ASM – Toulouse, le CR (Clermontois Revanchard)
par Copareos

  • 10 juin 2015
  • 6

 

Par Copareos & Pastigo,

 

Vous savez pourquoi on envoie des femmes dans l’espace ?
C’est moins lourd qu’un lave-vaisselle.

 

Vous n’êtes pas Pierre Salviac et vous trouvez cette blague aussi nulle que déconcertante ?
Parfait, nous ne pouvions trouver résumé plus fidèle. Ce week-end nous a pourtant offert une belle démonstration de ce qu’est le rugby, avec une présentation générale le vendredi pour mieux se concentrer sur sa spécificité française le lendemain. Un bel éventail des raisons permettant de comprendre qu’il est fort agréable de suivre le rugby dans les pays qui l’autorisent.
Mais ne soyons pas trop dur avec le rugby français, le Toulon-Stade Français fût fort plaisant, si tant est qu’on puisse convaincre les puristes que les étrangers© c’est français et les pédés© c’est du rugby.

 
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Allo… Un match de phases finales ? On arrive.

 

Le vendredi a laissé sa chance à la folie, entre les jeunes vieux du RCT et les vieux jeunes Parisiens. Pour nous ce sera l’heure de l’expérience. Ce qu’on appelle l’expérience dans le rugby, c’est l’absence presque absolue de rugby sous couvert d’aplomb et de reconnaissance proclamée. Ce n’est pas un hasard si Richard Escot est si expérimenté.
Le match a vu s’opposer une équipe qui ne joue pas quand elle mène à une équipe qui ne joue pas. A partir de là on se souvient n’avoir supporter les matchs de l’hiver que grâce à la perspective des joutes enjouées de fin de saison. On se sent comme un obèse qui jeûne avant le réveillon pour se voir finalement servir des crudités. Trahi, sali, vide.
 
Pour autant le match s’est tout de même achevé sur son lot de satisfactions :

-Le Clermontois sait qu’il a gagné.
-Le Toulousain sait qu’il a le meilleur club du monde.

 

Pour ce match les deux équipes ont dû composer avec un effectif mixte pour différentes raisons. Difficile en effet de proposer une feuille de match digne de l’événement entre les blessés et les méformes, et les deux clubs doivent alterner sans nombre de leurs titulaires comme Tobby Flood ou Thierry Lacrampe.

Toulouse optera pour la stratégie qu’il maîtrise comme personne et qui assoie son autorité depuis de nombreuses saisons : tuer le rugby. Il s’agit d’empêcher toute tentative manifeste de rugby tel qu’il est considéré dans le monde entier, en laissant l’initiative à l’adversaire pour immédiatement gratter une faute. Cela implique cependant deux choses : jouer à moins de 60m du camp adverse et avec un buteur. Pas de bol…
La méthode s’étiole un peu, mais le Toulousain obstiné sait se montrer patient. L’implantation lente mais inévitable des Toulousains aux plus hauts postes du rugby français lui donne raison, bientôt provoquer un arrêt de jeu vaudra 1 point. L’avènement d’un Reich de mille ans pour les capitolesques.

 
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Palette 3D : Steenkamp tentant d’hypnotiser Nakaitaci, illustration des possibilités infinies de la perte de conscience par l’ennui.

 

Clermont reste également fidèle à ses dogmes pré-estivaux, avec une stratégie fixe et pourtant adaptable à tout type d’adversaire : faire ce que l’équipe adverse attend. Face à une équipe dont l’unique espoir est le grattage et la défense glissée, deux alternatives : le jeu au pied, offrant au moins quelques rebonds rigolos, ou étirer la défense pour créer des brèches au centre. Pour le jeu au pied on titularise Lopez, et pour la défense glissée on décale tout sur l’aile. (et donc en touche)
A cela s’ajoute un flegme et une capacité d’adaptation toute auvergnate, avec des en-avants de qualité aux moments opportuns faisant jeu égal avec la gestion des surnombres, que Fofana maîtrise presque aussi bien que Domingo. La différence c’est qu’il y en a un des deux dont c’est le métier.

L’auvergnat sera cependant aussi robuste que généreux, ce qui ne fut pas un luxe. Le plus généreux étant probablement Camille Lopez, programmant de rater tout ce que Brock James réussira afin d’offrir 3 points de confiance en soi au maître à déjouer jaune et bleu.

Mais place au jeu (ahah!), avec la présentation des actions clés du match. Nous avons dû faire une sélection, car il n’était pas possible de faire la liste exhaustive de tous ces temps forts sanctionnés par l’arbitre. Gageons que la joie de revivre ces 80 minutes de plaisir intense nous en excusera.

