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France – All Blacks : les scénarios de l’impossible…
par Le Stagiaire

  • 17 octobre 2015
  • 14

Par Le Stagiaire,

 

Aucune chance pour qu’il n’arrive une des choses décrites ci-dessous durant le match de ce soir. Sauf les passages où les All-Blacks gagnent peut-être.

 

Scénario #1 : 

Au dernier moment, le Président de la République française, François Hollande, décide de libérer un peu de temps dans son agenda pour se rendre à Cardiff encourager les Bleus. Après tout, Nicolas Sarkozy a assisté à la victoire lors du quart de finale de 2007 dans ce même stade et la côte de popularité du Chef de l’état ne pâtirait sans doute pas d’une petite victoire héroïque.

Et, surprise, au moment où François Hollande s’assoit à son siège en tribune officielle, des trombes d’eau se mettent à déferler sur la pelouse. Panique générale chez les organisateurs qui avaient pourtant promis de fermer le toit du Millenium. Mais après de longues minutes de vérification et des accusations à l’emporte-pièce sur tous les stagiaires à proximité, ils doivent se rendre à l’évidence : le toit est bel et bien fermé et personne ne sait expliquer l’origine de l’averse.

Après quinze minutes de flottement, Nigel Owens prend donc la décision de démarrer le match malgré tout. Pendant les deux heures qui suivent, la pluie ne faiblit pas un seul instant. Le match se transforme en guerre des tranchées. A partir de la trentième minute, il devient quasiment impossible de distinguer à quelle équipe appartiennent les joueurs, les maillots de ces derniers étant de toute façon couverts de trois centimètres de boue. Les joueurs sont incapables d’aligner trois passes de suite, ce qui handicape surtout les All Blacks, les Français n’ayant de toute façon pas prévu d’en faire plus de deux d’affilée. Le match est donc un enchaînement de mêlées et de chandelles ; petit jeu qui voit les Français sortir vainqueurs sur le score de 3-0 grâce à un drop de Kockott à la 79ème minute. 

 

Scénario #2 : 

Nous sommes en fin d’après-midi quand les Français s’apprêtent à quitter leur hôtel pour rejoindre le Millenium de Cardiff. C’est alors que le téléphone de la réception sonne et qu’un appel anonyme profère des menaces d’attentat contre le XV de France si ces derniers quittent l’hôtel. L’information est prise très au sérieux par les services de sécurité et les joueurs sont renvoyés dans leurs chambres. Le bus est inspecté de fond en comble et toutes les rues alentour sont bouclées. 

L’heure tourne et les services de police annoncent à la FFR qu’il sera impossible de libérer les joueurs pour 21h. De son côté, le World Rugby refuse de reporter le match, avançant les conséquences économiques désastreuses d’une telle décision à quelques heures seulement du coup d’envoi. Une dérogation est néanmoins accordée pour que la Fédération puisse envoyer 23 autres joueurs français disputer le match. Dans l’urgence, une équipe est constituée et s’envole pour le pays de Galles. Elle est intégralement composée de joueurs d’expérience, qui doivent être « mentalement prêts à partir au combat et à répondre au défi physique des Blacks », selon la consigne de la Fédération. Certains joueurs sont aussi appelés pour leur expérience de ce genre de matchs. C’est ainsi qu’Imanol Harinordoquy, David Marty et Lionel Beauxis pénètrent sur la pelouse à 20h55, le tout sous la houlette de Dimitri Yachvili qui prend place sur le banc. 

Après trois cartons rouges, 6 blessés dans le camp adverse (dont McCaw sorti sur civière après sa première rencontre avec Arnaud Méla dans un ruck) et plus de 70 minutes à faire jeu égal (NDLR : le mot jeu n’étant peut-être pas le plus adapté à la physionomie du match), les Français craquent sur le douzième offload de Sonny Bill Williams et s’inclinent 19-12.

 

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Dream Team > Dim Team

 

Scénario #3 : 

Conformément au plan élaboré quatre ans plus tôt dans le cerveau diabolique de PSA, ce samedi 17 octobre, c’est le grand soir : le soir où la France assassine officiellement le rugby, prenant son ultime revanche sur les Anglais qui avaient eu la bonne idée de l’inventer. Après une trentaine de minutes à faire des petits tas et refuser toute forme de jeu, tout le monde s’emmerde profondément. Surtout Nigel Owens qui se retrouve au milieu de tout ça et qui n’avait rien demandé. Par le biais de son oreillette, les plus hautes instances du rugby mondial se débrouillent même pour lui ordonner de prendre les décisions qu’il faudra pour relancer l’intérêt de la rencontre. L’arbitre hésite brièvement à exclure la moitié des Français pour « antijeu » afin de laisser place à une rencontre de rugby à sept. Quand une idée brillante lui traverse l’esprit…

