IL EST DE RETOUUUUR : Présentation de la saison de Top 14 2017/2018
par Copareos

  • 25 août 2017
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Il nous avait quitté place de Jaude, lorsque Morgan Parra avait extrait ce ballon d’un ruck toulonnais comme on arrache un cœur à vif. Avant de succomber dans nos bras fatigués d’une saison où nous avions dû beaucoup boire pour oublier ce que nous regardions, il avait prononcé les mots suivants : « Et moi pendant ce temps-là, je tournerai la manivelle ». Puis il s’était éteint lentement. Ainsi avait succombé le Top 14 version 2016-2017. Paul Goze, bouffon et roi, s’était alors approché et avait crié d’une voix rauque : « Le Top 14 est mort, vive le Top 14 ! ».

 

Plus de deux mois ont passé depuis cette scène. Le dernier supporter auvergnat fêtant le titre a été évacué de la place de Jaude à la fin du mois de juillet, délogé de la statue de Vercingétorix où il faisait une grève de la faim en réclamant le retour de Cotter en tant qu’adjoint de Franck Azéma. Le soleil nous a bien tapé sur le crâne, s’enfonçant dans celui-ci jusqu’à nous faire oublier à quel point on se fait chier devant un Brive – Castres. Nous voici donc à la fin du mois d’août, trépignant d’impatience à l’idée de nous émoustiller devant Le Meilleur Championnat du Monde. À nouveau, comme tous les ans. Mais au fait, qu’est-ce qui va nous faire vibrer, rigoler, peur, perdre du temps cette saison ?

 

On se souvient du sort réservé à ce supporter de l’ASM qui, dans l’euphorie générale, avait été oublié sur le cheval trônant place de Jaude en 2010.

 

Union Bordeaux-Bègles

Remplaçant d’un Raphaël Ibanez qui avait fait le tour de la question et des vignobles, Jacques Brunel compte enfin atteindre l’objectif sur lequel butent les Girondins depuis deux saisons : les phases finales. Une évidence pour celui qui a atteint le Top 6 de tous les Tournois qu’il a disputés avec le XV d’Italie. L’UBB régale les yeux des téléspectateurs avec un Baptiste Serin au top de sa forme. A coups de chisteras et autres fantasmagories, le demi de mêlée emmène son équipe à la quatrième place du championnat, après une victoire d’anthologie à Brive lors de la dernière journée, marquée par un quadruplé de Loann Goujon. Ce match va aussi être le décor de la blessure de Nans Ducuing, révélation d’une saison qui l’aura vu s’imposer au sein du XV de France. Pour le remplacer, Brunel fait appel à un joueur qu’il connaît bien en tant que joker médical : Luke McLean. L’arrière italien, qui n’est pas parvenu à s’imposer aux London Irish, cause la défaite des siens pour son premier match sous ses nouvelles couleurs lors du barrage face à Lyon, après avoir laissé échapper le ballon sous une bête chandelle sans pression dans ses 22 mètres. Jean-Marcellin Buttin, ancien arrière girondin, récupère le ballon et file vers l’en-but de l’UBB. Les supporters bordelais gardent un goût amer de cette saison prometteuse. Un goût qu’ils commencent à bien connaître.

 

Castres Olympique

En recrutant Ludovic Radosavljevic, le CO a envoyé un message fort à ses adversaires : ils n’en ont rien à foutre des fins de matches. La preuve avec ces défaites à la sirène à Pau, contre Toulouse ou encore à Toulon après, respectivement, une passe ratée, un coup de pied contré et un selfie en plein match de l’ancien Clermontois. Cette saison morne se termine à une neuvième place anonyme. On note tout de même de belles victoires à Montpellier ou face à Clermont, mais c’est tout. Rien de nouveau sous le soleil aveyronnais, si ce n’est le retour de la dizaine d’anciens Oyonnaxiens dans leurs grottes de l’Ain, afin de suivre le retour de Christophe Urios en terre des ours.

