Lettre ouverte à Israel Folau
par La Boucherie

  • 12 avril 2019
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Nous avons reçu cette contribution qui n’est pas tout à fait dans la ligne éditoriale classique de la Boucherie, mais on s’est dit que c’était tout de même intéressant. En effet, pour nous qui considérons le Midol comme la Bible et ne reconnaissons que Yionel comme notre Sauveur, lire le point de vue d’un joueur de rugby chrétien est un peu inhabituel. Mais le rugby est grandement peuplé par les alcooliques, les homosexuels, les adultères, les menteurs, les fornicateurs, les voleurs, les athées et les idolâtres, des gens à qui Izzie a envoyé un message très direct mais pas très compréhensible, pourquoi donc ne pas avoir une explication de texte ?
La parole est donc donnée au Pasteur (c’est son pseudo), rassemblez-vous les ouailles et écoutez son sermon.

 

Cher Israel,
Tu es rugbyman et tu es chrétien. Moi aussi.
Alors oui, je ne pratique pas le rugby au même niveau que toi (j’en suis même loin) et je suis un anonyme parmi tant d’autres. Pourtant, j’ai eu envie de t’écrire. J’ai des choses à te dire.

 

Cela fait maintenant plusieurs fois que tu déclenches des polémiques par des déclarations sans concession sur les réseaux sociaux. Tu brandis tellement haut et fort tes opinions qu’il parait évident que tu te sens investis d’une « mission » et d’une responsabilité particulière liée à ta renommée. Dans ce sens, tu as déclaré que l’enfer attendait les alcooliques, les homosexuels, les adultères, les menteurs, les fornicateurs, les voleurs, les athées et les idolâtres. Tu les as même invités à la repentance en pointant Jésus du doigt comme seul sauveur possible. Je présume que tu fais référence au texte connu dans notre milieu « chrétien » d’ 1 Corinthiens 6 versets 9 et 10.
Dans le fond, et au risque d’alimenter la polémique plutôt que de l’éteindre, je suis d’accord avec toi. Oui, la Bible dit que le péché des hommes (peu importe sa forme) mérite l’enfer. C’est une des choses auxquelles nous (les chrétiens) croyons. Cependant, c’est la forme de ton (tes) message(s) qui me choque. Non pas seulement moi mais aussi l’ensemble des internautes.

 

Une question intéressante qui mérite d’être posée est : comment se fait-il, puisque nous semblons partager les mêmes opinions, que je me désolidarise de tes déclarations publiques ? Voici une explication brève mais simple.
Premièrement, aussi louables que soient tes intentions (alerter, corriger, prévenir les gens sur leur sort ?), il me semble que la brièveté de tes messages, sans contexte et sans explication, n’apporte pas grand-chose au débat qui consiste à savoir si oui ou non Dieu existe. D’ailleurs, pour des personnes qui n’y croient pas, tes propos sont tout simplement horribles. Ils ne te voient pas comme quelqu’un qui cherche à aider mais comme un juge autoproclamé. Tu dis : « Attention, si vous ne changez pas d’attitude, vous allez aller en enfer ! » et je comprends que tu ne veux pas que cela arrive. Mais eux, ils entendent : « Vous êtes des monstres qui méritez de brûler pour l’éternité. » Qui pourrait les blâmer ? Si je n’étais moi-même pas chrétien, je comprendrais la même chose.

 

Deuxièmement, en tant que chrétien, la Bible ne nous appelle pas à détruire ce qui nous déplaît (ou déplaît à Dieu) chez les autres. Elle nous appelle à le faire dans notre propre vie. C’est d’ailleurs notre comportement et notre manière d’être qui amèneront les gens à se poser des questions et à se dire que nous sommes différents. Les grandes déclarations et la virulence peuvent avoir cet effet mais, de ce que j’ai pu observer, c’est rarement le cas. C’est cette volonté de combattre « le mal » qui a déclenché les croisades, l’Inquisition ou toutes les horreurs que l’Église a commises à travers les siècles au nom de Dieu. Toi comme moi savons pourtant qu’il n’a jamais voulu cela.
Troisièmement et ce sera mon dernier point. Oui, Dieu nous demande de le faire connaître à tous. Oui, sa colère et sa haine du péché sont décrites dans la Bible. Ceci dit, je ne crois pas que Jésus soit allé hurler aux oreilles des hommes qu’il a connus qu’ils devaient se repentir parce que sinon ils brûleraient en enfer. Souviens-toi de cette femme samaritaine. Il lui a parlé, il a discuté avec elle et lui a manifesté un profond respect alors que sa vie était tout sauf exemplaire (d’autant plus pour l’époque !) Ne devrions-nous pas agir de la même manière avec les alcooliques, les homosexuels, les adultères, les menteurs, les fornicateurs, les voleurs, les athées et les idolâtres ? Si Dieu les aime, alors nous aussi, aimons-les. Le reste, c’est entre eux et Dieu.

 

Israel, j’aurais aimé développer bien des points encore mais, malheureusement, je ne crois pas que tu liras cette lettre et ne suis pas convaincu qu’elle suffira à te faire réfléchir.

 

J’espère cependant que des alcooliques, des homosexuels, des adultères, des menteurs, des fornicateurs, des voleurs, des athées et des idolâtres la liront. J’espère qu’ils comprendront que nous, les chrétiens, n’avons pas pour mission de les juger. Je le répète, je ne suis pas d’accord avec ces pratiques mais je n’ai aucun droit de regard sur la vie des autres. Je fais de mon mieux pour obéir à Dieu mais, franchement, je suis loin d’être le dernier des pécheurs. Je crois cependant que Dieu me pardonne et c’est à cette condition seule que j’échappe à l’enfer. Comme toi.
Pour conclure, je ne m’adresserai pas seulement à toi mais à tous ceux qui liront cette lettre :
Peu importe ce qu’untel ou untel dit sur internet et sur Dieu. Ce qui importe, c’est ce que Dieu dit de lui-même. Bien sûr, vous avez le droit de ne pas y croire et de ne pas y prêter attention, après tout, nous avons tous nos vies et nos convictions. Mais si vous portez le moindre intérêt au sujet, je vous en supplie, n’écoutez pas Israel, moi ou le premier twitto qui se pointe. Retournez à la source de l’information, faites-vous votre propre idée, lisez la Bible.
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire.

 

Au plaisir de vous croiser dans la vraie vie ou pendant une troisième mi-temps, qui que vous soyez et quoi que vous croyiez.
PS : Vous pouvez trouver l’histoire de la rencontre entre Jésus et la femme samaritaine dans la Bible, dans l’évangile de Jean, Chapitre 4 versets 1 à 42