens de la rime. Pour vous épargner ce genre de bons mots et autres associations phonétiques foireuses, nous nous contenterons, dans la suite de cet article, de parler du CO.

 

La ville

Castres, petite bourgade de 50,000 habitants où il fait bon vivre. Une architecture pittoresque, avec notamment les maisons sur l’Agoût…et sinon les bureaux de Pierre Fabre. A signaler deux fleurs au palmarès des villes fleuries de France, un très beau théâtre, un resto une étoile au Michelin, et des boîtes de nuit généralement réservées par les joueurs (oui, il faut savoir qu’un Iosefa Tekori en transe musicale, ça prend déjà un tiers du dancefloor du Pop Art). Sinon un petit week-end à Toulouse ou à Barcelone, ça peut être sympa de temps en temps.

 

L’Histoire

Le CO doit sa naissance à plusieurs élèves du Collège de la ville, désormais rebaptisé Collège Jean Jaurès, en hommage au troisième homme le plus vénéré à Castres, juste derrière Pierre Fabre et Chris Masoe. Lors d’une soirée bien arrosée à la Brasserie de l’Europe, deux des étudiants présents s’accrochèrent, et en vinrent aux mains, bientôt rejoints par l’ensemble de leurs camarades de classe. La bagarre générale, élément fondateur de notre jeu, voyait le jour dans la cité castraise. Il ne manquait plus aux convives qu’un ballon de forme ovale. Ballon immédiatement fourni par le barman, qui pria ces jeunes gens d’aller exprimer leur tendresse en dehors de son bar, chose qu’ils firent en allant terminer ce qu’ils avaient commencé sur le terrain vague le plus proche. Ainsi naquit le CO, un beau jour de Février 1906.

Le club rencontre quelques difficultés pour se développer, cela étant notamment dû à la Première guerre Mondiale, durant laquelle de nombreux joueurs du club périssent. Paradoxalement, c’est juste après la Deuxième que le club va écrire les plus belles pages de son histoire. Le capitaine Jean Pierre-Antoine va ainsi mener ses troupes vers la gloire, en décrochant une Coupe de France en 1948, et surtout deux Brennus consécutifs, en 1949 et 1950. Mais le décès du capitaine emblématique du CO, suite à un coup dans la tête reçu pendant un match de championnat, va marquer un coup d’arrêt terrible pour ce club, alors en haut de l’affiche. Plus rien pendant 30 ans, hormis sans doute la grande carrière de Gérard Cholley, ancien militaire boxeur, reconverti joueur de rugby boxeur. Un monument du rugby Français, qui aurait sans doute fait détaler une première ligne Anglaise ou Ecossaise, ou les deux réunies, un samedi soir dans une ruelle sombre. En témoigne sa première place au classement des joueurs Français les plus effrayants de tous les temps, réalisé par nos amis Anglais du Times.


Cholley en compagnie d’un jeune fan

Toujours est-il que si Cholley fait fuir ses adversaires, il n’attire pas non plus les titres. Même pas de Challenge Mickey à se mettre sous la dent, et le club doit même passer quelques années en Deuxième division. Mais Alléluia, un miracle se produit en 1988 ! Le dénommé Pierre Fabre, fondateur des Laboratoires du même nom, et employeur de 120% de la population du bassin castrais, décide de racheter le club, pour en faire une machine de guerre. Comme Mourad finalement, en légèrement moins bling-bling. Et les résultats paient immédiatement : remontée dans l’élite en 1989, demi-finale en 1992 et Brennus l’année suivante. Une victoire incroyable sur Grenoble, avec deux pénalités de Labit, un drop de Francis Rui, et un essai totalement incontestable du capitaine All Black Gary Whetton. En tout cas, heureusement que l’arbitrage vidéo n’existait pas à l’époque, les Castrais seraient peut-être redescendus dans le Tarn la queue basse.

Encore une finale en 95 – perdue contre ces salauds de voisins Toulousains – et puis plus grand chose. Mais Alléluia bis, Labit décide de revenir au pays avec son ami Travers. Le travail remarquable des deux Lolos (rien à voir avec les amis de Frédéric Michalak), permet au CO d’atteindre les barrages deux années de suite avec le 10 e budget du top 14.

