Le Labo’ccitan analyse Toulouse – Gloucester
par Le Stagiaire

  • 14 novembre 2011
  • 12

Par Le Stagiaire,

Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Par contre, rouge et noir c’est différent apparemment. En effet, avant le match du champion de France en titre, le taux de victoire des équipes tricolores lors de cette première journée de Coupe de la bière avoisinait un score du parti Chasse, pêche, nature et traditions aux élections présidentielles. Et encore, même pour cela, il faudrait considérer que le nul montpelliérain face au Leinster est une petite victoire.

Tout le rugby français (au moins) avait donc les yeux rivés sur Ernest Wallon, où les Toulousains affrontaient ce dimanche les Anglais de Gloucester. Pour ceux qui ne connaitraient pas cette charmante bourgade, c’est quelque part en bas à gauche de l’Angleterre. Enfin d’un autre côté, on s’en fout puisque le match est à Toulouse.

Rugbystiquement, je me contenterai de citer mon héros Ovale Masqué pour les décrire : « Le club de Gloucester, c’est un peu le Clermont Ferrand anglais : premiers du championnat en 2007 et 2008, les Cherry & Whites (en même temps, avec un surnom pareil…) ont perdu la finale en 2007, puis ont été éliminés en demie l’année suivante. Ils ont ensuite fait deux saisons moyennes, avant de terminer 3èmes du dernier championnat et de gagner le droit de revenir prendre des taules en H Cup. »

Bref, un match facile pour les rouge et noir, qui se permettent même d’aligner une équipe bis, avec seulement 17 internationaux sur la feuille de match.

À la vue des premières images du « couloir », on constate que la mondialisation est toujours aussi impitoyable puisqu’une trentaine de gamins entièrement habillés de tenues Mac Do attendent sagement l’arrivée des joueurs (ou de Mike Phillips, on ne sait pas encore à ce moment-là). Il me semblait que le travail des mineurs étaient interdits en France, mais puisqu’à Mac Donald, on devient manager au bout de 6 mois, responsable de magasin au bout de un an et directeur financier au bout de trois, je suppose qu’ils font partie des exceptions. Ce sont finalement les Anglais qui rentrent les premiers sur la pelouse, suivis de près par les favoris de la rencontre.

C’est le moment que choisit Matthieu Lartot pour nous faire profiter de ses hautes théories psychologiques. On apprend ainsi que les Anglais seront très motivés cette année, puisque la finale aura lieu à Twickenham. La motivation des clubs dépend donc du lieu de la finale. Les Gallois qui n’ont même pas eu un club en quart de finale l’an dernier seront heureux de l’apprendre, puisque la finale avait lieu à Cardiff. CQFD.

On nous prévient également que le vent est fort cet après midi et que les rouge et noir joueront face à lui lors de la première période, ce qui risque de les handicaper dans un premier temps mais qui leur permettra de gérer la fin de match. Traduisez : « En premier période, les Anglais vont tout jouer au pied et les Toulousains essaieront de remonter tous les ballons, ils réussiront pas (à cause des doublons), on va se faire chier, mais restez quand même parce que peut être qu’en deuxième période ça sera mieux. »

La première mêlée dans le camp toulousain débouche sur une pénalité en faveur des visiteurs qui, en se relevant, laissent exploser une joie surprenante pour une simple pénalité à la deuxième minute d’un match. Je vérifie rapidement que les deux piliers de Gloucester (qui, lorsqu’ils apparaissent côte à côte, ont des faux airs de Tweedle Dee et Tweedle Dum dans la dernière adaptation de Burton) n’ont pas d’origines tongiennes, mais il n’en est rien. On appréciera ensuite l’intelligence tactique du buteur Burns qui, pour remettre les pieds sur terre à tout le monde, foirera lamentablement sa tentative.

Avant le renvoi aux vingt deux mètres qui suivra, les locaux nous gratifieront de leur fameux « Jeu de mains, jeu de Toulousains » en faisant une passe à dix complètement inutile. L’occasion pour tout le stade de constater que oui, Florian Fritz, sait faire une passe. Tout le monde semble un peu surpris, y compris ses propres coéquipiers, ce qui explique sans doute le temps extrêmement long qu’ils mettront à effectuer le fameux renvoi.

Dans les minutes qui suivent, les champions de France en titre multiplient les temps de jeu, avec un Burgess qui en impose pour son premier match sous ses nouvelles couleurs. Les velléités offensives toulousaines vont d’ailleurs rapidement être récompensées par l’arbitre du match… qui accordera une nouvelle pénalité aux « Blancs et cerises » (même si reconnaissons que sur l’action en question, la possession était anglaise). Cette fois ci, Burns ne se fait pas prier et ouvre le score. Quelques minutes plus tard, c’est Luke McAlister qui a l’occasion d’ouvrir le compteur rouge et noir avec une pénalité… qui ne trouvera finalement pas le cadre. Il ne trouvera ensuite pas deux touches consécutivement, ce qui fera parcourir dans le stade Ernest Wallon un vent de nostalgie puisque le niveau au pied et l’habileté à la main du Néo-Zélandais n’est pas sans rappeler l’exilé au pays des Springboks (ou des Lolos on ne sait plus trop), Frédéric Michalak. McAlister n’aura cependant pas encore le privilège d’être sifflé après à peine vingt minutes de jeu, ce qui n’était pas le cas de son prédécesseur. N’est pas l’enfant du pays qui veut…

Et après un peu plus de trente minutes de jeu, c’est la stupeur dans le stade puisqu’à la suite d’un beau mouvement (avec notamment une passe en pivot de Mike Tindall), Sharples s’en va marquer le premier essai de la rencontre. Une passe de Tindall, c’est déjà surprenant, mais alors en plus de cette manière, c’est presque une insulte à tous les centres de son profil. Et ce n’est pas Fritz ou David, ses deux vis-à-vis de l’après midi, qui me contrediront. L’oeuvre est transformée par Burns et les Anglais mènent donc 10-0.

