Retour sur France-Samoa (52-8)
par Le Stagiaire

  • 15 novembre 2016
  • 30

 

Le contexte :

 

Comme tous les ans l’automne débarque et provoque son lot de chutes habituelles : celle des feuilles, celle des cheveux de Julien Dupuy et celle du staff du RCT. L’automne, c’est aussi la période à laquelle la France héberge des étrangers venus de l’autre bout du monde pour jouer au rugby. Comme quoi, les réfugiés syriens et irakiens seraient mieux accueillis s’ils étaient capables d’aligner trois passes avec un ballon ovale. Ou au moins deux, quitte à devoir signer au Biarritz Olympique.

 

Bref, après une tournée d’été plutôt satisfaisante, les rugbymen français se sont octroyé une petite pause sans rugby, plus connue sous le nom de Top 14. Ils ont donc principalement passé leurs derniers mois à faire des petits tas, des en-avant, à signer des pré-contrats pour des transferts en 2019 et à expliquer qu’ils n’étaient pas dopés parce que LES VALEURS® VOYONS.

 

Mais les choses sérieuses reprennent avec la réception de trois équipes de l’hémisphère sud : les Manu Samoa, les Wallabies australiens et les All Blacks néo-zélandais. Une tournée d’autant plus importante qu’elle est le premier rendez-vous clé de l’ère Guy Novès. Après une année d’indulgence et de patience, les médias et le grand public attendent des résultats de la part du sélectionneur français et de ses joueurs. Surtout que le groupe a bénéficié d’une préparation plus longue qu’à l’habitude grâce à la nouvelle convention entre la FFR et la LNR. Le champion de la préparation reste tout de même Virimi Vakatawa qui n’a pas disputé de match officiel depuis les JO de Rio, ce qui lui a plutôt réussi nous allons le voir. Autant vous prévenir donc, quand Matanavou va débarquer à l’USAP après trois ans et demi de préparation, il faudra pas faire les étonnés si LES CATALANS soulèvent le bouclier à la fin de la saison (le bouclier de Fédérale 3 bien sûr).

 

La première rencontre de cette tournée opposait donc les Bleus aux Samoans, les « guerriers du Pacifique ». Pas les imbattables® All Blacks, les fantasques® Fidjiens, ni les rugueux® Tongiens. Les Samoans. Ceux qui sont un peu tout ça à la fois mais en moins bien. Enfin, à noter également un contexte un peu particulier pour ce match puisque cela faisait presque un an jour pour jour depuis les attentats de Paris. «Nous sommes à la veille de cette terrible date du 13 novembre 2015» déclara Matthieu Lartot qui semble donc bien bloqué dans le passé, ce dont on ne doutait plus vraiment compte tenu de son sens de l’humour.

 

 

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Le match :

 

Comme le veut la tradition, on assiste tout d’abord aux hymnes des deux équipes, interprétés pour l’occasion a capella par les militaires du XV du Pacifique. Pendant quelques secondes on aurait pu croire qu’on assistait à des polyphonies corses mais puisque personne ne sifflait l’hymne adverse, c’était peu probable. D’ailleurs, il faudrait que la fédération (ou le réalisateur) comprenne que la version a capella des hymnes pardonne moins quand la caméra passe devant les joueurs qui n’ont malheureusement pas tous le bel organe d’Omar Hasan. Merci donc de mettre des gros bruits de trompette pour masquer tout ça. Une sale journée pour la musique décidément, puisque quelques heures plus tard étaient organisés les NRJ Music Awards.

 

La traditionnelle cérémonie d’avant match se termine par le «Siva Tau», le Waka Waka samoan et par le coup d’envoi fictif du jeune Baptiste dont le jeu au pied n’a rien à envier à la plupart des joueurs du TFC.

 

Pendant les premières minutes de la rencontre, ce sont les Samoans qui mettent la main sur le ballon et assez vite, Virimi Vakatawa est sanctionné pour un contest illicite. Re-bienvenue dans le merveilleux monde du rugby à XV, Virimi. Attention, ici il ne suffit pas de courir d’un bout à l’autre du terrain pour gagner, il y a des règles à respecter quand même. Il ne s’agit pas de les comprendre (personne ne le fait), mais au moins d’essayer de faire semblant en levant les mains auprès de l’arbitre. Tu vas voir, ça va revenir vite.

 

Le buteur samoan prend les trois points (pour narguer Guy Novès) et marque avec l’aide du poteau (pour narguer Lady Di). Cueillis d’entrée par l’entame de match et quelques tampons adverses, les Français remettent petit à petit la main sur le ballon et Maxime Machenaud égalise.

 

Sur le renvoi, Vakatawa est bousculé en l’air par Paul Perez, qui rappelons-le, est à l’origine de la mode du #MannequinChallenge grâce à sa défense sur le dernier essai des Wasps à Ernest Wallon il y a trois semaines.

