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Pierre Villegueux revient sur Irlande – France
par Pierre Villegueux

  • 13 octobre 2015
  • 39

Par Pierre Villegueux,

 

Lundi matin, au lendemain d’une défaite contre l’Irlande n’ayant même pas réussi à me donner une gueule de bois correcte, j’ai reçu un SMS en provenance de l’Iphone 5 en or 24 carats de ce scélérat d’Ovale Masqué. Sans doute vautré dans un hamac sur une quelconque île paradisiaque dont il ne reviendra jamais, l’auto-proclamé Chef de la Boucherie Ovalie m’a demandé de venir à sa rescousse pour faire ce qu’il ne veut plus faire depuis qu’il a fait fortune en vendant des milliers d’exemplaires du #MeilleurCaleTableDuMonde : écrire un article sur ce putain de site.

Comme une ex opportuniste qui vient t’offrir un café en espérant pouvoir tirer un coup en souvenir du bon vieux temps, il a tenté de me prendre par les sentiments, de flatter mon ego en me faisant croire que les lecteurs du site me réclamaient (me faire croire qu’il y a des lecteurs tout court étant déjà un premier mensonge). « Pierre, tu es indispensable en cette période de Coupe du monde. Tu es notre French Flair à nous. Tout le monde croit que tu es mort, et boum, tous les 4 ans, tu reviens pour remettre tout le monde à sa place ! »

Alors non, je ne suis pas mort. Pour le French Flair par contre j’en suis moins sûr, mais l’avantage c’est qu’on devrait avoir une réponse définitive samedi prochain, tous les ingrédients habituels – indigence collective extrême, adversaires beaucoup trop forts, médias beaucoup trop méchants – étant réunis pour l’invoquer.

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Extrait du #MeilleurCaleTableDuMonde (ne l’achetez pas, je touche pas un centime dessus)

 

Pour tout vous dire, si je n’écris plus par ici depuis un moment, c’est parce que je partais du principe que quand on est vieux, aigri et qu’on répète toujours la même chose en boucle depuis des années, la meilleure chose à faire est encore de fermer sa gueule. Après tout, le monde n’a pas besoin d’un deuxième Pierre Salviac.

À quoi bon encore écrire sur les matchs du XV du France ? Car regarder les Bleus depuis 4 ans, c’est un peu comme regarder Un Jour sans fin. Sauf que le regard de cocker dépressif de Bill Murray est quand même plus poilant que celui de Philippe Saint-André. À chaque match, c’est la même chose : on espère que quelque chose va changer, qu’un déclic va se produire. Mais rien ne se passe. Même quand on arrive par miracle à gagner, l’impression d’immobilité persiste. Un compte-rendu de match, pour quoi faire, si ce n’est bousiller sa santé mentale ? Explorer le jeu du XV de France, tenter de l’analyser, c’est comme fixer Pascal Papé dans les yeux pendant plus de 10 secondes : l’assurance de tomber dans un abîme sans fond et ne plus jamais pouvoir en sortir. On est d’ailleurs tellement habitués à cet état végétatif du rugby français que la seule fois où l’on a un peu vibré, où on a cru voir une étincelle de vie sur le terrain, c’est quand on a perdu par 20 points d’écart contre les Anglais à Twickenham. Oui les Anglais, ceux qui ont même pas passé le premier tour de leur propre Coupe du monde, alors que même nous on a réussi avec David Marty au centre en 2007. Paye ton match référence.

Que peut-on raconter sur ce France – Irlande, donc ? La même histoire que d’habitude. On savait à l’avance qu’ils étaient largement meilleurs. Non pas que leurs joueurs soient fantastiques et les nôtres tout nazes, non non. C’est juste que eux, quand ils rentrent sur un terrain de rugby, ils ont une vague idée de ce qu’ils vont y faire. Déjà, ça change tout. Chez nous, on a longtemps misé sur l’intelligence de nos joueurs, leur capacité à s’adapter à l’adversaire, à faire le bon choix au bon moment. Puis quand on s’est rendu compte que Dusautoir était le seul mec qui arrivait à écrire son prénom sans faire de faute, on a laissé tomber et on s’est dit qu’on allait revenir aux bases du rugby français, et tout simplement partir à la guerre. Mettre de l’envie. Parce que c’est bien connu, au rugby c’est celui qui a le plus envie qui gagne à la fin. Et notre envie, c’est un peu comme notre bite, on est toujours persuadés qu’elle est plus grosse que celle des autres !

