Le Bouclier de Brennus volé à Clermont-Ferrand
par Copareos

  • 25 mai 2018
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Dans le système rugbystique, les vols de trophées sont considérés comme particulièrement monstrueux. A Clermont-Ferrand, les inspecteurs qui enquêtent sur ces crimes sont membres d’une unité d’élite, appelée Unité Spéciale pour les Trophées. Voici l’une de leurs histoires. (TIN TIN).

 

9h : Le Bouclier de Brennus a été dérobé la nuit dernière. Il se trouvait au sein de l’ASM Expérience, musée dédié à l’histoire du club auvergnat (dont nous vous conseillons la salle des trophées). Le vol a été notifié par le personnel de ménage, lors de sa prise de fonction. Les forces de l’ordre sont sur place.

 

9h15 : Selon nos sources, aucune trace d’effraction n’a été remarquée sur les entrées du musée, qui se trouve dans l’enceinte du stade Marcel-Michelin. Les meilleurs enquêteurs du Puy-de-Dôme (Michel, gendarme à la retraite & Martine, médium à Ambert) ont été dépêchés sur place pour aider les policiers.

 

Michel a profité de l’occasion pour remettre son bel uniforme.

 

9h27 : Déclaration de Michel : « L’gaillard connaissait bien les lieux vindieu. Il savait très bien c’qu’il faisait » (lire les déclarations de Michel en roulant les ‘r’, ndlr). Martine complète : « Je vois une femme souhaitant utiliser ce vol pour défendre une cause honorable« .

 

9h48 : D’après les premières analyses de la vidéo-surveillance, le suspect serait un homme d’une trentaine d’années, qui disposait d’un badge lui permettant d’accéder aux locaux du musée. On le voit prendre le Bouclier et le charger dans sa voiture, sur laquelle on voit clairement le logo du club. L’étau se resserre.

 

10h16 : Les forces de l’ordre ont identifié l’individu et obtenu son adresse. Ils partent désormais à sa recherche. Martine et Michel, surnommés les M&M’s, font également partie du voyage.

 

Martine a été élue meilleur voyante du Puy-de-Dôme en 2007, 2008 & 2009. Elle avait alors prédit le titre de l’ASM en fin de saison.

 

10h38 : L’individu a été localisé. Il se trouve à son domicile, où il est retranché.  Son identité n’a toujours pas été révélée, mais son adresse a elle été dévoilée. Nous nous rendons sur place.

 

11h20 : Michel fait le point devant la maison du suspect : « L’gars là s’trouve piégé comme un rat, il a fermé tous ses volets et tient un discours confus. Martine est en train d’essayer de le raisonner avec l’mégaphone et on réfléchit à tous les moyens qu’on peut mettre en œuvre pour éviter l’irréparable : la destruction du Bouclier que nos gars ont fièr’ment ramené l’an dernier« .

 

11h35 : Pour faire taire les rumeurs, les gendarmes ont décidé de donner le prénom du suspect : il s’agit d’un certain Morgan P., connu des services pour un histoire de poker il y a quelques années. Il avait alors été blanchi.

 

11h37 : Confidence de Michel devant la maison : « D’après nos recherches sur Google, ce Morgan P. pourrait correspondre à Morgan Parra, joueur emblématique de l’ASM« . L’enquête avance.

 

Ici une photo du suspect avec le Bouclier en question.

 

11h49 : Éric de Cromières, président de l’ASM, est arrivé sur place : « Morgan, fais pas le con. On va le récupérer l’an prochain c’est pas grave« . Et Morgan de répondre « Arrête Éric, tu sais bien que c’est pas vrai. C’est Montpellier qui va gagner, c’est Vern, qui nous a lâché, qui va le récupérer avec un autre club !« . La tension est palpable.

 

12h05 : Les M&M’s partent en pause déjeuner, ils ont repéré un petit restaurant traditionnel et prévoient de prendre une truffade pour deux.

 

12h29 : Michel reprend des frites. Martine lui prédit une crise cardiaque le 29 juin 2019.

 

12h51 : Conscient qu’il n’est plus écouté depuis presque une heure, Morgan P. menace de brûler le Bouclier. Les forces de l’ordre décident de faire appel à la seule personne pouvant éviter un tel drame. L’identité de cette personne n’a pas été révélée.

