Et si Jacques Brunel était en fait un génie ?
par Damien Try

  • 13 février 2019
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En ce début de semaine, anciens joueurs, presse et spectateurs se réunissent pour le passe-temps favori de la France : taper sur le sélectionneur. Alors que les hasards du calendrier amènent ce jeudi le rendez-vous de Guy Novès aux prud’hommes, l’ensemble de la rugbysphère se demande si le bilan (provisoire) de Jacques Brunel peut être considéré comme une « faute grave ». Chacun rivalise pour trouver le bon mot ou la grande solution. À la Boucherie Ovalie, on n’aime pas trop l’acharnement (surtout depuis ces histoires de Ligue du LOL en fait), et nous avons donc décidé d’analyser plus en profondeur… Et si Brunel avait en fait tout compris au rugby français et mettait l’équipe de France dans les conditions idéales pour gagner la Coupe du monde à l’automne ?
 
Une défaite honteuse face à une île pacifique de la taille de la ville de Castres et une branlée chez un très gros en quelques matchs, ça vous rappelle quelque chose ? Il y a 8 ans, les « sales gosses » de Lapinou étaient dans le même pétrin. La suite on s’en souvient : mise à l’écart du staff et responsabilisation des joueurs avant des phases finales qui restent à ce jour le meilleur parcours de la France en Coupe du monde, échouant à un point (et une désignation du trio arbitral diront les esprits chagrins) du triomphe ultime.
 
Cette épopée n’a pas échappé à l’esprit brillant de celui qui a été élu manager de l’année 2018 et apporté un titre à l’USAP. Il a retenu les leçons du passé : exit l’emphase sur la préparation physique à coups de Wattbike comme en 2015, oubliée la discipline de fer de son mentor en 2003 et 2007 et non au French Flair des éditions antérieures. Il a compris que la seule façon pour le rugby français de décrocher la coupe Webb Ellis passait par la révolte des troupes contre son général.
 
Camille Lopez, dès sa sortie de terrain, s’est permis de juger que « les premiers fautifs ce sont les joueurs, puisque c’est nous qui sommes sur le terrain. Mais il n’y a pas que nous et on n’est pas tout seuls dans ce naufrage ». Morgan Parra a lui constaté plus tard qu’« on ne travaille pas assez à l’entraînement des choses de haut niveau ». Des critiques à peine voilées qui mettent directement en cause le staff. Gaël Fickou en rajoute : « L’Angleterre ? C’était le bordel. Personne ne savait à quelle place il devait jouer. Nous étions perdus sur le terrain et on essayait de demander au banc ». Jacques Brunel est donc rapidement en train de se couper de ses joueurs, comme Marc Lièvremont l’a fait à l’automne 2011. Mais comme pour la moustache que le désormais commentateur sur Canal + ne portait que légère, le Gersois lui y va à fond. La génération de 2011 n’avait eu que quelques semaines d’autonomie. Le cru 2019 aura huit mois pour s’approprier le nouveau fonctionnement et en profiter complètement. Ils pourraient même ne l’inviter au stage de préparation à la Coupe du monde qu’en tant que cible ou ennemi pour le traditionnel exercice commando avec le GIGN. Coupés de l’influence néfaste d’un encadrement castrateur, les joueurs auront libre cours pour organiser le jeu qui leur convient, qui leur plaît et qui leur permettra de rouler sur le rugby mondial au Japon.
 
Haut les cœurs donc, le rugby français est sur le point d’enfin accéder au titre suprême. Les temps peuvent paraitre sombres, mais si vous tombez sur Jacques Brunel errant seul avec un pack de bières, cela sera bon signe. Ou alors simplement qu’il s’offre une cuite à la 8-6, il en a bien besoin.