Et puis on a fait une grosse prépa physique, aussi. Pendant 3 mois on a fait du vélo d’appartement et des stages avec le GIGN, alors on est prêts. C’est sûr, personne ne pourra nous prendre sur le combat. Pendant qu’on tapait sur des pneus comme les macaques de la scène d’ouverture de 2001 l’Odyssée de l’espace, les autres nations faisaient sûrement des tournois de Just Dance sur Wii. Ils ne pourront pas rivaliser.

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TAPER PEUNEU !

 

Dimanche, on est donc arrivés au Millenium Stadium sûrs de nous, remontés à bloc, prêts à aller au front. Pour être certains de leur motivation, nos généraux en jogging Adidas avaient bien pris soin de faire lire la presse à leurs soldats, cette méchante presse qui les critique tout le temps, qui dit toujours que les autres ils sont mieux armés. Pendant une semaine, on a donc raillé les Irlandais et leur supposée supériorité. On a laissé parler avec un sourire en coin en aiguisant les lames de nos baïonnettes. Le problème c’est qu’on s’est vite rendu compte qu’en face, ces cons de buveurs de Guinness n’étaient pas venus avec des pistolets à eau non plus. En même temps, dans leur pays, ça sert à rien puisqu’on est toujours mouillés, un peu comme Christian Jeanpierre dès qu’il voit Mike Brown.

Pourtant on s’est bien battus, rien à dire. Contrairement à certains matchs d’il y a 4 ou 5 ans, comme contre l’Italie ou les Tonga pour citer les souvenirs les plus hilarants de l’ère Lapinou, ce n’est pas au niveau de l’engagement qu’on a failli. Mais tactiquement, on était un peu à la ramasse. Par exemple on n’avait pas prévu de soutien aérien, et ça aurait pu être utile pour parachuter quelques soldats dans les 22 mètres irlandais. Les 22 mètres irlandais, pour les Bleus, c’était l’Atlantide, les Cités d’Or ou la ville d’Oyonnax : ils ont entendu dire que ça existait, mais aucun d’entre eux n’a pu le vérifier de ses propres yeux. En même temps pour aller aussi loin, fallait tenir un ballon sous le bras. Et tenir un ballon et une baïonnette en même temps c’est un peu compliqué. La bonne technique, finalement, c’était peut-être de défoncer l’adversaire à mains nues. C’est pas Sean O’Brien qui dira le contraire.

Au final, on a perdu. Et visiblement personne n’a trop compris pourquoi côté français. Il n’y avait qu’à voir les réactions de Ouin-Ouin ou de Pascal Brutal (rebaptisé Pascal Babtou fragile pour l’occase) en conférence de presse après le match, eux qui se réjouissaient en comptant le nombre de morts dans le camp adverse. Comme s’ils pensaient vraiment que blesser un type d’en face rapportait des points au tableau d’affichage. Heureusement ce n’est pas le cas, sinon Montpellier ne gagnerait jamais un match à cause de Benjamin Fall.

Et non, pour gagner des matchs de rugby il faut marquer des essais. Ça même les Sud-Africains l’ont compris, eux qui ont l’air d’une équipe de beach rugby fidjienne comparés à nos Bleus. Parce qu’avant d’être une guerre, le rugby c’est encore un jeu. J’ai cherché la définition dans Google : « divertissement, activité physique ou intellectuelle, non imposée et gratuite, tout ce que l’on fait dans le seul but de s’amuser ».

