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Quand le retour des Jedi ressemble à un match du Vendredi
par Marcel Caumixe

  • 31 décembre 2015
  • 7

Par Marcel Caumixe, avec des illustrations de Greub, qui n’ont pas grand chose à voir avec le texte, mais qui sont très classe et de toutes façons vous lisez jamais.

 

C’est très facile de critiquer quand on a jamais joué, et pour ce qui est du rugby on nous le reproche assez souvent. Par contre pour le ciné, c’est socialement mieux admis de critiquer sans avoir jamais joué. Certes pas autant que pour la SNCF, la poste ou la politique, contre lesquels on sait que les torrents de merde sont rarement déversés par la bouche de quiconque ayant jamais délivré une lettre, conduit un train ou exercé un mandat, mais quand même. Toujours à la recherche d’un truc facile à faire derrière un écran, la Boucherie critique donc Star Wars.

 

-Fond galactique, gros logo en jaune, la section cuivre fait péter un gros si bémol majeur-

 

Voici le grand retour, aussi attendu que celui de l’USAP en Top14 ou d’un brennus à Clermont : Star Wars revient pour tenter non pas le doublé mais le triplé. Une trilogie de plus à ajouter à la saga originale. Après les trois premiers épisodes qui en fait sont ceux du milieux, les trois du milieu, qui en fait sont les premiers, et accessoirement de belles merdes, voici le premier des trois derniers épisodes qui sont effectivement chronologiquement les derniers, une fois n’est pas coutume. Mais toi qui lis, tu sais déjà cela sauf si tu es Catalan à la Boucherie.

 

« Falut ! F’est FN deux mille fent quatre vingt fept ! »

 

Aux commandes, JJ Abrams, tâcheron intergalactique à qui on doit des séries TV aussi oubliables que Alias et frustrantes que Lost, ou encore les reboots « tellement respectueux » de Star Trek. L’attente est grande. Le geek est émoustillé dans son conformisme infantile et réprime la névrose mortifère qui sans ça le pousserait à posséder la collection complète du merchandizing qui inonde nos magasins à l’approche de Noël. On ne m’enlèvera pas de l’esprit que de voir des foules adultes se bousculant pour posséder des jouets est un signe de l’apocalypse, alors que des foules adultes se bousculant pour voir des gens jouer au ballon est un comportement tout à fait sain.

Mais revenons au film, et tentons de ne pas le spoiler. Comme nous verrons plus tard, il y a “Spoiler” et “Spoiler”. Il y a des spoilers du genre « Le CO va gagner le titre en 2013 » qui vous scient, et par là même, vous gâchent un peu le suspense de la saison, et il y a des spoilers du genre « Clermont n’aura aucun titre cette année ». Ces derniers sont au mieux largement éventés avant le premier match de l’année, au pire se heurtent à l’indifférence polie de ceux qui n’en ont cure.

Vous l’aurez compris il n’y a de spoilers que ce qu’on ne voit pas venir, ou ceux qui divulguent un point du scénario dont on n’a pas rien à foutre. Mais bon, essayons malgré tout d’épargner le lectorat (oui, vous trois) et tentons de procéder par métaphore.

Alors voilà. Ce film c’est un peu comme le Stade Toulousain. Tu vas aux match dans l’espoir de voir quelque chose du niveau du Grand Stade Toulousain. Mais Guy Novès a filé la Franchise à un petit jeune. Baigné dans la mythologie du club, il mitonne un style de jeu très respectueux de la tradition toulousaine. Il fait même revenir des vieux, genre Vincent Clerc, quitte à lui donner un rôle majeur pour exciter les fans et tenter de prolonger la magie. Mais même si on voit de l’action plaisamment orchestrée, c’est stérile. On ne s’attache à rien, et malgré d’impressionnants efforts dans l’art de la copie, celle-ci ne remplace pas la folie de l’original.

 

« Thierry Dusautoir est Obi-Wan Kenobi LOL PTDR © Rugbynistère »

 

Dans l’histoire de ce film, l’Empire, c’est un peu comme l’équipe de France. On te met un gros truc destructeur au centre. Liebenberg par exemple. On a jamais vu ça, c’est énorme, redoutable. Tout le monde en a peur, et il a un gros laser qui détruit des planètes. Mais a la fin l’équipe en face trouve la faille, passe à travers, et il se fait bousiller. Ensuite pour une raison qui échappe un peu à tout le monde, l’Empire se dit que le gros truc au centre du film, ça n’a pas si mal marché quand même. « Tiens, dit l’ingénieur en chef, et si on refaisait tout pareil, mais en plus gros? Clairement la fois précédente on s’est fait détruire par un trou de souris, donc le problème doit être le suivant: on n’a pas fait assez gros ». Alors l’Empire met encore plus costaud : Fritz. Et à la fin, devinez quoi, il se fait bousiller tout pareil que le précédent. Ensuite, dans une persévérance qui marque le respect autant qu’elle confine à la connerie, l’Empire appelle Bastareaud. ENCORE plus gros. Mais toi qui as vu les épisodes précédents, et à moins que tu ne sois amnésique, tu sais qu’il va se faire bousiller, et tu sais comment.

Ce film c’est un peu comme le rugby français. Quand il y a un premier rôle qui monte, tu as une chance sur deux que ce soit le gosse d’un des héros précédents. « Je suis ton père, Alexandre ». Les Jedi issus de la formation française (les Jiff), eux, sont sacrifiés sauvagement et remplacés par une armée de clones de Jango Lomu ou d’enfants enlevés à leur fédé, tous issus de l’hémisphère sud. Alors du coup, ceux qui restent, c’est les vieilles lignées historiques. Parce que forcément ils ont des contacts haut placés chez les sénateurs.

 

Est-il réellement nécessaire de légender une telle image ?

 

JJ Abrams c’est un peu Jacques Verdier. Son style pompier convient bien aux périodiques, mais sur une œuvre de plus grande échelle, ça manque de souffle et on voit vite les fils blancs dont c’est cousu (les fameux sept fils du père Abrams). Et puis on sent qu’il a tellement passé de temps à mater des vieilles VHS de matchs des années 80 que tout ce dont il est capable c’est de regarder le rétroviseur, faire des hommages appuyés voire lourdingues à Codorniou, au détriment de toute envie de raconter quelque chose d’un tant soit peu original ou surprenant.

Moi devant Star Wars, c’est un peu moi devant le Top14. On me ressasse que c’est le meilleur championnat du monde, mais je vois du jeu sans originalité ni tension scenaristique, des matchs où l’argent et les moyens investis te crèvent les yeux, où l’on rend hommage aux valeurs ancestrales, mais je ne peux m’empêcher de me dire quand le coup de sifflet final résonne « ils se seraient pas un peu foutus de ma gueule ? ».

 

« On m’appelle l’Empireur Psalpsatine »