Retour sur France – Roumanie (38 – 11)
par Marcel Caumixe

  • 28 septembre 2015
  • 16

Par Marcel Caumixe avec la complicité du Capitaine

Mardi, 15h30, j’entre dans le bureau d’Ovale Masqué

  • Jolie moquette, patron. Et ça c’est de l’acajou ? C’est pas mal !
  • Si j’avais besoin d’un avis en déco, c’est pas toi que j’aurais fait venir. Mais ouais, c’est bien. C’est français. Le #MeilleurLivreDuMonde fonctionne bien, alors j’investis. D’ailleurs, je voulais te dire : on va en Angleterre voir le match, et j’ai utilisé tes droits d’auteur pour nous surclasser en Business.
  • Super ! J’avais vraiment envie de voir la Coupe du monde !
  • Je crois que t’as mal compris. Toi tu restes là. Et tiens, tu vas te rendre utile. Tu vas faire le compte-rendu de France-Roumanie. Par contre, je te préviens. Je vois un calembour et tu pourras aller agrémenter ta retraite ailleurs.
  • Mais chef, vous ne me payez même p-
  • Ouais allez dégage. J’ai Hollywood qui doit m’appeler pour les droits d’adaptation en film.

Que voulez-vous : il y a des choses qu’on fait avec plaisir, il y en a qu’on fait par devoir et il y en a d’autres qu’on fait sous la contrainte. Comme regarder France-Roumanie. Puis le regarder une deuxième fois pour prendre des notes et pondre un compte-rendu.

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Moi devant l’hymne roumain

 

Quatre jours après la victoire large, mais bon, pas plus convaincante que ce dont on a l’habitude depuis quatre ans contre l’Italie, la France affronte la Roumanie. Dans le but bien compréhensible de ménager ses joueurs, Philippe Saint-André a fait tourner son effectif. C’est donc une équipe roumaniée qui entre sur le terrain pour jouer un match qui s’annonce facile.

 La compo

 

 Le film du match

0ème minute : le match commence

1ère minute : vivement que le match finisse. Touche avec lancer français, mise en place de la tactique 1a du livre de jeu : “je passe au premier venu qui pète”. Après deux itérations, un Roumain gratte le ballon comme un galeux ses croûtes. Coup de pied de dégagement roumain. Présent à la réception, Nakaitaci relance mollement d’un petit par-dessus avant que le ballon ne disparaisse dans les abîmes sans fonds de l’indigence technique qui sera le fil rouge de ce match. Mêlée à suivre pour les Bleus conclue par une pénalité pour les Roumains qui viennent de lazarder l’édifice de la mêlée française. Le lanceur roumain lobera son alignement sur la pénaltouche qui suivra. 

4ème minute : nouvelle mêlée. PICA FAI UNE 80 (c’est comme une 89 mais sans la passe au 9). Parra extirpe et passe à Talès qui ouvre sur Fofana. Ignorant superbement le surnombre, Wesley fait un tout droit dont il a le secret : ça prend 20 mètres et ça finit par terre. Dommage, il restait encore 50 mètres à faire pour que ça rapporte des points. S’ensuivent de beaux exemples de la tactique 1a. On note que celle-ci fonctionne assez bien quand Le Roux pète. C’est drôle parce que ça fait “roupette”.

6ème minute : pénaltouche, 1a Nakaitaci, 1a Debaty, 1a Nyanga. Ça avance un peu, c’est ennuyeux beaucoup, mais ça fait faire des fautes aux autres. Profitant de l’avantage en cours, Parra tente la tactique qui est écrite de l’autre côté du timbre poste, la 1b : le coup de pied derrière la défense. L’échec est total. Retour sur la pénalité et 3 points pour la France.

9ème : PICA tente un geste assez hardi : une passe à hauteur. Mêlée pour la Roumanie.

Pendant la minute que prend la mêlée à se mettre en place, Fabien Pelous parle d’un match tactique. Prenant alors la pleine mesure de la perception du mot “tactique” de la part d’un ancien deuxième ligne, on frémit à l’idée de l’impact que Pelous pourrait avoir sur le Stade Toulousain.

En-avant roumain à la sortie de la mêlée. Re-mêlée. PICARPE lance “prends-pète”. Rien ne se passe. Jeu d’occupation de Parra, et ce diable de bouton avance rapide qui ne fonctionne pas.

13ème : Tiens ! J’avais pas remarqué, il y a comme une trace de pneu marron au bas du dos du maillot de la Roumanie.

