Le Rugby pour les vraiment très très nuls, 9ème et dernier épisode
par Jonny WillKillSoon

  • 01 septembre 2011
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Vous êtes bien installés ? Bien, j’ai une révélation importante à vous faire. Rapprochez-vous de votre écran, restez discrets. La nuit dernière j’ai fait un rêve (prémonitoire bien sûr, sinon ça ne compte pas) et je suis donc aujourd’hui en mesure de vous dévoiler, en exclusivité dans ce billet, les deux équipes finalistes de la prochaine coupe du Monde. C’est un peu mon cadeau avant de partir en vacances. Mais attention c’est une révélation ultra confidentielle, ça doit rester entre nous. De toute façon si ça sort d’ici je saurai que c’est vous. Vous êtes prêts ? Les deux équipes finalistes en octobre prochain seront : la Nouvelle-Zélande et la France ! Oui oui vous avez bien lu. Ne demandez pas pourquoi, comment, par quels jeux de hasard (enfin pour la France surtout), c’est comme ça. Et j’ai même les deux équipes qui s’affronteront pour la troisième place. Par contre, je dois vous avouer que je suis un petit peu plus sceptique quant à mes dons de voyance sur ce match…

21/10/2011 : Petite Finale (Auckland Eden Park) : Pays de Galles – Espagne.

Vous verrez, au vue de leur prestation contre les Springboks en quart de finale, les Espagnols méritent entièrement leur place. Après comme tout cela est tiré d’un rêve, je me suis fié aux maillots donc ce n’est pas du sûr et certain à 100%. Puis je n’avais pas les commentaires de Matthieu Lartot pour m’aider. Enfin ça, ce n’est pas trop grave encore. Le plus gênant c’est la non-présence de l’Espagne à la Coupe du Monde qui handicape grandement mon pronostic. Au moins ça leur fera un titre que n’auront pas les danseurs de flamenco. Puis ils n’auront pas à le défendre par la suite.

Chapitre Dernier : La défense : avec ou sans caramel ?

Nous allons clore notre série de révisions par un petit aperçu de la défense. Et qui dit défense dit plaquage, hachage, destronchage, enfin tout ce qui se finit en « -age’ et qui fait saliver tous nos gentils petits lecteurs carnivores. C’est un peu le B-A-BA du rugby moderne. Et c’est surtout ce qui en fait son charme. Qui n’a jamais fantasmé de se faire plaquer au larynx par un troisième ligne barbu au faciès d’Homo Erectus, puis se retrouver la gueule enfariné dans le gazon à vous faire engueuler par vos co-équipiers qui vous reprochent d’avoir perdu la balle. Heureusement, le rugby est un sport qui accepte la vengeance méchante et gratuite et vous pouvez laver l’affront sur l’action suivante, en prenant soin toutefois de choisir une victime un peu plus petite. Question de principe.

Comme disent tous les plus grands spécialistes omnisports de la planète : la meilleure défense c’est l’attaque (ou inversement, j’ai jamais compris cette phrase). Oui sauf qu’il est impossible de garder la balle pendant 80 minutes, c’est humainement infaisable. On est obligé à un moment donner de fléchir les jambes, retrousser les manches, aiguiser le sécateur et de plaquer l’adversaire à tour de bras en évitant de subir l’impact. Ne serait-ce que pour récupérer la balle (et ne pas prendre d’essais… accessoirement). Ainsi la stratégie défensive d’une équipe est très importante. Et pour défendre, il faut plaquer !

Comment plaquer ? Avec ses bras de préférence. Ses deux bras même puisque la cravate (ou coup de la corde à linge pour les amateurs de catch WWE) n’est pas de rigueur (Fabien Galthié Touch). Plaquer en soulevant l’attaquant et en le plantant au sol la tête en-avant tel un étendard (appelé plaquage cathédrale car la victime fait souvent une courte prière entre le moment où il est saisi par la taille et la phase descendante de son corps vers le sol) est interdit, plaquer l’épaule en avant est sanctionnable, plaquer au-dessus de l’épaule est fortement sanctionnable, tacler peut aboutir à une suspension à vie. Ce n’est pas dangereux mais c’est un geste de footeux. Et ce n’est pas cher payé pour ce que c’est. Sinon plaquer avec sa tête ou son sternum c’est autorisé mais pas très efficace (voir suicidaire peut-être). Si le croc-en-jambe est prohibé, la cuillère est, à la différence de la fourchette, parfaitement autorisée (quid du couteau…). Une cuillère réussie équivaut au geste désespéré qui sauve l’équipe et peut vous valoir les louanges et félicitations de vos équipiers, de votre staff et de tous vos fans (femme(s) et enfant(s) inclus). En revanche, disséquons l’action d’une tentative de cuillère infructueuse.