Fort heureusement, les Toulousains bénéficient d’une pénalité sur le renvoi, que McAlister réussit cette fois à passer. Bien décidés à réagir, ils emballent même la rencontre avec une charnière supersonique et le mouvement est très joliment conclu par Matanavu après une subtile passe au pied de McAlister. Ce dernier a semble-t-il compris à ce moment de la partie, que pour servir ses ailiers, mieux valait éviter les centres du jour. Il ratera tout de même la transformation et les équipes repartent au vestiaire alors que le score est à l’avantage des anglais : 10-8.

Après la pause, le match repart sur les mêmes bases : les ambitions toulousaines sont souvent mises à mal par la défense acharnée des Anglais ou par leurs nombreuses maladresses. Il faudra attendre la 52ème minute pour qu’un premier tournant du match ait lieu. Strokosch est pénalisé pour une faute d’anti-jeu que n’aurait pas renié Pascal Papé et écope de la première biscotte de la partie. La sanction est double puisque McAlister passe la pénalité qui en découle et permet à Toulouse de virer en tête pour la première fois du match.

Les Anglais auront l’occasion de reprendre l’avantage dès le renvoi mais leur buteur Burns s’enflamme et rate complètement sa tentative. Les Toulousains repartent alors à l’assaut de la ligne adverse, en enchainant les temps de jeu, sans plus de réussite que depuis le début du match. On notera tout de même la superbe « Jean-Pierre Perez » d’Yves Donguy qui échappe la balle alors qu’il n’avait plus qu’à aller aplatir. Poitrenaud réussira bien à franchir la ligne quelques instants plus tard, mais l’arbitre refusera l’essai pour un en-avant sur la dernière passe (qui n’était pas de Fritz rassurez-vous). Beauxis, tout juste rentré en jeu, récompensera tous ces efforts par trois maigres points.
Les Anglais réagissent et après une action plus confuse et incompréhensible qu’un tweet de Pierre Salviac, Mike Tindall prend l’intervalle et sert sur un plateau Trinder qui va aplatir derrière la ligne. Sur l’action, Galan nous montrera comme la tradition l’impose, son très joli caleçon. On aurait préféré qu’il nous montre sa vitesse de replacement, mais j’ai bien peur qu’il ne faille nous contenter de ça pour l’instant. Burns transforme et jette un coup de froid sur le stade et sur tous ceux qui nous annonçaient une victoire toulousaine facile lors de ce match. 14-17.

Heureusement, il reste un peu plus de dix minutes à jouer et les locaux réagissent rapidement. Au terme d’un beau mouvement entre Matanavu et Poitrenaud notamment, ce dernier s’en va aplatir et délivrer les supporters d’Ernest Wallon. Les Anglais réclament un en-avant, le réalisateur nous montre une dizaine de ralentis sous tous les angles possibles et imaginables et Matthieu Lartot ne préfère pas s’attarder de manière objective, comme si l’arbitre allait revenir sur sa décision si l’en-avant était avéré. La Boucherie n’a peur de rien et se mouille pour vous : l’essai est valide puisque c’est apparemment un coude anglais qui dévie la passe de l’ailier toulousain.

Clément est un homme de principe

La fin du match est aussi horrible que l’on pouvait s’y attendre et lorsqu’ils disposent d’une dernière cartouche sur la sirène, les Anglais préfèrent taper en touche et mettre un terme à la rencontre. Certains diront que c’est pour assurer le point de bonus défensif, mais à notre avis, c’est plus pour ne pas humilier les Toulousains sur leurs terres. Un choix comme celui de Contepomi quoi. A’men’donné, faut être fair-play quand on va jouer chez le monstre du rugby européen non ?

Bref, un match pas vraiment emballant, où les Toulousains arrachent une victoire laborieuse face à des Anglais accrocheurs (du moins plus que prévu). L’essentiel est là, on n’aura pas vu de grandes envolées mais on aura eu du suspens. On se satisfera de ça… Et si vous voulez mon avis, tout ça ne serait pas arrivé face à des Italiens…

 On retiendra aussi :

  •  L’excellent match de Burgess, dynamiteur d’attaque et qui collait au ballon comme Ovale Masqué à sa bouteille de vodka. Une nouvelle bonne pioche qui s’annonce. Les paris sont lancés pour la destination future de Doussain. Quant à Vergallo, on se contentera de demander : Qué ?
  •  La première titularisation plutôt discrète de Botha, qui malgré un match très correct, souffre de la comparaison avec les vingt minutes de La Bûche. Qui a dit qu’on avait besoin d’une relève ?
  •  Le très bon match de Nyanga, qui court toujours comme un trois-quart, tout en restant un des avants les plus en vue. Nicolas fût plus discret et risque de subir le retour de Dusautoir et Picamoles en troisième ligne. Reste à savoir qui de Galan ou Sowerby lui tiendra compagnie en tribune…
  •  Un arbitrage folklorique, des deux côtés. Le sponsoring d’une marque de bière, vous êtes sûrs que c’est une bonne idée ? Rendez-nous Joubert !
  •  Côté adverse, quelques bonnes performances aussi : un May qui fait ce qu’il lui plait sur quelques relances, un Trinder « surprise » et un Sharples tranchant (cherchez pas, y’a pas de jeu de mot sur celui-ci…).
  •  Raphaël Ibanez qui semble s’intéresser tout particulièrement au championnat anglais. On apprend ainsi que Strokosch et Lawson sont anglais. Et Fritz allemand non ? Ah, tout de suite, quand ils sont pas passés par les Wasps…