 

13h17 : C’est le capitaine de l’équipe de Chamalières 2015/2016 qui arrive alors sur place. Il a dans sa main ce qui ressemble à un paquet de 6 saucisses ainsi que 4 brochettes, toutes achetées chez Auchan. Son autre main une bouteille de Pic Saint-Loup 2009. Il se dirige immédiatement vers la porte d’entrée, qui lui est ouverte après qu’il se soit présenté. Michel, qui se préparait à faire une petite sieste digestive, arrive et s’exclame : « Mais pas lui nom de Dieu, vous êtes frappés ou quoi ?!« . Martine, elle, voit un homme qui aime les grillades.

 

13h35 : Vingt minutes plus tard, aucune fumée n’est perçue. Michel reprend les choses en main : « J’ai app’lé une bande de jeunes qui connaissent c’te maison mieux que personne vindieu. Z’allez voir c’que vous allez voir« .

 

13h57 : Cinq garçons d’une vingtaine d’années arrivent devant un public se demandant qui ils peuvent bien être. Michel prend la parole : « Ces p’tits gars connaissent l’endroit, ils étaient allés s’baigner dans la piscine après l’titre l’an dernier« . Des oreillettes leurs sont données afin de préparer l’opération. Notons qu’ils ont tenus à être nus pour retrouver leurs marques. Michel lance des regards gênants sur leur bite.

 

On est quand même plus proches de la section que de l’assaut.

 

14h05 : L’opération est un échec, les mecs se baignent et oublient totalement le but de leur mission. Il faut dire qu’il fait chaud. Leur rapport est sans équivoque : « Elle est bonne« .

 

14h16 : Face au manque d’efficacité de la stratégie de Michel, Martine reprend les choses en main. Une vision la pénètre et elle crie « IL FAUT APPELER LE SAUVEUR ! LE GUIDE CLERMONTOIS A LA TIGNASSE DOREE !« .

 

14h37 : Aurélien Rougerie arrive, escorté par deux voitures de police qui devaient l’aider à traverser la ville en dix minutes. Mais une séance de selfies avec les policiers a quelque peu retardé le convoi. A peine arrivé, Martine se jette sur le joueur : « Il faut lui parler, l’émouvoir, comme vous avez su le faire lors de votre dernier match. Je vous vois sauter dans les bras l’un et l’autre ».

 

14h49 : La discussion débute par une déclaration de Roro : « Morgan, tu vaux mieux que ça. Pense aux jeunes, à l’exemple que tu donnes, pense à ce club qui nous apporte tant, pense à moi, comme je t’aime ! ». Morgan réplique : « Je m’en branle de tout ça Aurélien. L’an dernier c’est moi qui nous l’ait fait gagner ce Bouclier. C’est moi qui suis allé gratter ce ballon dans le ruck sur la dernière action de la finale ». Roro se tend, vexé par la dernière déclaration de son ancien coéquipier. Il prend une grande inspiration, regarde les volcans alentours et prend sur lui : « Mais cette année, on s’est chié dessus. Tu le sais. C’est notre faute si on doit rendre le Bouclard ». Morgan craque et ouvre la porte d’entrée. Alors qu’on croit à un dénouement heureux, il se jette sur le jeune retraité avec un plaquage dont il a le secret. La vision de Martine se réalise. Puis il crie : « NOON ! C’EST VOUS QUI ETIEZ NULS ! SANS MOI ON SE DEPLACERAIT A MONT-DE-MARSAN LA SAISON PROCHAINE PUTAIN ! J’AI ETE BON TOUTE LA SAISON ET J’AI MÊME PAS PU JOUER AVEC BEAUXIS DANS LE TOURNOI ! ».

 

Morgan en pleine tentative de ippon.

 

14h59 : Voilà 10 minutes que Rougerie et Parra s’écharpent sous les yeux médusés de l’assistance. Quand soudain, Michel s’écrie : « Le Bouclier vindieu, faut aller l’récupérer nom d’un Saint-Nectaire ! ».  Les forces de l’ordre, trop occupées à prendre des vidéos, ne l’entendent pas. Michel prend les choses en main et fonce vers la porte d’entrée. Morgan profite d’une seconde de répit pour courir vers sa porte et s’enfermer à clé à temps. Michel regrette d’avoir repris des frites tout en vomissant sur le gazon.