 

US Oyonnax

L’OVNI du rugby français produit du beau jeu, emmené par un Rory Grice montrant qu’il valait bien mieux que jouer à Grenoble. Le club squatte le haut du classement pendant plusieurs semaines, avant de subir un gros coup dur. Après une victoire 50 à 0 face au Racing 92 à Charles-Mathon, Jacky Lorenzetti décide de virer le duo Labit et Travers. Pour les remplacer, il veut faire revenir Adrien Buononato, devenu la nouvelle coqueluche des médias. Euphorique à l’idée d’humilier une deuxième fois Laurent Travers, l’ancien du Stade Français accepte immédiatement, et signe son contrat sur le comptoir de la buvette du club house qu’il n’a pas quitté durant la tirade du président du Racing pour le convaincre. C’est donc avec la gueule de bois et sans coach que les Rouge et Noir commencent 2018. Jamie Cudmore est promu entraîneur pour la fin de la saison et l’équipe termine à une huitième place plutôt satisfaisante au vu de leur objectif de début de saison, mais tout de même frustrante après une excellente phase aller. Cudmore permet tout de même à Oyo de décrocher un trophée puisque les Rouge et Noir sont champions de France de hockey-sur-glace après leur succès face à Briançon, dans le nouveau derby des Alpes. Pendant ce temps, Saint-Claude entame sa douce remontée en étant intégré directement en deuxième division, faute de club ayant les épaules assez larges financièrement pour atteindre ce niveau.

 

Souvenir de victoire à la patinoire Charles-Mathon. 

 

Racing 92

Malgré son nouveau stade tout nouveau tout beau, Jacky ne comprend pas pourquoi personne ne vient remplir les tribunes. Il a pourtant implanté sa U Arena aux portes de la plus grande ville de France. Même l’inauguration de la station de métro Lorenzetti, prolongement de la ligne 1 qui arrive sous le stade et qu’il a financé de sa poche, n’y fait rien. On compte cinquante spectateurs par rencontre, remplaçants, staff et Teddy Thomas compris. Les joueurs en perdent leur motivation et flirtent avec la zone de relégation. L’arrivée d’Adrien Buononato en cours de saison après l’éviction des Laurent leur redonne un peu d’air, mais ce n’est pas cette dixième place finale qui soulèvera les foules la saison suivante. Dan Carter fait alors ses valises et retourne à l’USAP, champion de Pro D2. Lors de sa présentation à la presse, il se justifie en disant que « comme le Top 14, ils m’ont reconquis ».

 

Lyon OU

Les Rhodaniens sont sans aucun doute la grosse surprise de la saison. Portés par un Yionel Beauxis qui devient enfin le Grandisse que le XV de France attendait, les Louveteaux occupent le haut de tableau durant toute la saison avant de terminer à une cinquième place honorable. Gerland a trouvé le Juninho du rugby et rugit à nouveau de plaisir. Pélissié retrouve un bon niveau et même Alexis Palisson fait de l’œil à Guy Novès, c’est dire. S’en suit une victoire en barrages au Matmut Atlantique, l’occasion pour les joueurs de se rendre compte qu’un stade peut porter le nom de cette compagnie d’assurances sans être fait en contreplaqué, et donc représenter un risque énorme pour ledit sponsor. Malgré l’engouement engendré par une demi-finale qui se joue à domicile, les Lyonnais s’inclinent face à des Montpelliérains plus forts mais terminent la saison le sourire aux lèvres, persuadés que l’année prochaine sera la bonne. Forcément, à force de dépouiller le voisin clermontois de ses trentenaires, c’est le genre de phrases qu’on finit par entendre.

 

Stade Français

Das Stade Français beginnt diese neue Jahreszeit im Zeichen der Disziplin und der Ordnung: Alkohol, Droge und Vergewaltigungen beendet. Stelle ins Spiel, wie sage Julien Lepers. Trotz eines angeschlagenen Wunsches verspotten die Pariser das Rugby wieder einmal und beenden im dreizehnten Platz der Einordnung. Sie werden also an der berühmten Sperre angesichts einer Mannschaft Pro D2 teilnehmen. Mangel an der Schale fällt eben der Biarritz Olympique ihnen darauf. Gonzalo Quesada lässt die Rageux verschweigen, die über ihre Abfahrt in den beruflichen Windungen des Rugbys spotteten und erhält die Rückkehr in der Elite der Basken, dem allem mit einer tadellosen Bräune. Das Große Deutschland ist ein Novuelle in den Pariser Erden gedemütigtes Mal und die Führer lassen das Stadium Jean Bouin explodieren. Max Guazzini nimmt die Zügel des Klubs auf den Werten wieder, die ihn in 2000 getragen haben: Alkohol und Mädchen werden der Klub beliefert werden, um ganzen extrasportlichen Kuddelmuddel, wie die Aufhängung eines Nachtschwärmers für ein Spiel zu vermeiden, wessen schon? Ah ja, Rugby.

 

Jules Plisson et le Stade Français pourront regretter leur préparation plus que légère sur les bords du Rhin.

