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Post Coitum, même le coq est triste
par La Boucherie

  • 20 octobre 2015
  • 69

Par Vern Dublogue,
 

Je suis un peu triste ce matin.

Non pas pour le rugby : il y a tout de même une justice, et il aurait été particulièrement injuste, quoique très jouissif, de voir une équipe de France qui nous ennuie depuis plus de quatre ans maintenant l’emporter sur une équipe qui nous régale sans discontinuer depuis plusieurs générations. 

Il faut rendre aux Blacks ce qui est au Blacks : ils n’ont ni le french flair ni la french chatte, parce qu’ils n’en ont pas besoin. C’est une équipe qui ne surprend jamais, sinon dans la défaite. A tel point qu’on pourrait dire, pour parodier Jean-Pierre Rives, qu’on ne bat jamais les Blacks : quelquefois, ils perdent.

Mais ils ont une qualité qui me paraît trop mésestimée et qui devrait forcer notre admiration. Qualité qui devrait nous réconcilier avec notre romantisme français, qui n’est d’ailleurs qu’un paravent pour masquer notre inconstance. Pour les Blacks en effet, gagner sans la manière ne compte pas. Avec cette touche de modernité en plus qui leur permet d’allier, désormais, l’efficacité à cet esprit quasi-chevaleresque, plutôt revigorant dans ce monde productiviste.

Non, ce matin je suis triste pour Philippe Saint-André.

Pas pour le sélectionneur. Il ne laisse pas le rugby français dans un état plus catastrophique que ses prédécesseurs, mais ses choix de joueurs, au-delà des choix de jeu, sont très discutables et les résultats ne sont pas là pour les justifier. Sans parler de sa communication particulièrement lénifiante et son obsession du « très haut niveau » prononcé avec une voix chevrotante qui rendrait impuissant un priapique sous viagra.

Non, triste pour l’homme. Un joueur emblématique, qui a participé aux riches heures du XV de France et de l’ASM, qui représente une certaine idée du rugby et de la vie, faite de générosité et d’hédonisme, et qui est (fut?) un vrai meneur d’hommes. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que ce mec, pourtant aimé et reconnu de ses pairs, termine aussi minablement son mandat, avec le pire bilan de l’ère moderne ?

Un bilan qui va certainement déchaîner les passions du petit monde de l’Ovalie. On va nous parler de la formation. Cette formation qui parvient pourtant à nous sortir très régulièrement des Picamoles, des Jedraziak, des Plisson, des Taofifenua ou des Fofana… On va nous parler du Top 14, justement, de son jeu restrictif. Pourtant quelle meilleure préparation aux matches à enjeux que cette compétition ? Et ses deux derniers finalistes ne sont pas notoirement les représentants d’un jeu fermé… On va nous parler des clubs et du calendrier : et ce n’est certainement pas un hasard si les deux nations qui ont le rugby de clubs le plus fort sont sorties par la petite porte. Aujourd’hui, il semble que la seule solution viable pour sortir de cette anémie chronique réside dans un aménagement drastique du calendrier. Aménagement, qui, à n’en pas douter, se fera au détriment des « plus petits » et du rugby de clocher qui est constitutif de notre identité. Sommes-nous prêt à y renoncer ? Trouvera-t-on un équilibre et un consensus viables entre remplissage des stades et protection des joueurs ?

La France a, semble-t-il, besoin de catastrophe pour forcer son destin : on est en droit d’espérer sur ce qui suivra ce juin 40 du rugby français. 

A titre personnel, je vais me garder de donner des conseils à Guy Novès. Non seulement parce qu’il connaît mieux son affaire que n’importe qui, mais surtout parce que je n’y connais rien. Et j’engage tout le monde à en faire autant : consacrez-vous au jardinage, à la littérature, à des œuvres caritatives, même à la politique : vous rendrez un bien meilleur service à la société et au débat public.

En revanche, cher Maître Guy, je me permets de t’adresser une supplique ; elle vient d’un vrai amateur qui ne va plus au Stade de France parce qu’il en a marre de payer (relativement cher) pour se peler de froid et surtout se faire chier des après-midi ou des soirs d’automne et d’hiver. Un amateur qui préfère désormais supporter les insupportables Matthieu Lartot et les super-loupes plutôt que d’aller soutenir son équipe. Maître Guy, s’il te plaît : gagner ou perdre importe peu. Redonne-nous simplement le plaisir de voir jouer nos Coqs, et fais en sorte que dans quatre ans, si Dieu nous prête vie, on ne se lève pas aux aurores pour assister à nouveau au triste spectacle de ces dernières semaines.