 

Les couleurs

Allez, allez, les bleus et blancs du Cas-sse-treees Olympique ! Un bleu quand même plus foncé que nos – autres – amis du Pays Basque. Mais ce ne fut pas toujours le cas ! Les maillots du CO étaient à l’origine gris et noir (en fait j’en sais rien, c’est Wikipédia qui le dit). Heureusement quelques joueurs prirent l’initiative de refourguer ces maillots du plus mauvais goût à de jeunes joueurs, lors d’une tournée en Nouvelle-Zélande. Maillots qui ne furent utilisés par lesdits jeunes gens, qu’à une seule reprise, un soir d’Octobre 2007 à Cardiff.

Un bon souvenir

Le stade

A l’origine Stade Olympique, le stade du CO est rebaptisé Pierre-Antoine, en l’honneur du capitaine Castrais tragiquement disparu, et accessoirement boucher de profession. La Tribune Présidentielle porte, elle, le nom de Francis Rui, autre figure de légende en pays tarnais, lui aussi disparu tragiquement. La relative petite taille du stade (capacité d’accueil de 11,500 spectateurs, en comptant les spectateurs debout le long de la rambarde, qui achètent leurs places tous les week-ends juste dans l’espoir de pouvoir mettre une petite mandale au talonneur adverse pendant une générale), oblige le club à délocaliser certaines rencontres à Toulouse, et plus récemment à Béziers. Une réussite financière incontestable, mais des résultats sportifs mitigés, couplés à un certain mécontentement des supporters les plus fidèles (et surtout sans le permis, comme votre serviteur).

Il est des nôtres…

L’emblème

Plutôt sobre, le logo du CO est constitué d’un C et d’un O bleus imbriqués, sur fond blanc. Un logo sobre qui contraste avec la mascotte, Olympix, sortie de nulle part il y a de cela quelques années, et dont le derrière imposant rappelle celui de Iosefa Tekori à chaque début de saison, après deux mois passés aux Samoa. Sinon un petit Kop tribune nord, Puissance Castres, plutôt enthousiaste, et qui permet au stade de ne pas sonner trop creux les jours de matchs à l’ancienne.

Les joueurs-clés

Chris “Chuck Norris”Masoe. Tout est dit ou presque. Tout simplement le meilleur numéro 8 du championnat, plaqueur, gratteur, des cannes de centre, une puissance de feu, des passes après contact digne d’un compatriote ex-futur-ex joueur à XV… En plus il à l’air sympa, surtout quand on le croise dans les toilettes de Pierre Antoine, parait-il. A signaler, sa faculté à être partout sur le terrain, et même à se dédoubler. En tout cas c’est ce que pense Fabien Pelous qui, au micro de Canal, l’appelle une fois Chris Masoe, une autre fois Jo Maso. Autres légendes du Club, Romain Teulet et Rodrigo Capo-Ortega, respectivement les pieds et le cœur du CO. Là aussi, les belles années vont se faire rares, mais pour l’instant nos deux tauliers répondent toujours présent. Si vous êtes fan du ténébreux seconde ligne uruguayen, il a répondu pour nous au questionnaire des Bouchers. Un honneur pour nous.

Au rayon des joueurs clés, on pourrait citer Iosefa Tekori (vous l’aurez compris, je l’aime bien celui-là). Sans doute le joueur le plus décontracté du Top 14. Malheureusement ça lui arrive d’oublier de se concentrer pendant les matchs, et il a su se distinguer par quelques magnifiques cagades. Par contre, quand il décide de jouer, il peut remonter tout le terrain en percutant la moitié de l’équipe adverse, et en mettant des cad-debs à l’autre moitié, tout ça en tenant le ballon à une main et en faisant le pas de l’oie. Pierre Rabadan s’en souvient…ou pas d’ailleurs.