 

Le film

1re minute : Coup d’envoi de Lopez sur Huget. Déjà deux enseignements dans ce match : Clermont-Ferrand a bien rodé sa tactique et Lopez peut réussir un coup de pied.

4ème minute : Toulouse a tout fait pour que Census Johnston joue ce match, et celui-ci le lui rend bien en concédant une première pénalité en mêlée. De 50 mètres, soit 74 fois sa taille, Morgan Parra tente la pénalité et la met avec une aisance déconcertante. On voit Novès écrire sur son calepin : « Idée XV de France : mettre Parra en 10 ». Servat, quant à lui, dessine Census Johnston avant de faire plein de ratures.

 

3-0 pour la #TeamFinalistes

 

10ème minute : Après avoir vu son maul stagner devant sa ligne d’essai, l’ASM confirme la belle forme de ses avants en effondrant la mêlée qui suit. L’avantage est malgré tout laissé à Toulouse, qui envoie Galan s’écraser contre la défense clermontoise. S’en suit une sublime action de David qui se fait prendre le ballon par un Aurélien Rougerie qui avait déjà mis sa cape pour planter son essai de sauveur. Problème : M. Ruiz revient à la faute et coupe l’Auvergnat dans son élan. Pire, McAlister passe les trois points, avec une petite larme à l’œil quand il a vu Guy Novès lui faire son signe fétiche.

 

3-3 pour personne, puisqu’il y a égalité

 

12ème minute : Bardy est sorti sur saignement, les libérations de balles sont si longues que même Doussain a le temps de se replacer. Bref, match banal pour l’ASM, il ne manquerait plus que…

13ème minute : … Fofana bouffe un surnombre, estimant que ses qualités d’athlète international prévalent quand moins de 6 coéquipiers sont seuls.

15ème minute : Lopez simule un drop pour envoyer le ballon du match à ses parents, placés dans le virage du stade. Il aurait alors déclaré à ses coéquipiers : « J’espère que ça fera bien chier ces #radins de la LNR ».

17ème minute : ESSAI DE YOANN HUGET ! Ah pardon, c’est dans son propre camp suite à une passe au pied de Lopez. On aura au moins vu une fois cette action dans notre vie. L’arbitre revient à la faute toulousaine et Parra engrange trois points de plus.

 

6-3 pour Morgan Parra

 

19ème minute : Nakaitaci confirme qu’il n’a pas saisi le principe des lignes sur un terrain de rugby en ne laissant pas sortir un ballon en touche. Clermont est pressé, Toulouse regagne le ballon et plusieurs dizaines de mètres par la même occasion.

22ème minute : Soucieux de se mettre au niveau des ailiers sélectionnés pour la Coupe du monde, Maxime Médard regarde le ballon rouler le long de la ligne de touche avant de le voir sortir dans ses vingt-deux mètres. On savait déjà que l’homme aimait laisser faire le temps avant de prendre une décision, comme l’illustre sa tentative de ressembler à Eddy Mitchell période menthe à l’eau, mais on ignorait que le joueur aimait aussi jouer avec le feu.

25ème minute : Guy Novès essaye de montrer à ses joueurs à quoi ressemble un ballon de rugby, tant ils n’ont pu le voir souvent depuis le coup d’envoi. A première vue ça rassemble à un majeur en l’air.

27ème minute : Bardy commet une faute à l’entrée de son camp et McAlister en profite pour tenter la pénalité. Sa tentative touche le poteau. Galthié se refuse à tout commentaire sans la présence de son avocat.

 

6-10 pour ceux qui ont TOUCHE LE POTEAU OUI OUI OUI OUI OUI

 

30ème minute : Les derniers supporters, partis à 11h de leur hôtel en centre-ville de Bordeaux, viennent d’arriver au stade grâce aux transports en commun qui rendaient hommage à Teddy Thomas et sa ponctualité en ce week-end de rugby.

31ème minute : Nouvelle faute de Johnston, le joueur tant espéré. Le buteur clermontois, dans une forme Parralympique, passe sa troisième pénalité de la journée.

 

9-3 pour Morgan Parra

 

33ème minute : La première percée du match est effectuée par Jean-Marc Doussain. Le match pourrait bien passer de l’ennui total à l’euphorie psychédélique.

34ème minute : En fait non, l’ASM défend mais commet une faute. Toulouse passe une pénalité alors que leurs multiples temps de jeu valaient peut-être mieux.

 

9-6 pour Michelin

 

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C’est qui qu’a qualifié l’ASM a lui tout seul ?