 

15h52 : Remis de ses émotions, Rougerie avoue ne pas avoir reconnu Morgan. Michel s’essuie la bouche et se lance : « Nous sommes perdus Roro, guide-nous vers la solution. Dis-nous quoi faire ». Le grand blond lève les yeux au ciel : « Je sais. Je vais passer un coup de fil ». Les forces de l’ordre reprennent espoir.

 

16h02 : On demande à des voisins s’ils connaissent Morgan P. : « Morgan, il a toujours été gentil. Toujours bonjour quand on se croise, il m’avait même aidé à déménager ! Je ne comprends pas ». Un autre voisin a sa théorie : « Vous savez, de nos jours, tout le monde peut changer avec Internet. Il a sûrement dû aller sur un de ces sites de propagande, qui vantent le beau jeu du Racing. N’importe qui craquerait en voyant ça… ».

 

16h21 : Alors que nous sommes toujours sans nouvelles de l’interlocuteur mystérieux de Roro, une BMW série 5 noire arrive devant la maison. Un homme en sort et s’exclame : « Mesdames et Messieurs, je suis Julien Ory, un ami de Bernard Laporte. J’ai fait la route depuis Toulon aux frais de la FFR afin de vous annoncer son arrivée prochaine. Tenez bon, notre sauveur arrive ». Puis le messager repart sans explications. Sûrement pour se donner un genre.

 

16h32 : Laporte sort de la voiture : « Et bien, je remarque que nos amis de la LNR ne sont toujours pas là. J’imagine que M. Goze est à un buffet ». Michel écrit sur son calepin qu’il faut prévoir un buffet pour fêter la fin de l’enquête. Le président de la FFR poursuit : « Je vais donc m’occuper de cela personnellement, si vous le voulez bien ». Bernie se dirige vers la porte d’entrée et se désole devant la scène : les flaques de vomi lui attaquent l’odorat, les types à poil flânent dans la piscine pendant que le capitaine de Chamalières leur fait des grillades, les M&M’s font une belote avec les policiers. Puis il frappe à la porte : « Morgan, c’est moi. Laisse-moi entrer. Nous sommes des personnes intelligentes, on va trouver un terrain commun ». La porte s’ouvre, et tout le monde retient son souffle.

 

Question négociations avec des personnes retranchées, Bernard a appris des plus grands.

 

16h45 : Martine a gagné à la belote. Les autres l’accusent de tricher car elle est médium. Ils acceptent malgré tout de refaire une partie, mais lui ont pris ses lunettes.

 

16h58 : Alors que Bernie se trouve toujours dans la maison sans que personne ne sache ce qu’il s’y passe, on aperçoit un homme au loin à bout de souffle. Son cri résonne dans tout le lotissement : « ATTENDEZ-MOI ! ATTENDEZ-MOI ! ».

 

17h05 : Paul Goze a effectué les 200 mètres qui le séparait encore de la foule. Il s’apprête à parler, mais son corps lui demande d’attendre encore un peu.

 

17h17 : Paul Goze s’explique : « Je suis parti du siège de la LNR dès que j’ai entendu l’histoire. Mais la voiture est tombée en panne sur l’autoroute au beau milieu du Loiret ».  Il raconte alors avoir tenté de faire du stop, mais le peu d’automobilistes s’étant arrêtées n’avait pas de voiture assez grande pour lui. Il est finalement tombé sur une femme lui ayant permis de faire les 300 kilomètres restants alors qu’elle parait en direction d’Arcachon. « Sans cette Marielle, je serai certainement mort de soif sur la bande d’arrêt d’urgence. Il faut dire que le buffet à volonté de Courtepaille m’a bien asséché le gosier ».

 

17h29 : Goze a pris acte de la situation. Pris de court, il demande ce qu’il peut faire pour aider. « Va falloir défoncer la porte mon p’tit gars, c’est notre dernier espoir » annonce Michel. Martine demande aux forces de l’ordre de préparer le bélier, elle dit les voir réussir à traverser la porte.

 

17h34 : Huit policiers se saisissent de Paul Goze et se dirigent vers la porte d’entrée. Le président de la LNR n’avait pas vu ça venir et demande qu’on le lâche. Déterminés à en finir, parce que leurs heures supplémentaires ne sont pas payées, les policiers font fi de Goze.