Nous, on est clairement loin d’être divertis en voyant cette équipe de France. Et à la limite c’est pas très grave. On a rien fait d’autre que poser notre cul devant notre télé, et une heure plus tard on avait déjà oublié à quel point on s’était fait chier. Par contre pour les joueurs, dont c’est apparemment le métier de jouer, c’est un peu dommage de constater qu’ils ne s’amusent jamais. Il faudrait peut-être qu’ils essayent la semaine prochaine, enfin. Moi je dis ça pour eux hein. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent contre les All Blacks, finalement on s’en fout : de toute façon depuis trois semaines on a tous décidé de prendre la nationalisé japonaise d’ici 2019. Mais putain, essayez au moins ! Faites un truc, n’importe quoi. Répondez au haka en chantant le générique d’Intervilles par exemple. C’est sûr que vous allez avoir l’air cons, mais sans doute toujours moins que pendant les 80 minutes qui vont suivre. Puis ça nous fera une image marquante à retenir de vous pendant cette Coupe du monde. Jusque-là, le seul truc qui a capté notre imaginaire, c’est Jamie Cudmore essayant de d’écouter vos combinaisons. Le plus drôle dans l’histoire étant qu’il a donc cru à leur existence pendant un instant.

All Blacks ou pas, samedi prochain, on va donc faire comme d’habitude : on va attendre que quelque chose se passe. Une rébellion. Une bagarre générale. Un essai – bon là, je fantasme un peu. Enfin bon, on verra bien hein. Il faut garder l’espoir. Impossible n’est pas français, le French Flair, la French Chatte, tout ça. Puis cette fois, au moins c’est sûr, il va bien se passer quelque chose à la fin du match. Soit on aura réussi un nouvel exploit qui rentrera dans les annales du sport français, et l’on se préparera à perdre notre demi-finale contre l’Afrique du Sud avec les honneurs. Soit Ouin-Ouin fêtera son pot de départ, et on sera heureux pendant un bon quart d’heure avant de se rappeler de la gueule du type qui va lui succéder. Donc dans tous les cas, on aura une bonne raison de se mettre une cuite, et la gueule de bois du dimanche matin devrait être bonne.

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Illustratin du « très très haut niveau » cher à PSA : gagner ses duels dès le tunnel.

 

Les Soldats bleus :

Eddy Ben Arous : Jouer avec Ben Arous, c’est comme jouer avec un troisième ligne en plus. Au final ça nous en fait donc trois.

Guilhem Guirado : Je n’ai rien de mal à dire sur lui. Si ce n’est que quitte à être ridicules devant le monde entier, autant titulariser Szarzewski, au moins on aura toujours la réputation d’être des beaux gosses à l’étranger.

Rabah Slimani : Je n’ai rien de mal à dire sur lui. Si ce n’est qu’il n’est pas catalan et que c’est un peu dommage.

Yoann Maestri : Yoann Maestri répond toujours présent dans le combat. Et c’est tant mieux vu qu’on a que ça à proposer. Avec Bernard le Roux, probablement le seul joueur de la liste des 30 a toujours ignorer que le rugby se joue avec un ballon (les autres sont au courant, ce qui ne veut pas forcément dire qu’ils savent quoi faire avec).

Pascal Papé : Si demain j’apprends que Mike Tyson s’est pris une droite à la sortie d’une boîte de nuit, j’aurais probablement du mal à me sentir malheureux pour lui. C’est un peu la même chose pour Papé avec O’Brien du coup.

Thierry Dusautoir : On a retrouvé notre Dark Destroyer. Quand la routine s’installe et qu’on commence à penser qu’il est devenu ordinaire, Thierry enfile sa guêpière et nous rappelle pourquoi il nous a tant fait bander depuis des années. Par contre, le voir se faire passer dessus par 15 Irlandais sur chaque ruck était quand même beaucoup moins excitant.

Damien Chouly : Richie McCaw est le meilleur joueur du monde car il est invisible aux yeux des arbitres. Damien Chouly lui, a un super-pouvoir bien à lui : celui d’être invisible pour les téléspectateurs. Comme quoi en France on ne devrait jamais tenter de copier les films de super-héros.

