Les Coqs vont bouffer du Poireau ce week end à Cardiff …
par Vern Crotteur

  • 14 March 2012
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Par Vern Crotteur,

 

Après des mois de mutisme borné, LE technicien de la Boucherie est enfin sorti de sa réserve. La raison de cette soudaine prise de parole ? Vern n’apprécie pas du tout ces pseudo-experts qui prédisent une nouvelle déculottée des Bleus face à un XV du Poireau revanchard ! A contre-courant des commentateurs du dimanche, le coach clermontois voit les Français s’imposer dans une rencontre qui s’annonce pourtant délicate pour la jeune garde tricolore. Décryptage …

 

Salut les Frenchies,

Certains d’entre vous l’ont peut-être entendu déjà : un célèbre pub de Cardiff aura du coq au vin à son menu de samedi. Autant dire que les Gallois s’attendent à vous bouffer tout cru ! Et il est vrai qu’après les dernières prestations des Bleus, on est en droit de se poser des questions. Tout avait pourtant bien commencé face à des Italiens entreprenants, mais à peu près aussi créatifs que le politburo de l’Union soviétique sous Brejnew. C’est après que les choses se sont lentement dégradées et la fin de tournoi s’annonce maintenant délicate pour PSA. Là où le petit Marco avait eu droit à deux saisons d’errements, Saint-André et son staff d’entraîneurs à temps partiel n’auront eu que deux matches. Mais finalement, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose, ça obligera les uns et les autres à entrer de plain-pied dans la préparation du grand projet « coupe du monde 2015 ». L’espoir fait vivre, c’est bien connu …

En attendant, la partition écrite pour cette équipe de France renouvelée et rajeunie n’a vraiment rien d’idéale ! Affronter au Millenium des Gallois en route pour le grand chelem, ça a de quoi donner des sueurs froides. D’ailleurs, tous les journaux vous le diront, à commencer par le Merdol, ça sent le traquenard à plein nez ! Y a comme du « règlement de compte à OK Corral» dans l’air.  Bbbrrrrhh…

A priori, il y a de quoi être impressionné. Imaginez un peu ! Six mois passés à attendre et à ressasser leur soif de revanche – pour ne pas dire de vengeance – et voilà que ces Gallois ont une chance de rédemption. Une chance de prouver à leurs supporters et au monde du rugby que c’étaient eux les challengers légitimes au titre de champion du monde, et non cette équipe de France frileuse au rugby balbutiant, recroquevillée sur elle-même comme une huître dans sa coquille.

Oui, les Gallois l’ont enfin, ce script de western presque parfait. On les imagine déjà, tapis en embuscade à l’orée d’une forêt de poireaux géant, en train de fourbir leurs armes, la bave aux lèvres !
Et face à ce challenger, dans l’autre coin, en short bleu, avec deux victoires, une défaite et un match nul à son actif cette année, le vice-champion du monde, le moral en berne et la confiance dans les chaussettes, j’ai nommé… le Quiiiiinze de Fraaaaaance ! Applaudissements mesdames et messieurs.
Allez, stop, on arrête les gags et on repasse aux choses sérieuses… Car ce scénario de fiction plus vrai que nature, on va surtout nous le servir pour faire monter la pression et les taux d’audience, à l’heure de la retransmission sur France 2. La réalité des forces en présence est tout autre.

Bon, je vous l’accorde, passer en revue les forces et les faiblesses des uns et des autres, ça reviendrait surtout à parler des forces des Gallois et des faiblesses des Français. Pas bon pour le moral… Mais ce qui est bien plus intéressant, c’est de se rendre compte que la France a surtout les qualités de ses défauts, et ça, c’est exactement ce qu’il faut pour gagner samedi.

Globalement, qu’a-t-on vu jusqu’à présent du XV de France ? D’abord et surtout, une équipe toujours solide sur la conquête. Une mêlée puissante, rarement prise en défaut, à part peut-être face à des Anglais contre qui elle a mis du temps à trouver la parade. Une mêlée qui constitue malheureusement sa meilleure, pour ne pas dire sa seule arme offensive du moment. Mais face à des Gallois qui ne sont pas des inconditionnels des phases arrêtées, cet avantage pourrait peser. Pareil en touche, où le XV du Poireau semble parfois fragile, malgré la taille de ses tours de contrôle en deuxième ligne.