 

ASM Clermont

Sur la lancée de son second titre de champion de France, l’ASM enchaîne d’abord les victoires, puis s’incline à domicile face aux Saracens en Champions Cup. S’en suivent quatre revers consécutifs, engendrant une pétition des supporters auvergnats nommée « Pour mettre dehors ces joueurs n’étant pas foutus de marquer l’histoire du club ». Vexés par ce manque de reconnaissance soudain et inexpliqué, les joueurs signent les uns après les autres dans les clubs concurrents. Cet épisode connait son apogée lors de la réception de Castres où, devant 5 000 spectateurs, Wesley Fofana brandit le contrat qu’il vient de signer avec Toulon pour célébrer un essai. Le joueur est remercié le lendemain, sacrifié au nom d’une réconciliation qui se fera au fil des mois. Après une sixième place obtenue de manière laborieuse, l’ASM est défaite à La Rochelle au cours d’une confrontation que tout le monde rêvait de voir un an auparavant. On assiste alors au meilleur match de ce cru 2017/2018, remporté par les Rochelais sur le score de 42 à 41. Une saison à oublier pour les Jaune et Bleu, également éliminés en quart de finale de coupe d’Europe. Ne voulant pas mettre un terme à sa carrière sur une mauvaise note, Aurélien Rougerie prolonge jusqu’en 2021.

 

SU Agen

De loin la saison la plus facile à pronostiquer. Sponsorisés par Otis, les Agenais perdent leurs onze premiers matches, sans glaner le moindre point de bonus. Les joueurs du SUA sont déjà tellement démoralisés que lors de la 11ème journée, alors qu’ils doivent se rendre à Clermont-Ferrand pour un match perdu d’avance, ils détournent leur bus pour se rendre à Aurillac, afin de faire croire qu’ils n’ont en fait jamais quitté la Pro D2. Pensant que la LNR a rétrogradé le club agenais dans la nuit mais que le télégramme n’est pas encore arrivé jusque dans le Cantal, les Aurillacois affrontent Agen comme si de rien n’était et mènent même 15-0 après un quart d’heure de jeu. C’est le moment que choisissent les joueurs de Grônoble pour apparaître au bord du terrain, retardés par leur GPS qui a tout fait tout pour ne pas se retrouver dans le fin fond de l’Auvergne. Hagards face à la scène à laquelle ils assistent, ils décident de prendre la route du stade Marcel-Michelin pour remplacer les Agenais au pied levé. Les opportunistes isérois battent les champions de France sur le score de 30 à 12 et convainquent la Ligue de les faire revenir en Top 14 pour avoir apporté en un match plus de spectacle qu’Agen ne l’a fait en vingt ans. Le FCG assure le maintien tandis que le SUA est relégué en Fédérale 1, avec pour objectif le retour en deuxième division dès la saison suivante.

 

CA Brive-Corrèze

Ayant perdu pas mal de joueurs pendant l’été, les Corréziens savent que cette nouvelle saison ne se passera pas forcément comme ils le voudraient. Après une défaite inaugurale face au Stade Rochelais, les Brivistes maintiennent tout de même un bon rythme et se hissent à la septième place à la fin de la phase aller. Mais pour célébrer la pénalité de la gagne face à Montpellier, Gaëtan Germain enlève son maillot pour montrer un t-shirt arborant une photo de François Hollande avec le message suivant : « Manu dégage, tu ne vaux pas mon Francky d’amour ». Un message politique lourdement sanctionné par la Ligue qui inflige dix matches de suspension au meilleur buteur du championnat. Malgré une courte réaction d’orgueil après ce coup du sort, les Brivistes s’enfoncent dans les abîmes du classement pour terminer la saison à une dernière place laissée vacante par Grônoble. Un retour en Pro D2 commenté par un tweet du Président de la République : « Un employé doit toujours se souvenir que s’il n’est pas chef d’entreprise, c’est qu’il y a une raison pour cela. #LoiTravail ».

 

A force de se prendre pour un président jupitérien, faut pas s’étonner que les Auvergnats s’agenouillent devant vous.

 

 

Racing Club Toulonnais

Avec Galthié et Ashton, le RCT continue de recruter les plus belles têtes à claques du rugby mondial. Et comme d’habitude, ça fonctionne. Présents dans le Top 6 tout au long de la saison, les Toulonnais terminent la phase régulière à la deuxième place du podium. Sûrs d’eux, les Varois profitent d’une semaine de vacances octroyée par Galthié pour qu’il puisse aller commenter les barrages de Top 14 sur Canal + en échange de quelques dizaines de milliers d’euros. Bastareaud se fait tatouer « Champion 2018 » sur la nuque, McAlister et Lakafia font des concours de pompes sur Instagram, et Toulon se fait péter par La Rochelle en demi-finale. Heureusement, la chaine cryptée demande à l’entraîneur varois de revenir dans la cabine de commentateurs pour la finale au Stade de France. Qu’importe la raison, pourvu qu’il ait la richesse.