 

Dans les lignes arrières, on ne peut pas passer à côté de Seremaïa Baï, le régulateur du jeu de trois-quarts du CO. Sans doute le Fidjien le moins fantasque du championnat, mais quelle vista et quelle technique ! Aux ailes, le lutin Marc Andreu, continue à confirmer saison après saison son énorme talent. Sans doute des progrès à faire au niveau du mental et de la zen attitude, surtout quand il croise son grand ami Maxime Médard, qui arrive à le rendre fou à presque chaque match. Enfin un dernier hommage appuyé doit être rendu à Romain Martial. Un ailier puissant recruté l’année dernière à Narbonne, et qui s’était illustré, pour son premier match sous ses nouvelles couleurs contre Toulouse, par des stats de feu : 5 ballons, 4 en-avants. Quelques matchs plus tard, le voilà banquette et même relégué avec les espoirs, avec qui il attaque la nouvelle saison. Même pas inscrit sur la liste des joueurs pouvant disputer la H Cup, il profite de la blessure d’Andreu pour réintégrer le groupe et tout exploser. Deux essais et homme du match contre Northampton, il se permet de rattraper Sivivatu à la course une semaine auparavant, et dépose Rokocoko il y a quelques jours, pour aller aplatir un essai après une conduite de balle de pousse-caillou catalan. Attention à lui tout de même, la famille Rokocoko/Sivivatu risque de mettre un contrat sur sa tête avant les matchs retour.

 

Les recrues

Devant, le retour du jeune Marc-Antoine Rallier, très véloce, et l’arrivée de Brice Mach offrent pas mal de solutions et de profils différents au talonnage. Malheureusement, il semblerait que Matthieu Bonello n’ait pas apprécié l’arrivée d’un nouveau concurrent, et l’a clairement fait savoir à Mach, en témoigne cette photo volée au camp d’entraînement du Lévézou. Au poste de pilier, l’ancien Toulonnais Saimone Taumeopeau est à l’infirmerie depuis le début de la saison. Quant à l’excellent Karena Wihongi (qui ne fait pas vraiment rire malgré son prénom), il s’est déjà imposé à droite et a réussi à reléguer Luc Ducalcon sur le banc.

Mais les bons coups du recrutement ont surtout été réalisés à la mêlée. En cohérence avec sa politique de recruter des demis de mêlée aux noms rigolos – ou à la con, c’est au choix, le staff a décidé de frapper un grand coup, en recrutant dans le même temps Rory Kockott et Thierry Lacrampe. Imaginez une seconde le duo historique Salviac-Lacroix commentant un match du CO : « La Cabannes est tombée sur le chien », « Ohhh la belle Kockott !! ». Heureusement qu’Heaslip ne joue pas a Castres, sinon on aurait aussi dû se tartiner les blagues de Mathieu Lartot. Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt à notre poulet (un bon poulet de grains par ailleurs), Kockott, c’est un demi de mêlée moderne, qui attaque beaucoup la ligne, et est en plus un excellent buteur. Par contre, niveau capillaire, c’est un peu moins moderne, et sa coupe mulet, avec une petite tresse en guise de queue de cheval, nous donne une idée de ce que donnerait un croisement génétique entre Chris Waddle et un danseur de tektonik. Le plus classique Lacrampe est quant à lui un neuf très prometteur, qui pourrait attirer l’œil de PSA d’ici à la prochaine Coupe du monde. On peut prendre les paris si vous voulez. En résumé, les titulaires du poste l’année dernière, Albouy et Sanchou (oui, on peut aussi les considérer comme des noms rigolos), risquent de cirer le banc pendant un moment.

En 10, le recrutement s’annonçait bon avec Rémi Talès, mais celui-ci n’a pas forcément convaincu, et a dû faire face à la concurrence de l’éternel prometteur, Pierre Bernard, moins bon défenseur, mais beaucoup plus agile avec ses pieds. Pis, Talès vient de se flinguer les croisés, on ne devrait pas le revoir avant l’année prochaine. Mais bon Chris peut aussi jouer 10 quand il a en a envie. Une première année difficile également pour l’autre Rémi, le jeune Rémi Lamerat, un des grands espoirs Français au centre, dont le retour est quand même espéré avant la fin de la saison. Aux ailes, on retrouve la star de ce recrutement, Max Evans. Un joueur hyper-talentueux, mais qui à force d’avoir côtoyé les frères Lamont en sélection, semble être atteint du syndrome de coffre-à-ballonite. Espérons qu’il se soigne vite, pour lui et surtout pour le jeu de 3/4 du CO. Enfin, dernière recrue, Pierre-Gilles Lakafia, qui, après des vacances d’un an à Toulouse, a choisi de venir relancer sa carrière dans le Tarn. Bon, il est pas mauvais, mais c’est vrai qu’on aurait préféré prendre son frère.