Or, si les Français parviennent à perturber l’adversaire sur ses bases, en pourrissant les lancements gallois et en grappillant quelques ballons ou quelques pénalités bien placées, ils se mettront déjà dans des conditions beaucoup plus favorables. Tout le monde sait que les Gallois ont besoin d’un nombre incalculable de balles et de passes pour parvenir à dominer une rencontre et scorer. Plus ils seront perturbés sur la conquête et moins ils auront l’occasion de jouer… C’est mathématique et ça nous amène au second point fort des Bleus. J’ai nommé : l’incapacité chronique des Français à prendre le jeu à leur compte. Parfaitement, car dans le contexte de samedi, il s’agit d’un défaut dont on peut faire une qualité.
Non, ne secouez pas la tête, ne me traitez pas de ramolli du bulbe ! Je sais de quoi que je cause… ça fait plusieurs années maintenant que les Bleus ont ce problème. Pas assez de coffre, pas assez de repères offensifs et surtout, pas assez l’habitude de jouer un rugby d’attaque, fait de prises de risques et d’initiatives. Autant de qualificatifs que certains présidents et coaches du TOP 14 considèrent d’ailleurs comme des insultes. Et quand on entend dire en championnat que la passe est une prise de risque, il ne faut pas s’étonner que la sélection nationale finisse par ne plus savoir que faire du ballon… Du coup, ces Bleus enregistrent leurs meilleurs rendements quand ils ne sont pas tenus de faire le jeu, quand ils peuvent laisser l’initiative à l’adversaire et profiter des ballons rendus. Ce XV de France est le prototype même de l’équipe à réaction. Et c’est quand il récupère des ballons mal négociés par l’adversaire qu’il est le plus dangereux ! Que ce soit sur des turnovers en premier rideau, ou des ballons récupérés dans la profondeur du terrain sur du jeu au pied, c’est là qu’il faudra être bon en contre-attaque, pour marquer les esprits des Gallois et marquer tout court. Le XV de France a les moyens et les joueurs nécessaires pour réussir. Même le petit Alexis, avec son gabarit de cadet teulière et sa tête de premier de la classe, peut moucher les ailiers à fort tonnage qu’il aura en face de lui.

Il y a toutefois une condition à respecter pour pratiquer ce rugby d’autiste, alternant les périodes d’indigence offensive totale avec de rares moments d’éclat et d’hyperactivité. Interdit de se trouer en défense ! C’est là que le bât pourrait éventuellement blesser, surtout quand on a encore en mémoire la débâcle défensive de samedi dernier.

Contre les Anglais, le problème n’était pas tellement la stratégie privilégiée par Saint-André, mais plutôt sa mise en œuvre. Quand on opte pour une occupation du terrain adverse, il peut arriver qu’on manque de précision dans le jeu au pied long. Par contre, on n’a pas le droit de se rater sur les montées en pression, qui nécessitent une organisation et une rigueur collective que les Bleus n’ont jamais eues.
Je ne vais pas forcément me faire des amis en disant cela, mais j’ai l’impression que Lagisquet cherche à appliquer des recettes qui marchaient peut-être très bien au BO il y a dix ans, mais pas forcément au niveau international aujourd’hui. Faut dire que le BO était tellement bon en défense qu’à la fin, c’est tout ce qu’on voyait encore de l’équipe… Une grosse défense et puis rien… Donc, là, c’est vrai qu’il y a encore de la marge. Pour l’instant, Lagisque a réussi à mettre en place le « rien », reste plus qu’à ajouter la grosse défense.