 

L’arbitre du match JP Doyle Doyle siffle une pénalité et remet au passage un Oscar à Vakatawa pour sa performance d’acteur sur l’action. Les Français se dégagent et après plusieurs beaux enchaînements, trouvent Vakatawa en bout de ligne. Bien décalé par Louis Picamoles (qui confirme qu’il est le centre français le plus régulier de ces dernières années), l’ailier place un appui dévastateur qui élimine deux adversaires et va aplatir derrière la ligne. Même France 2 a été pris de court par le crochet de Vakatawa, comme en témoigne l’image diffusée en direct qui reste bloquée sur le juge de touche et perd complètement de vue l’ailier français. L’occasion tout de même pour les téléspectateurs de revoir Craig Joubert (arbitre de touche de ce match), facilement reconnaissable à son maillot noir floqué au nom de Richie McCaw.

 

 

Les Français ne vont pas se satisfaire de ce bel essai et continuent de mettre la pression sur l’en-but adverse. Quelques minutes plus tard, Fofana est à deux doigts d’aplatir mais échappe le ballon en se retournant sur la ligne. Une action qui a dû bien faire marrer les fans du Leinster, mais moins les supporters clermontois. Heureusement, le centre auvergnat se rattrape juste après en subtilisant le ballon des mains de son adversaire sur un plaquage. Il sert Yoann Huget qui n’a plus qu’à courir une trentaine de mètres pour aller aplatir devant ses anciens supporters (NB : On nous signale qu’Huget joue en fait encore à Toulouse, ce qui n’était pas évident à savoir compte tenu de son début de saison).

 

Délivrés par ce bon début de match, les Français jouent tous les ballons et après une belle relance de 80 mètres, Fofana puis Lamerat déchirent la défense adverse pour envoyer Charles Ollivon à l’essai. On joue depuis 33 minutes et la France mène 23-3. Il faut admettre que cela faisait longtemps qu’on avait pas vu autant de jeu et de maîtrise de la part du XV de France. Les supporters ont du mal à réaliser et picolent pour fêter ça. Résultat : ils se mettent à chanter la Pena Baiona. On sent bien qu’ils ne sont pas loin d’enchaîner avec « Légende Racing Métro 92 » mais commémorer un attentat en en faisant un autre aurait fait mauvais genre.

 

Machenaud passe une dernière pénalité et l’arbitre siffle la mi-temps. Seule ombre au tableau pour l’instant : les blessures, avec notamment deux changements définitifs : Kevin Goujon et Jefferson Poirot. Bref, plus de légume et plus de poisson, ça sent la double ration de frites au retour des vestiaires.

 

Malgré tout, à l’image de l’entame de la première période, ce sont les Samoans qui mettent la main sur le ballon après la pause. À la suite d’une belle action, Lee Lo raffute Atonio et marque. De nombreux supporters sont victimes de flashbacks et revoient en boucle le raffut de Carter sur Papé pendant le dernier quart de finale de la coupe du Monde. Traumatisés, ils sont évacués par les pompiers.

 

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Locataire depuis 4 mois à Marcoussis , Virimi retrouve des bonheurs simples, comme voir des gens.

 

Globalement, les Français peinent à retrouver le rythme de leur première période et se mettent à la faute plusieurs fois. On profite d’ailleurs de ces moments pour savourer les échanges entre l’arbitre et les joueurs et pour se délecter des explications en français de Mr Doyle, dont les structures grammaticales ne sont pas sans nous rappeler les tweets des fanzouzes sur Twitter (en moins pire quand même).

 

La suite ne va pas aller en s’arrangeant pour les Français avec la sortie sur blessure de François Trinh Duc, nouvelle preuve s’il en fallait une, que l’artisanat asiatique c’est pas bien solide. Ceci dit, les choses ne vont pas non plus aller en s’arrangeant pour les Samoans puisque pour le remplacer, le staff français fait rentrer Jean-Marc Doussain, le seul mec qui aurait été capable de mettre un tampon à Brian Lima. Soudainement, la peur change de camp.

 

Quelques instants plus tard, sur une action française, Virimi Vakatawa tape à suivre et est bousculé. Tel un Bryan Habana des grands jours, il s’écroule et obtient la pénalité. Comme quoi, tout le monde nous fait croire qu’il en branle pas une depuis les JO alors qu’en fait il est évident qu’il s’est juste inscrit dans une fac de cinéma à la rentrée. Ce qui le place, sur l’échelle de l’activité humaine, juste au dessus de Vincent Lambert et juste en dessous de ceux qui ne foutent vraiment rien.