 

Section Paloise

Sérieusement, on s’en fout de Pau, non ? Comment peut-on s’intéresser à une équipe dont la recrue star est Benson Stanley ? On sait très bien ce qu’il va se passer en plus, puisque c’est la même chose tous les ans. Ils font un bon match à domicile, puis un match de merde à l’extérieur, et ainsi de suite. Et pas besoin d’avoir la médaille Fields pour comprendre que quand on fait ça, on finit au milieu du tableau. Une septième place qui leur permet malgré tout de se qualifier pour la prochaine Champions Cup après un barrage face à Cardiff. L’occasion alors d’annoncer un recrutement stratosphérique avec la venue de Jonathan Wisniewski lors de la saison suivante, qui sort d’une saison sans jouer à Toulon, comme tous les ouvreurs l’ayant précédé sur la Rade. Ça vaut le coup d’avoir la plus grosse entreprise de France comme mécène hein ?

 

Stade Rochelais

Après avoir terminé la saison précédente dans les travées d’un stade Vélodrome qui était le seul à se réjouir de la qualification en finale de Toulon, les Rochelais reviennent revanchards et remettent les pendules à l’heure en occupant la première place du championnat durant toute la phase aller. Si Montpellier leur chipe ce statut de leader durant le mois de mars, profitant du fait que la plupart des Rochelais jouent avec le XV de France, les Maritimes terminent à la troisième place et battent l’ASM en barrages avant de retrouver le RCT en demi-finale. L’opportunité parfaite pour prendre une revanche tant attendue. C’est chose faite au terme d’une rencontre où l’on s’aperçoit que les Rochelais sont plus adaptés pour jouer face à l’équipe joueuse de Galthié que face aux vingt-deux bourrins croisés à Marseille au printemps dernier. Leur première finale de Top 14 s’achèvera malheureusement par une défaite logique, mais la saison sera sauvée par une victoire en Champions Cup face au Leinster, rien que ça.

 

Qu’est-ce qui est jaune et qui attend le Brennus ?

 

Montpellier Hérault Rugby

C’est un des invités les plus attendus de l’année. Le MHR a réussi à attirer Vern Cotter, Louis Picamoles, Aaron Cruden et une bonne dizaine de Sud-Africains, pour ne pas trop bousculer les habitudes. La saison commence en douceur, avec quelques victoires faciles mais aussi des défaites contre Toulon, pour la plus grande joie de Galthié, ou encore à Pau. Heureusement, Mohed Altrad, qui a donné son nom au club en janvier, a conclu un accord secret avec Bernard Laporte pour que le XV de France ne sélectionne pas les quelques JIFF montpelliérains. Le club profite alors de l’absence hivernale des internationaux adverses pour passer la seconde et prendre la tête du classement. En demi-finale, ils battent facilement Lyon avant de disposer du Stade Rochelais en finale, malgré le carton rouge infligé à Julien Bardy dès la troisième minute de jeu. Le Mohed Altrad Rugby tient le premier titre de sa très courte histoire, pour le grand bonheur du chef d’entreprise qui décide de racheter le World Rugby dans la foulée.

 

Stade Toulousain

Allégé d’un bon million d’euros de masse salariale après s’être débarrassé de nombreux quarantenaires, le Stade Toulousain se remet à rêver de jours meilleurs après une saison qui restera historique de par l’absence du Grand Stade (Toulousain, pas celui de la FFR) en phases finales. Le problème c’est qu’en face, les arrivées ne font pas non plus rêver. Ajoutez à ça une vieille ambiance générée par les saillies que s’envoient les anciens du club par presse interposée, et on arrive à tout sauf à du beau jeu. Une anonyme onzième place et une nouvelle crise éclate au bord de la Garonne. Guy Novès est appelé à la rescousse, mais fort de son Grand Chelem avec le XV de France, il sent le guet-apens et refuse.

 

Bon, avouons-le, cette dernière phrase va un peu trop loin. Retirons-la avant que vous ne croyiez que ce texte raconte n’importe quoi : on sait tous que le XV de France finira cinquième du Tournoi.