France – Italie 2002 : Pas de fautes ! Pas de fautes !
par Thomakaitaci

  • 15 March 2015
  • 9

 

Par Thomakaitaci,

 

Difficile de trouver un Italie-France historique. Oui, dans quelques années, on se souviendra des matchs de 2011 et 2013 comme des rencontres de légende du Trophée Garibaldi – le seul trophée que peut ambitionner sérieusement le XV de France depuis quelques années. Mais c’est encore trop tôt pour les transformer en cours d’Histoire. Et puis tous les médias officiels de l’Ovalie les ont déjà rabâchés toute la semaine (faut les excuser, leur culture rugby dépasse difficilement les 5 ans). Alors, on règle la DeLorean de David Marty McFly sur l’année 2002, le jour de ce France-Italie au Stade de France, le troisième du nom dans le Tournoi.

 

2 février 2002, Stade de France.

 

Démarrage en douceur pour le XV de France. Pour la première journée du Tournoi, les Français reçoivent l’Italie dans l’arène de Saint-Denis, presque neuve. C’est déjà le troisième Tournoi de Bernard Laporte à la tête de la sélection pour un bilan mitigé (5 victoires et 5 défaites), avec une équipe encore largement composée des « héros » de Twickenham 1999 – ça c’est pour ceux qui, aujourd’hui, pensent encore qu’il est LA solution pour le XV de France. Mais en 2002, la marche vers la prochaine Coupe du monde est enclenchée. On commence à voir de nouveaux noms apparaître. Ce samedi-là, la composition des « Bleus de France » est alors la suivante : 15. Jeanjean, 14. Rougerie, 13. Traille, 12. Marsh, 11. Bory, 10. Merceron, 9. Michalak, 8. Hall, 7. Magne (capt), 6. Betsen, 5. Privat, 4. Auradou, 3. De Villiers, 2. Bru, 1. Crenca (Remplaçants : Ibanez, Poux, Pelous, Vermeulen, Albouy, Gelez, Garbajosa).

 

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Marsh, Rougerie, Bory, Merceron (+ Magne et Vermeulen) : le lobby auvergnat avait encore frappé.

 

En face, se présente l’équipe d’Italie. Depuis 2000, l’amicale des Argentins d’origine italienne s’est vu accorder le droit d’inscrire une équipe au Tournoi des six Nations, dans une optique de déconsanguinisation du rugby européen. Pour plus de lisibilité, ils obtiennent aussi le droit d’appeler leur équipe “Italie”. Leurs deux premiers Tournois sont des chemins de croix pour ces Italiens au curieux accent espagnol : une seule victoire en dix matchs (dès la première journée du Tournoi 2000, contre l’Écosse, toujours présente quand il s’agit de se faire humilier pour le bien de l’Histoire). La Squadra Azzurra se présente au Stade de France avec ses stars Stoica, Dominguez, Troncon, Bortolami, Mauro Bergamasco, Dellape, Lo Cicero. Sur le banc, on retrouve même Ramiro Pez, le frère de Camillo, célèbre grandisse éphémère roux.

 

Pour tous nos lecteurs aux penchants homosexuels, on leur dédie cette vidéo de Diego.

 

Le match est surtout célèbre pour la mi-temps dans le vestiaire du XV de France, instants captés par une caméra de Stade 2. On y voit 22 sales gosses, 22 starlettes, assis sur les bancs, le regard hagard. Et au milieu, un homme en noir, maigre, lugubre, aux petites lunettes démodées depuis 20 ans déjà, à l’accent du sud-ouest exacerbé, qui trépigne, qui hurle, qui éructe, comme un berger sur ses pauvres brebis apeurées. La raison de cette furie ? La France ne mène que 19 à 12 à la mi-temps contre ces modestes bouffeurs d’empanadas bolognaise. Imaginez la scène ce dimanche : si la France mène 19 à 12 à la mi-temps à Rome, Ouin-Ouin ouvre déjà le champagne. D’autant plus qu’à la 25ème minute, l’Italie menait 12 à 3. En un quart d’heure, la France a donc collé un 16-0 à ses adversaires, un rêve aujourd’hui. Le rugby, c’était vraiment mieux avant. C’était mieux avant, et pourtant, le XV de France à l’époque c’était Ellis Island. Le nombre d’étrangers immigrés venus prendre la place des bons Français était plus grand que le nombre de non Italo-Argentins en face : Tony Marsh from Niou Zilande, Steven Hall (!) et Pieter De Villiers from Saouce Africa, Serge Betsen, un Noir des anciennes colonies ! Et si l’on rajoute des noms barbares comme Michalak, Ibañez ou Vermeulen, c’était pas franchement des enfants du sud-ouest nourris au cassoulet. Du coup, on ne sait plus si le rugby c’était mieux avant.

 

Cet homme-là est devenu ministre, true story.

 

Finalement, la France s’impose – dans la douleur – sur le score de 33-12, avec 2 essais de Traille et Betsen et 7 pénalités de Merceron, le meilleur réalisateur du Tournoi 2002 (le voilà notre grandisse !). Le nombre élevé de pénalités rappelle aussi à qui veut bien l’entendre la qualité et l’ambition du plan de jeu de l’équipe de France pendant l’ère Laporte – ça c’est pour ceux qui, aujourd’hui, pensent encore qu’il est LA solution pour le XV de France (bis). A la fin, après un très grand match contre les Anglais au Stade de France, les Bleus s’offrent le Grand Chelem en écrasant l’Irlande sur le score de 44 à 15. C’était beau, quand même.