 

À noter également à la suite de cette action, la sortie de Guilhem Guirado et la rentrée de Camille Chat, qui comme d’habitude était en fait déjà rentré plus tôt pendant le match, le temps que le capitaine français passe un protocole commotion. On avait jamais vu quelque chose faire autant de va-et-vient en si peu de temps depuis la bite de Byron Kelleher pendant ses années à Toulouse. Autant dire que si on comptait une nouvelle sélection à chaque fois qu’un joueur rentre sur le terrain pour en remplacer un autre, Camille Chat gagnerait 3 sélections par match et serait le joueur le plus capé du XV de France.

 

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« Wesley, t’es sûr que tu vas bien?  Tu viens de faire une passe après contact et après t’as hurlé CETTE ANNÉE C’EST LA BONNE ! »

 

Bref, peu à peu les Français reprennent le contrôle du match et malgré les nombreux blessés, continuent de jouer. Ça ne tarde pas à payer avec un essai de Fickou puis un essai de Vakatawa sur une très belle combinaison en première main. L’occasion de saluer Patrice Lagisquet qui a décidé de prendre du recul avec le rugby professionnel pour aller entraîner à son niveau : en honneur.

 

La fin de match est plutôt animée, notamment grâce à Mulipola qui décide d’aller gratuitement décapiter Loann Gourdon au bord d’un ruck. À croire qu’être coiffé comme Louis XVI donne des idées au pilier de Leicester. Le Rochelais mettra quelques instants à s’en remettre puis se fera à nouveau assommer sur l’action suivante, l’obligeant cette fois à sortir pour de bon.

 

Malgré cette cascade de blessés, les Français continuent à jouer jusqu’au bout et concluent la partie avec un essai de De Pénalité devant son ancien public, puis un troisième essai du Talent d’or Virimi Vakatawa qui s’impose définitivement comme le Teddy Thomas Blanc de cette équipe. Score final : 52-8. Pour la France en plus !

 

Les joueurs :

 

Dans l’ensemble, très belle performance de la ligne de trois-quarts. Huget a été le plus discret même s’il a délivré l’action du match avec cette superbe air-montée défensive. Comme quoi même à court de rythme, sur ses points forts il reste imbattable. À son actif également, un ou deux beaux tampons, il faut le souligner.

 

 

« I haaaad the time of my liiiii-MERDE »

 

Sur l’aile opposée, Vakatawa a été mieux servi et s’est montré décisif. Trois essais au compteur et donc un trophée Talent d’or à venir pour au moins les cinq prochains matchs. Pour compléter le triangle du fond du terrain, Spedding s’est montré à l’aise et tranchant. Quelques beaux offloads et un bon timing sur les attaques placées également, même si le moment du match où il reste le plus intense et en rythme restera toujours la Marseillaise.

 

Au centre le duo Lamerat et Fofana a parfaitement fonctionné, même s’il est encore un peu tôt pour dire si leur alignement ensemble en club y joue pour beaucoup. À noter qu’en plus Fofana fait maintenant des passes, ce qui parachève cette année 2016 complètement WTF qui a vu le Racing gagner un titre et Donald Trump être élu maître du monde (derrière Lionel Beauxis).

 

La charnière a également été à son avantage. Malheureusement la cruauté du destin a rattrapé l’équipe de France. En effet, il est scientifiquement établi que la charnière du XV de France doit être renouvelée tous les deux matchs grand maximum et que François Trinh Duc doit faire un come back en Équipe de France tous les neufs mois environ. Il n’y avait donc rien à faire pour empêcher la blessure du numéro 10 français, qui par la même occasion ouvre grand la porte à un retour triomphal de Lionel Beauxis contre les Blacks dans 15 jours.

 

Enfin, pas grand chose à dire de la performance du huit de devant, tant il a dominé son adversaire dans les rucks et sur les phases de conquête. Mention spéciale à la troisième ligne qui s’est baladée. Il serait temps de comprendre qu’il nous suffit d’aligner que des numéros 8 et que des numéros 9 en équipe de France pour être champions du Monde.

 

 

Conclusion :

 

40 minutes à faire la fête puis 40 minutes à compter les blessés. On ne va pas se mentir, ce match était un bel hommage aux victimes du Bataclan et des attentats de Paris. Le XV de France nous a offert une partie maîtrisée comme rarement ces dernières années. Des essais, du jeu, des initiatives, le seul mystère est de savoir si ce renouveau est dû au travail du nouveau staff, ou juste à la semaine de préparation supplémentaire. Difficile aussi de tirer des conclusions hâtives, l’adversaire du jour restait relativement faible (je ne dis pas ça parce qu’un joueur de l’USAP était titulaire mais parce qu’un joueur de l’USAP ET deux joueur du Stade Français étaient titulaires). Il va donc vite falloir confirmer face à des adversaires plus coriaces. Les deux prochains matchs tombent plutôt bien pour ça, non ?

 

 

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Le match résumé en une image