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Oh la belle trace de PEUNEU

 

15ème : Lancement 1a sur Nyanga qui se fait prendre à un peu trop chérir le ballon au sol. Ce genre d’effusion sentimentale arrive quand on passe sa carrière à sortir du groupe France. Une pénaltouche donne l’occasion aux Roumains de lancer une attaque d’honnête facture eu égard à tout ce qu’on a pu voir pour le moment. Les Jaunes se retrouvent assez vite dans les 22 français après un coup de pied à suivre de Vlaicu. Dulin sauve la patrie mais de la maladresse et un bête talonnage à la main offrent une nouvelle pénaltouche aux Roumains dans les 5 mètres. Les Jaunes voient là une parfaite occasion d’enchaîner des pick-and-go à une distance inquiétante de l’en-but. Le 13 roumain, Vlaicu, franchit la ligne d’essai mais Le Roux le retourne in extrémis et sauve la France, son pays de toujours. Retour à l’avantage : pénalité sous les poteaux et les Roumains reviennent à 3-3. A ce point du match, on est vraiment nuls. Ils sont pas terribles, mais ils jouent plus juste. Oh c’est pas bien formidable, hein : 2 ou 3 passes avec du combat et des grattages, mais rien de très propre. Rien de nouveau pour quiconque fréquente les établissements insalubres de la Jonquera.

 

20ème : Pizzarzewski royale, et relance des Roumains. En moins de temps qu’il n’en faut à Parra pour sortir une balle et plus de passes qu’en a enchaîné le XV de France jusqu’ici, le 15 intercalé décale son ailier qui tape un bon vieux coup de pied de recentrage bien old school. Belle couverture de Dulin, et les Français se dégagent de nouveau.

22ème : un maul francais qui se disloque. Szarzewski part, garde son ballon au sol et se fait pénaliser. Comme tout bon Slave quand il est déshonoré, Dimitri pleure du sang et doit sortir. En fait c’était un crampon dans la gueule.

23ème : une mauvaise relance de Nakaitaci se finit dans des mains roumaines, tel un client de salons de massages interlopes. Après quelques temps de jeu, les Jaunes récupèrent une pénalité. Ratée. Bien fait pour vous.

28ème : pénalité pour la France sur mêlée écroulée. Je vous épargne les attaques stériles et les maladresses qui précèdent. Pénaltouche aux 5 mètres, maul, 1b dans le dos de la défense par Talès, qui se solde par un gros échec. On revient à l’avantage, et Ion charge : carton jaune. LE CATALAN est prié de se séparer de ses collègues ce qui vient de donner des idées à quelques millions de ses compatriotes. A quoi ça tient la géopolitique… Re-pénaltouche aux 5 mètres, Parra part petit côté. Il fixe et ouvre pour Guitoune qui flirte avec la touche, comme s’il s’agissait d’une belle Andalouse aussi belle que jalouse, pour se jeter dans l’en-but. 8-3 puis 10-3.

33ème : Remise en jeu récupérée par les Roumains. Malgré quelques temps de jeu, les Roumains restent sur le reculoir et s’en remettent au pied de leur neuf. Mal leur en prend : Dulin relance sur 50 mètres. Après une paire de rucks, Parra ouvre sur Flanquart qui redresse sa course, fixe, et envoie à l’essai un Yannick Nyanga opportunément placé sur l’aile, ce gros planqué. 15 à 3 puis 17 à 3. J’ai du mal réaliser c’est trop d’événements en seulement 5 minutes. Est-ce que le match s’emballe pour de bon ? Non.

Non, parce que les mésententes, les mauvais choix et les maladresses sont toujours là. Le manque de construction aussi. Et les Roumains qui ne lâchent pas l’affaire se montrent toujours dangereux. Heureusement la défense tient le coup. La mi-temps arrive après une pénalité ramenant le score à 17 à 6.

Dans les vestiaires, Saint-André fulmine, mouline et ouin-ouine à tour de bras sur ses joueurs. Tous ont hâte que la rencontre reprenne pour mettre fin à la torture auditive.

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En guise d’intermède ludique, un petit rébus en hommage à l’amitié franco-roumaine.

45ème : la possession est roumaine, mais la défense française tient bon, et les Roumains perdent trop de ballons. Une touche victorieuse, quelques petits tas, élonouvre. La balle file à l’aile mais Fickou manque l’immanquable dernière passe à hauteur. Dans les vestiaires, une paire de mains se languit de son propriétaire.

49ème : les Roumains ont toujours les mains sur la balle, mais leur attaque est stérile. Kayser, Mas et Chouly entrent en jeu. Les Français obtiennent une touche dans les 22 roumains, et suite à un maul joliment contesté par les avants jaunes, Parra tente la 1b. L’échec est total.