Jamais avare d’un bon mot sur les réseaux sociaux et envisageant de se reconvertir en community manager pour un compte rugby à la fin de sa carrière (ça reste le meilleur moyen d’avoir des places gratis pour tous les matchs), Nigel Owens profite de la mi-temps pour prendre son smartphone et lancer un jeu sur Twitter. Lassé de devoir arbitrer un match aussi pénible et en plus, de se faire insulter par les supporters des deux pays qui crient chacun au complot, Nigel décide de stopper le cours du match sur chaque action litigieuse et de laisser les Twittos décider de ce qu’il doit siffler. C’est ainsi qu’à la cinquantième minute, après une deuxième mêlée écroulée par les All-Blacks sur la ligne médiane, les supporters français réussissent à obtenir un essai de pénalité.  Quelques minutes plus tard, les supporters néo-zélandais (bien aidés par toute la communauté anglaise) votent une pénalité face aux poteaux après un énième plaquage appuyé de Dusautoir. Inquiets de devoir affronter les Blacks en demie, c’est ensuite les supporters sud-africains qui aident les Bleus et permettent de faire accorder un drop à Rémi Talès, bien qu’il semblait pourtant clairement finir en touche. À quelques minutes du coup de sifflet final, les Bleus mènent d’un point et alors que Richie Mc Caw réussit à subtiliser un nouveau ballon dans un ruck, la coalition de tous les supporters de rugby (toutes sélections – sauf Néo-Zélandaise – confondues) permet d’accomplir ce qui restera comme l’un des événements les plus marquants du mondial : la sanction d’une faute et l’exclusion du capitaine All-Black pour une position de hors-jeu. Dépités par ce dernier coup dur, les Néo-Zélandais baissent les bras et encaissent même un nouvel essai de Thierry Dusautoir en fin de match. Et cette fois, sans même l’aide des supporters. 

 

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« Désolé mais les Twittos sont formels, vous êtes remplacé par David Marty »

 

Scénario #4 :

Tout au long de la semaine et malgré ce qu’ils ont pu déclarer en conférence de presse, les Bleus n’ont parlé que de ça. Pas du plan de jeu bien sûr. Ça, ça fait longtemps que tout le monde s’est résigné. Non. De la réponse à faire au Haka. Quand soudain, vendredi, alors qu’aucune idée n’a fait l’unanimité, un éclair de génie. « PICA SELFIE ». Hein ? « PICA PHOTO AVEC COPAINGS ». Quoi ? 

Après trois minutes à essayer de comprendre ce que Louis Picamoles essaie de dire, ses coéquipiers percutent (KOM PICA). Et, de l’avis de tous, c’est la meilleure idée du monde. Il est donc acté que le lendemain, au moment où les Blacks débuteront leur Haka, les Bleus se regrouperont au centre du terrain et prendront une photo tous ensemble avec le Haka en fond. Rien de tel pour démystifier la danse adverse, les déstabiliser et obtenir des likes sur Instagram. 

Mais, vent de panique dans les vestiaires quelques minutes avant d’entrer sur le terrain : personne n’a pris sa perche à selfie. Qui pour sauver les Bleus ? Renaud Lavillenie ? Il lui faudrait au moins trois jours pour arriver à Cardiff depuis Clermont. Dont deux pour quitter Clermont. « Je connais bien quelqu’un… finit par suggérer Tillous-Borde. Mais il est à Londres en ce moment. Cela dit… il est très rapide ». Aussitôt dit, aussitôt fait, un coup de fil est passé et moins de quinze minutes plus tard, Bryan Habana débarque avec un grand sourire et sa perche à selfie dans la main. 

Au moment fatidique, les Bleus mettent leur plan à exécution. Ils se regroupent et se serrent, tournent le dos aux All-Blacks qui paradent derrière et arborent tous leur plus beau sourire pour la photo. Ils profitent ensuite de la minute de pub pour la publier partout sur les réseaux sociaux. Exaspérés de s’être encore faits voler la vedette par ces putain de Frenchies, les Blacks se vengent pendant les 80 minutes suivantes. Mais peu importe, le lendemain, c’est le selfie qui fait la une de tous les journaux, pas la photo du tableau d’affichage (qui révélera pourtant les quarante points d’écart entre les deux formations). Et en 2019, lors du nouvel affrontement entre les deux équipes, tout le monde ne parlera à nouveau que de ça. « Qu’est-ce que ces diables de Français vont bien pouvoir encore inventer ? ». Et entre nous, ça arrangera bien Guy Novès qui n’aura pas du tout envie d’expliquer comment son équipe a pu perdre contre le Japon en match de poule une semaine plus tôt.