Louis Picamoles : Très efficace. Dans son style. Malheureusement pour PSA, on ne gagne pas une course de Formule 1 en alignant un tank sur la ligne de départ.

Tillous-Borde : Je l’ai trouvé mauvais jusqu’à ce que Morgan Parra ne rentre et se mette à jouer encore plus mal que dans sa pub pour Saint-Yorre. Pendant ce temps, Rory Kockott gagnait au Mont Ventoux sur Pro Cycling Manager.
Bon au pire, on pique Greig Laidlaw à l’Écosse et on fait croire que c’est Élissalde, ça peut marcher.

Frédéric Michalak : Décevant. Décevant car il n’a même pas été mauvais, et que du coup, pour la première fois depuis bien longtemps, on ne pourra même pas dire que c’est la faute du 10 si on a perdu.

Wesley Fofana : En 2007, on avait David Marty qui ne savait pas faire une passe. En 2015 on a Wesley Fofana, qui sait mais qui ne veut pas. Personnellement, j’aurai toujours plus de sympathie pour bourrin limité que pour un pur sang qui gâche son talent.

Mathieu Bastareaud : En Angleterre, on regrette de ne pas avoir sélectionné Steffon Armitage. En France, on se demande encore pourquoi on a pris son sosie. Il est parfois très utile, certes. Mais il y a des jours comme ça où il a l’air aussi à sa place dans une ligne de trois quarts que Bakkies Botha dans un restaurant vegan.

Brice Dulin : À partir du moment où ne se fait pas humilier en défense, on peut dire qu’il a fait un bon match. Il a donc fait un bon match.

Noa Nakaitaci : Plus ça va, plus il a de points communs avec Wesley : lui aussi on lui pardonne tout parce qu’il a réussi un exploit à Twickenham un jour. Et on a beau se foutre régulièrement de la gueule de Yoann Huget, il est visiblement le seul à avoir compris que pour toucher des ballons quand on est ailier en équipe de France, il vaut mieux aller les chercher au milieu du terrain.

Scott Spedding : Il bute de loin, il aime la muscu, il a autant de flair qu’un pilier géorgien aveugle : ça valait bien le coup d’aller chercher un mec comme ça en Afrique du Sud alors que Damien Traille est toujours sélectionnable.

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Scott Spedding tente RELANCE !

… Rien ne se passe !

 

Les remplaçants :

Vincent Debaty : Il est tellement bon à l’aile qu’on en oublie presque qu’il n’est pas terrible comme pilier.

Benjamin Kayser : Une fois il a gagné deux mètres sur une charge. Très utile comme impact player donc.

Nicolas Mas : Allez, on va dire qu’on n’a rien vu sur la dernière mêlée qui se fait emporter jusqu’à Dublin.

Alexandre Flanquart : Il est gentil mais c’est quand même pas avec ça qu’on va faire peur aux All Blacks. Depuis quand les seconde ligne français ont le droit d’être beaux et de savoir faire des passes ?

Bernard le Roux : Le soldat ultime. Qu’on lui préfère Chouly prouve que ce staff n’arrive même pas à aller jusqu’au bout de sa logique à la con.

Morgan Parra : Il veut sûrement jouer en 10 contre les Blacks. Je ne vois pas d’autres explications à sa performance.

Alexandre Dumoulin : En 2011, on avait Fabrice Estebanez. En 2015, on a donc Alex Dumoulin. Merci aux sélectionneurs nationaux de donner du matériel à la Boucherie pour écrire encore plein d’autres livres. Notez quand même qu’on a du mal à dire du mal de ce joueur, qui a vraiment l’air sympa (sans doute la principale qualité lui ayant permis d’être sélectionné à la place de Mermoz).

Rémi Talès : Une rentrée plutôt propre. « Il a été propre » sera d’ailleurs probablement l’épitaphe de ce brave Rémi, dont le seul défaut est d’être un très bon joueur de flûte à bec à un poste où la France entière attend une rockstar depuis des années.