Voici les faits. Pris de vitesse par l’ailier adverse qui a réussi à se faufiler (et non faux-filet malgré le fait que nous soyons une boucherie) entre vous et l’arbitre de touche (vous lancez un regard plein de reproche à l’arbitre qui s’est de toute évidence défilé sur le plaquage), vous vous retrouvez à courir derrière ce satané trois-quart aile, tel un CRS derrière un manouche (Jean-Pierre Perez n’est absolument pas visé dans cette métaphore). Voyant que la distance s’agrandit et que l’en-but se rapproche, vous vous décidez à tenter le geste ultime…THE ANKLE TAP ! Appui jambe gauche, plongeon bras droit tendu en avant à la Clark Kent ou à la Ovale Masqué pour les plus jeunes. Vous dépliez votre main, vous rapprochez vos doigts, vous étendez au maximum vos phalanges. Vous n’êtes qu’à quelques millimètres de la chaussure jaune de Yoann Huget qui tente d’échapper à un contrôle anti-dopage (Yoann Huget est explicitement visé dans cette non-métaphore). Malheureusement vous n’avez pas les doigts assez longs. Votre femme vous en a fait déjà le reproche mais, désormais vous touchez du doigt (enfin sur le coup, vous ne touchez rien du tout) votre impuissance. Vous vous étalez de tout votre long, votre main se retrouve écraser sous les crampons d’Huget, une motte de gazon se retrouve expulsée sur votre visage et vous assistez impuissant à l’essai victorieux de votre bourreau. Une cuillère ratée est donc définitivement le geste le plus ridicule du rugby. CQFD. Ah si seulement il y avait eu un rideau défensif supplémentaire.

Qu’est-ce qu’un rideau défensif ? Il s’agit de la ligne de défense à percer, contourner, éviter, pour aller marquer l’essai dans l’en-but adverse (Rugbynistère). Le premier rideau se trouve au niveau du dernier défenseur dans le ruck, au-delà les défenseurs sont hors-jeux. Leur but est de stopper voir faire reculer les attaquants grâce à des bouchons, caramels, cartouches, attentats, arrêts buffets, tampons. Autant de synonymes pour désigner un impact violent qui nécessitera l’intervention imminente des soigneurs au prochain arrêt de jeu. Autant vous dire que le caramel n’est pas une friandise (Fabien Galthié Touch) et que le tampon ne se met pas dans la chatte (poètes du sud-ouest).

Le second rideau n’intervient que si le premier rideau s’est fait percer, ce qui est de plus en plus rare dans le Top 14 avec des centres comme Marty ou Kefu. Le second rideau comprend généralement le demi-de-mêlée, qui sert généralement de paillasson sur les phases défensives, un troisième ligne type sécateur et tous les joueurs dispensés par leurs parents qui se replacent suite au ruck précédent. Enfin le troisième et dernier rideau correspond à l’arrière et à un des deux ailiers dont la couverture du terrain sert aussi à contrer le jeu au pied adverse. A noter qu’il y a aussi un troisième ligne, en principe adroit de ses mains, situé entre le deuxième et le troisième rideau.

Ensuite les stratégies défensives sont diverses et variés avec différents types de défenses : la défense inversée, la défense essuie-glace (spécialité roumaine), la défense pressing, la montée à contre-temps et le smash de revers. Je ne sais pas vraiment à quoi tout ça correspond mais j’ai vu ça chez les Spécialistes sur Canal +. Après réflexion ils ne parlaient peut-être pas de rugby ce soir là.

Je n’ai malheureusement plus rien à dire sur la défense, et pour la mienne de défense je dirai que j’ai été suffisamment complet. Vous allez pouvoir défendre vos arguments pendant la coupe du monde et pourquoi pas briller en société si vous arrivez à ressortir deux trois trucs intelligents de ces 9 « rugby pour les (ex) très nuls qui n’y connaissent rien au rugby ».

Voilà. C’est fini. On va se dire au-revoir comme après un plaquage de Nalaga. Vous pouvez désormais reprendre une vie normale et suivre un match de rugby en entier sans vous rendre fous à essayer de comprendre tout ce qui se passe sur le terrain. Je vous remercie de m’avoir suivi tout l’été, merci de m’avoir signalé toutes mes erreurs aussi. Mon égo a survécu, je vous rassure. Bonne coupe du monde à tous, bons pronos, bons réveils matinaux, bonnes discussions technico-tactiques autour de la machine à café. Et surtout allez la France. Ils en auront bien besoin…

Jonny WillKillSoon, qui reviendra avec d’autres chroniques carrément pas rasoir.