 

Pour cette opération, les forces de l’ordre se sont inspirées de leurs homologues britanniques.

 

17h36 : Un premier coup de Paul Goze est donné à la porte d’entrée. Rien ne se passe.

 

17h37 : Un deuxième coup de Paul Goze est donné à la porte d’entrée. On soupçonne une commotion. L’équipe médicale est appelée pour statuer.

 

17h48 : Paul Goze est jugé apte à reprendre le jeu.

 

17h53 : Alors que les policiers s’élancent pour porter un troisième coup de Paul Goze à la porte de Morgan Parra, cette dernière s’ouvre. Après un crochet gauche salvateur, Bernard Laporte sort et annonce fièrement : « Le problème est réglé ! ».

 

17h55 : Bernard Laporte annonce la tenue d’une conférence de presse à 18h. Morgan Parra et le Bouclier sont toujours dans la maison.

 

18h : La conférence de presse débute : « Mesdames et Messieurs, grâce à ma présence et à mon sens des négociations, Morgan est prêt à rendre le Bouclier. J’ai demandé aux forces de l’ordre de ne pas procéder à l’arrestation du petit bonhomme, des coups de fils ont été passés et il ne risquera aucune poursuite ». Les journalistes réclament le Bouclier. Bernard Laporte fait la moue, puis se dirige vers la maison pour aller le chercher.

 

18h10 : Après dix minutes remplies d’inquiétude, le Bouclier sort, tenu par Morgan Parra. Le bois est fissuré, on aperçoit un gros impact au centre du trophée. Il est irrécupérable. La tension est à son comble. Des noms d’oiseaux commencent à fuser avant que Laporte ne fasse taire tout le monde : « Calmez-vous, ce n’est pas Morgan qui a fait ça ». Le demi de mêlée prend la parole : « Jamais je n’aurais osé abimer cette œuvre. Si je l’ai pris, c’est par amour, rien de plus ». Mais alors qu’est-il arrivé au Brennus ?

 

18h16 : C’est à l’arrivée de l’ambulance que l’assistance comprend. Paul Goze sort de la maison sur un brancard, la tête en sang. La dernière charge a évité la porte (d’entrée, et le président aussi), mais pas le Bouclier qui se trouvait derrière. Le président de la LNR est parvenu à faire ce qu’aucune troisième mi-temps post-titre n’avait réussi. La situation est cocasse.

 

18h24 : Une fois les secours partis, la conférence peut reprendre. Morgan Parra s’avance : « Je tiens d’abord à m’excuser pour les dommages occasionnés. Je m’engage à payer la confection du nouveau Bouclier de Brennus. De toute façon, mon niveau de vie va s’élever considérablement ». La foule se regarde, puis Laporte enchaîne : « J’ai en effet proposé à Morgan de signer à Montpellier, avec effet immédiat. Mon ami Mohed est ravi de pouvoir compter sur lui pour cette fin de saison. Et Morgan va pouvoir conserver ce beau trophée qu’est le Brennus ». Un journaliste ose : « Mais qu’est-ce qui vous garantit que Montpellier va être champion ? ». Avec un sourire en coin, Laporte conclut : « La conférence de presse est terminée. Merci pour votre attention ».

 

Voilà une scène que Morgan ne devrait plus revivre (parce qu’on voit pas qui pourrait perdre en finale contre le Stade Français).

 

18h35 : Médusées, les personnes sur place ne savent pas quoi dire. Même Martine ne l’avait pas vu venir. Laporte repart avec son convoi et Parra, en direction de Montpellier. Eric de Cromières récupère le Bouclier abîmé et rentre fissa au stade. Un silence pesant se fait sentir, avant que Michel ne le brise : « Bon, on va fêter ça dans un petit troquet ? J’ai une bonne envie de tapas vindieu ». Il se tourne vers la piscine : « Allez, mettez un slip les p’tits gars, c’est ma tournée ». Il n’en fallait pas plus pour que le lieu se vide. Les journalistes vont écrire, les policiers vont dormir, Rougerie va sauver le monde.

 

22h40 : Ludovic Radosavljevic arrive sur place : « Oooooh, y’a quelqu’un ? Roro ? J’ai vu ton message Roro, mais y’avait pas de réseau sur la route depuis Castres. Les gars ? Vous avez besoin de moi ? J’ai pris ma perche à selfie ! »