 

43ème minute : Suite à une faute d’Abendanon (!), McAlister manque une nouvelle occasion de coller au score. Novès expérimente déjà le problème de Grandisse qui lui est promis pour les quatre prochaines années.

45ème minute : Nouvelle attaque toulousaine et nouvelle faute clermontoise. Plutôt que de tenter les trois points, ce qui suscite déjà l’étonnement côté jaune et bleu, Doussain trouve une touche précise dans les 22 adverses. Interloqués, les Auvergnats peinent à réagir et Toulouse joue rapidement la touche. Amusés, les adversaires de Toulouse assistent à une libération de balle rapide de Doussain. Médard récupère le ballon et passe à travers une défense hilare face au spectacle auquel ils assistent. Mad Max, comme l’aiment à l’appeler les lycéennes entre deux DS, va inscrire un touchdown dans l’en-but clermontois. Oui, un touchdown, car quand on voit l’action on se demande comment le mec a pu aplatir avant la zone de ballon mort (instant mauvaise foi). Lartot, entre deux matches commentés à Roland-Garros s’écrie devant sa télé : « Regarde bien Nelson, c’est un match de DEGLINGOS ». Manque de bol, McAlister rate sa pénalité et tout revient à la normale. Enfin presque, Toulouse mène.

 

9-11 pour Airbus

 

51ème minute : Après avoir gâché une véritable action d’essai avec une passe digne d’un pilier de Fédérale, Morgan Parra rappelle qu’il est le patron en marquant trois points supplémentaires.

 

12-11 pour l’équipe-qui-produit-le-meilleur-jeu-mais-qui-met-que-des-pénalités

 

59ème minute : Alors que les deux équipes bafouent leur rugby©, Novès demande à Nakaitaci de bien se placer sur l’aile pour pas que son adversaire ait le couloir de libre. Malaise général sur la pelouse et en dehors. Servat ne comprend pas ce qu’il se passe et se met à replacer les avant clermontois pour faire comme son patron. Elissalde, lui, boude dans son coin.

64ème minute : L’ASM perd son lancer et se fait pénaliser. McAlister se souvient de l’endroit où il doit mettre le ballon pour marquer les points.

 

12-14 pour l’équipe qu’il manque en finale pour que Canal+ parle de GRAND CLASSICO

 

65ème minute : BROCK JAMES ENTRE SUR LE TERRAIN.

71ème minute : Census Johnston, qui réalise le match de sa vie avec l’ASM, est pénalisé sur une mêlée dans ses 22. C’est sévère, mais on va pas se mettre à chialer pour un mec qui aurait dû être dans les tribunes (Jamie, si tu me lis, cette phrase est pour toi). Brock James prend la pose, tape la pénalité, et voit le ballon passer entre les poteaux, comme il le lui avait demandé.

 

15-14 pour l’équipe qu’il manque en finale pour que Canal+ fasse un reportage pour savoir si cette fois c’est vraiment la bonne

 

76ème minute : L’ASM campe dans les 22 adverses, et puis Brock James.

 

18-14 pour l’équipe qui joue avec Dieu

 

78ème minute : Buttin entre en jeu pour qu’il voit une dernière fois ce que ça fait de jouer une demi-finale de Top 14.

79ème minute : Baille tente la percée. Les experts s’excitent : « IL VA NOUS REFAIRE LA MÊME QUE FACE A OYONNAX ». Et bien non.

80ème minute : Clermont est en finale de Top14 pour la première fois depuis son titre de 2010, et ça sera même pas face à Toulon. Guy Novès fait ses adieux au Stade Toulousain avec une tentative de sourire. Quel beau samedi. On aura pas vu du jeu, mais on aura gagné. Autant en profiter, c’est l’inverse qui risque de se produire samedi prochain.

 

Et voilà. Si parler de joie semble un brin exagéré, laissons nous simplement emporter par la délivrance. La délivrance de ne pas avoir perdu un match qu’on a joué tout seul et la délivrance d’un match enfin fini. Je suppose que les quelques Ultras qui parleront de bonheur immense vivent aussi le plus beau jour de leur vie en sortant d’une gastro. Nous voilà donc arrivés en Finale, avec en bonus pour une fois le plaisir de ne pas jouer la même équipe. C’est presque exotique, et c’est vrai que ça fait bien longtemps qu’on n’a pas perdu contre le Stade Français.
Bien évidemment je serai pour l’ASM quoiqu’il en coûte, et ça coûte. Mais honnêtement au vu de leur saison en général et de leur dernier match en particulier, ce ne serait pas volé. C’est bien pour ça qu’on va gagner.