 

Le boucher

Avec comme sponsor un groupe cultivant “l’art de la viande”, cette rubrique ne pouvait pas mieux tomber pour le CO. Pourtant, difficile de dégager un boucher parmi ces gentils garçons. Peut-être Kiril Koulemine. Pourquoi lui ? Parce qu’il est Russe, fait 2 mètres et 125 kilos. Un bon gros délit de faciès en fait. Sinon, on pourrait citer ce bon vieux Kockott, qui en plus de jouer comme un avant, s’adonne aux mêmes passions que ces derniers. Adam Thomson confirmera. Notez que ce collabo de Craig Joubert est à l’origine de la sanction de ce geste d’artiste…

 

Le joueur au nom imprononçable

Anton Peikrishvili. Heureusement que chaque club à son Géorgien de service, ça permet de remplir cette rubrique.

 

Objectifs

Les objectifs du club sont clairs : faire mieux que l’année dernière, autrement dit enfin atteindre les demi-finales. Et plus si affinités. Avec une quatrième place à mi-parcours, la chose se présente assez bien.

 

Scenario idéal

Après 5 victoires, 4 matchs nuls et 4 défaites lors de la phase retour, le CO termine 4e de la phase de poule, derrière Toulouse, Clermont, Toulon, et devant le Stade Français et le Racing. Le match de barrages contre le Stade Français s’annonce tendu, et le CO arrache la victoire à la dernière minute, grâce à un essai de Tekori, qui réussit le super combo. A savoir allonger, sur la même action, Rabadan, Roncero, et Contepomi, qui pour sa part, ne s’était pas encore remis d’un terrible tampon de Masoe à la 5e minute de jeu.

C’est désormais Clermont qui se dresse sur la route des Castrais. Clermont devant jouer la finale de H Cup une semaine plus tard, Vern Cotter décide d’aligner une équipe mixte. En gros une équipe potentiellement 2e du Top 14. De leur côté, les deux Lolos doivent faire face à une hécatombe dans les lignes arrières, et décident de titulariser pour la première fois la paire de centre Masoe-Tekori. Rory Kockott prend ainsi la place du All Black en numéro 8, et Romain Martial (1,95m pour 105kg) prend place en Deuxième ligne. Un match incroyable, que Vincent Moscato qualifie de “plus beau match de l’histoire”, et qui se termine à 13 contre 12, avec un drop de Masoe sur sa propre ligne des 40, 5 minutes après la fin du temps règlementaire : 9-6.

En finale, le CO rencontre l’ennemi juré, le voisin trop puissant et arrogant, le Stade Toulousain. Trop sûrs de leur force, les Toulousains ne rentrent pas bien dans le match, et le talonneur Bonello intercepte une quintuple sautée chistera de McAlister, met les cannes, et sème un deuxième ligne qui était à sa poursuite. Ou peut-être était-ce Yannick Jauzion, peu importe. Après un 0 sur 4 de Mc, le CO mène 13-0 à la pause. Malheureusement, ce même Mc réussit à se remotiver pendant la mi-temps, grâce au punching ball à l’image de Graham Henry, qu’il promène toujours dans son sac. Il attaque la deuxième mi-temps avec un doublé, dont un essai avec sautée et passe après contact, qu’il récupère lui-même.14-13 pour le Stade à la 60e. Heureusement Florian Fritz est là et se rappelle au bon souvenir de Marc Lièvremont, en décrochant une superbe droite sur Chris Masoe. Ce dernier ne bouge pas, et Fritz doit être évacué vers le CHU le plus proche pour une triple fracture du poignet. Ca tombe bien, l’arbitre avait décidé de le libérer de toute obligation rugbystique, en lui adressant un carton rouge. Romain Teulet ne tremble pas, et permet aux siens de repasser en tête à 10 minutes de la fin : 16-14 pour le CO. Un dernier drop de Max Evans, qui n’avait pas touché un ballon du match, et qui avait décidé de dégager Bernard de la zone du 10, vient sceller la victoire castraise. Le CO est champion de France sur le score de 19 à 14, et Andreu peut aller chambrer Médard le cœur léger.

 

Scenario Catastrophe

Chris Masoe se blesse lors de la première journée des matchs retours. Le CO ne gagne plus un match, et termine 13e juste devant le BO. Deux clubs, qui d’Olympique, n’ont plus que le nom.

 

Fidel Castro L’impie