50ème : beau mouvement français à nouveau, mais avorté par une faute de main de Fickou. Pour résumer le quart d’heure suivant, malgré les longues périodes de possessions roumaines, la France porte le danger dans le camp adverse à la moindre récupération. Il s’en faut de peu pour que ça passe.

65ème : les statistiques de possession redeviennent à l’avantage de la France. Et à l’impact, ça avance. Après une séquence un peu brouillonne la balle arrive à Guitoune qui s’allume la mèche, s’arrache à trois défenseurs, en raffute un autre dans la gueule et marque. 24 à 6.

68ème : l’ascendant que prennent les Français est indéniable. Kockott et rentré, et le jeu se fait plus dynamique. A la suite d’une percée de Talès, qui témoigne d’une certaine fatigue défensive en face, la balle file vers l’aile et un petit retour intérieur de Dulin envoie Fofana à l’essai grâce à son fameux “tout droit”, productif cette fois.

72ème : Penaltouche roumaine. En un éclair, un maul se forme et file à l’essai. Le pays des vampires lève les mains au fond de ses vallées montagnardes. 24 à 11. Sur la remise en jeu, Guitoune tape à suivre pour lui même et manque d’aggraver la marque.

78ème : combinaison nette et sans bavure en touche, relais sur Kockott qui trouve la course rentrante de Fickou et l’envoie à l’essai. Scandale si on en croit les analystes : Fickou ne célèbre pas son essai et a l’air tout triste. Beaucoup s’étranglent et s’offusquent de ce que ce manque d’implication et de joie signifie pour le rugby français. En même temps, le bonus était acquis, il n’a pas vraiment saisi l’occasion que lui donnait ce match de briller, pourquoi célèbrerait-il, si ce n’est faire le malin devant la caméra ?

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« VITE METS-LUI UN PIEU DANS LE COEUR, RÉMI ! »

 

Les Bleus

Dulin s’est beaucoup illustré. Véloce dans ses relances, juste dans ses choix, et toujours présent à la réception ce que savent apprécier les pontes de la fédé. Guitoune a montré de vraies qualités de finisseur sur ce match. Il y a les ailiers qui portent le danger et ceux qui mettent des doublés et ont des stats prometteuses. Fofana effectue un bon retour. Bernard Le Roux a abattu un gros travail avec ses 11 plaquages et a été très en vue.

Parra n’a pas été très efficace dans le jeu courant, et Kockott a semblé mieux s’en sortir. Quand à Talès, eh bien à la vérité il fait un plutôt bon match. Malheureusement, c’est un trentenaire qui jouait à Castres et ne fera jamais la une d’aucun magazine sur le rugby. Il ne rentre pas dans le storytelling du petit prodige qui a été international à 17 ans non plus. Tiens, si on disait qu’il a été nul pendant tout le match du coup ?

On regrettera la prestation terne de Picamoles, qui se les sort dans les grands matchs mais s’en fout un peu dans les matchs moins importants. Szarzewski semble avoir trouvé le moyen de ne plus être l’éternel remplaçant en jouant de manière à ne plus figurer sur la feuille de match. Fickou a été très déçu et décevant, et Huget inexistant. Il passe carrément à côté de sa Coupe du monde celui là.

Les Jaunes

J’ai pas vraiment regardé, et j’arrive pas à me rappeler des noms. Après tout, je ne suis pas recruteur de fédérale. Mais il me semble que c’était du solide devant. Derrière, Vlaicu a essayé d’emballer le jeu. D’où son surnom de « Vlai l’emballeur ».

Pour conclure

Le Wattbike ça marche : la France semble avoir pris le dessus sur ses adversaires à la faveur de leur condition physique supérieure. Mais de jolis coups d’éclat individuels, et les quelques emballements qu’on a pu voir ne doivent pas nous cacher la réalité : une équipe des années 80 a rivalisé avec nous pendant 50 minutes. La France sortait son équipe B, certes, et est entrée sur le terrain la clope au bec tant le match leur était acquis. Du coup, on aborde la fin des matchs de poule en flippant un peu de rencontrer l’ogre irlandais qui semble tellement mieux maîtriser son rugby, même si ce dernier n’a guère fait mieux face à la Roumanie sur le plan comptable (44 à 10). Mais comme on est la nation qui consomme le plus d’antidépresseurs au monde, bornons-nous à tout voir en noir et à prédire la catastrophe. Au pire, on ne sera pas déçus, au mieux on sera agréablement surpris. Rhalala ma pauv’ dame, ce qu’il faut pas faire pour conforter notre statut d’outsider…