Dans ce secteur, son  idée de base consiste apparemment à maintenir une discipline et une structure intacte sur les premiers temps de jeu, pour ensuite récupérer des ballons grâce à un inversement du rapport de force au profit des défenseurs (surnombre défensif après plusieurs temps de jeu). C’était le principe de l’infranchissable mur biarrot. C’est logique et ça tient la route. Mais si on abandonne en même temps l’idée de montée agressives et rapides, en coupant les extérieurs, et qu’on hésite à contester certains rucks, ça crée des difficultés, notamment face à des équipes qui avancent, qui ont une bonne technique de rucking et qui pratiquent un jeu offensif sur deux lignes d’attaques. « A ce rythme, pas exclu que les Français prennent bientôt des essais concédés face à un attaquant passant simplement entre deux défenseurs français, obnubilés par l’idée de glisser sur l’extérieur plutôt que de fermer les espaces ». ça vous rappelle quelque chose peut-être … Je me suis permis de mettre cette phrase entre guillemets, parce que je l’ai écrite (sur un autre site) plusieurs jours avant le match de l’Angleterre. Comme quoi, l’essai de Thom Croft est arrivé AVEC annonce et nul doute que ces lacunes défensives n’ont pas non plus échappé aux coaches gallois, qui ne sont pas (beaucoup) plus bêtes que moi.

Enfin, tout ça pour dire que samedi, il va falloir défendre autrement, faute de quoi les Bleus vont voir déferler tout l’après-midi des autobus lancés à fond de quatrième au centre du terrain, puis des 38 tonnes arrivant en roue libre et prenant les intervalles laissés par une défense à l’arrêt. Face à ces Gallois au jeu tout droit inspiré de ce qui se fait en Australie et en Nouvelle-Zélande, le mieux serait encore de revenir à ce qui avait très bien marché lors des phases finales de la coupe du monde : défendre de façon beaucoup plus agressive, en montant parfois en pointe au centre du terrain (généralement au niveau du premier ou du deuxième centre), de manière à couper les extérieurs, ce qui obligerait alors les Gallois à venir jouer dans des zones à forte concentration de défenseurs. Ou alors, monter haut et venir placer un joueur sur la trajectoire du ballon, pour intercepter la passe ou au moins empêcher les Gallois de jouer sur leur deuxième ligne d’attaque. Ça peut paraître ardu, mais moi, je suis optimiste  ! Je crois les Français parfaitement capables de nous proposer une grosse perf en défense, ce qui m’amène d’ailleurs à mon dernier argument.

Car c’est de notoriété publique. Les Bleus ne sont jamais meilleurs qu’avec le dos au mur et la trouille au ventre. Contre les Anglais et les Irlandais, on les disait favoris et les joueurs le savaient. Ils avaient la pression, attendus qu’ils étaient sur leurs velléités offensives et les prémisses de la griffe PSA …Rien de tout cela à Cardiff. Match à l’extérieur, foule et stade hostiles, finale de tournoi pour les Gallois, face un XV de France secoué par la défaite, en manque de repères et de confiance. Le staff et les joueurs français auraient donc tout intérêt à s’inspirer des fameuses paroles de Foch, à la veille de la Bataille de la Marne: « mon aile gauche recule, mon centre vacille, mon aile droite s’enlise. La situation est excellente: j’attaque ! ».

Voilà ce qu’on attend en définitive de cette équipe. Démentir les statistiques et les probabilités. Tout le monde attend les Gallois, à commencer par les Gallois eux-mêmes. Alors, consigne pour les Bleus, on sort le casque à pointe et on déroule les barbelés. On s’enflamme pas et on reste solide sur lesbases. Mais le moindre ballon de contre, on en fait quelque chose, ne serait-ce que pour faire douter les Gallois, et accessoirement marquer des essais ! Enfin, on arrête les conneries en défense et à ce compte-là, effectivement, les chances sont bonnes de faire mordre la poussière aux Gallois et surtout à cet enc… de Warren Gatland, à qui je ne pardonnerai jamais d’être originaire de Waikato !

Si les Français s’en tiennent à celà, je vous l’annonce, y aura peut-être du coq au vin au menu des pubs de cardiff, mais au millenium stadium, ce sera du gratin de poireaux haché menu qui sera servi aux spectateurs.

Bonne chance et bon match  !

 Vern.