Un samedi soir au Stade de France
par John Pils

  • 07 juin 2018
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Le Samedi 2 juin 2018, il s’est passé un événement majeur dans ma vie de Roubaisien, le rêve de tout provincial. J’ai passé la soirée au stade de France !
Départ 16h pour être sûr de ne pas arriver en retard, j’ai la pression vous comprenez, je ne quitte pas souvent les Hauts de France… Et puis, ma Clio ne roule pas bien vite malgré le Spoiler à l’arrière et mes jantes brillantes recouvertes de papier Kinder Surprise. J’ai demandé la route à mon oncle JC le camionneur, c’est pas compliqué, il faut prendre l’A1 et c’est tout droit. Sur le trajet les paysages bucoliques s’enchaînent : à gauche des champs de patates, à droite des champs de betteraves à sucre.

 

Au bout d’une bonne heure ça se met à bouchonner, mais bon, tonton JC m’avait prévenu, c’est parce que les Parigots, ils savent pas rouler. Comme je veux pas trop me faire remarquer, je fais comme les autres voitures à côté de moi, je klaxonne et je râle.

Et là, enfin, à la sortie d’un tunnel, je l’aperçois ! Il est immense ! Encore plus grand que le vélodrome de Roubaix ! Le Stade de France ! Je prends la première sortie et je me retrouve dans ce quartier de Paris appelé Saint-Denis. C’est sympa, ça me rappelle vraiment Roubaix sauf que le canal de Saint-Denis est plus grand et plus sale que le notre. Le problème, ce sont tous ces policiers qui m’empêchent de m’approcher du stade pour me garer.

Impossible de trouver un parking, même celui du Mc-Do est payant : 20€ les jours de match ! En plus ils ne vendent même pas de Fricadelle ni de Bicky dans leur baraque à frites fixe. Je finis par laisser ma voiture en double file à 3 km du stade, dans un autre quartier appelé Auberviliers. Ils sont pas capables d’avoir un grand parking comme celui d’Auchan Leers dans cette ville…

 

Bon, maintenant, il va falloir que je retrouve le stade. Je me balade au hasard dans les rues durant de longues minutes jusqu’à ce que je tombe sur un groupe de mecs qui portent des maillots Kipsta. Decathlon, c’est de chez moi, je me sens en confiance, je les suis. Ils ont l’air encore plus perdus que moi, ils prennent tout en photo : « Oh une maison à trois étages ! Oh un feu tricolore ! Oh du bitume !« . Je comprends vite que ce sont des gens de la campagne. J’aime bien les bouseux, ça me rappelle ma classe verte à Hazebrouck en CE2 avec Madame Vandenbusch. Bref, une heure de marche plus tard, on tombe sur le stade, pas facile pour ces gars là de se repérer dans ce décor urbain, il y’a pas tant de choses en Aveyron !

 


« Mangeons ici, c’est tellement dépaysant ! »

 

Approcher de cette arène n’est pas chose facile. Pour passer, on doit d’abord se faire tripoter par un gros monsieur barbu qui sent le tabac, ça me rappelle les fêtes de familles à côté de mon tonton. Je quitte les bouseux qui sont bloqués par un policier, il refuse de les laisser s’approcher du stade avec leurs fourches et leurs brouettes. « On aurait dû les laisser dans le tracteur ! » râle l’un d’eux.

J’arrive alors dans une zone bizarre où plein de mecs saouls en bleu chambrent d’autres mecs saouls en bleu. Avec leurs accents étranges, je comprends un mot sur deux. Il y a des gens maquillés aussi. Tout compte fait, on dirait le carnaval de Dunkerque mais sans la pluie. Je vois l’heure avancer, je ne tarde donc pas et je me dirige vers la porte d’entrée du stade. On me tripote encore une nouvelle fois afin de me laisser accéder à l’escalier qui mène à ma tribune, deux fois en une si courte durée, ça fait bien longtemps que je n’avais pas eu autant de succès.

 

Bon, il faut désormais que je trouve ma place. Bloc E14 Rang 35 Place 22. J’ai toujours été nul en bataille navale. Après avoir tourné 20 minutes, un stadier finit par m’accompagner jusqu’à mon siège. Je suis plutôt bien placé, mon voisin a un maillot vert et jaune avec une antilope dessus, ça fait beaucoup rire ses deux copains. Je suis assez content de mon siège, je suis bien assis. Quand je vois le carré devant moi, il n’y a même pas de quoi s’asseoir ! Il y a personne d’ailleurs. Normal, qui achèterait un billet sans place avec siège ?

 


Pas un chien !

 

Même pas le temps de faire causette qu’un mec en costard descend déjà sur la pelouse et se fait siffler par la moitié des spectateurs. Je comprends pas trop, il avait l’air cool, il était là pour serrer des mains et sourire. Quand c’est Miss France personne ne râle. Entre temps, le carré devant moi se remplit, ils ont certainement vendu les places moins chères car les gens ont dû venir avec leurs propres chaises. Mon voisin me dit que c’est l’amicale des anciens champions du monde 1995. Il doit me mentir la coupe du monde c’était en 1994 et 1998. Un gros monsieur apparaît ensuite sur l’écran géant, on dirait un acteur de la Casa de Papel sous cortisone. Il chope un micro et avec un accent que je connais pas, il beugle et massacre la Marseillaise à cappella. On se croirait dans la légion étrangère.

 

Tout s’agite autour de moi, je suis un peu perdu et ne sais pas où donner de la tête. Je perçois des coups de sifflets au loin. D’un côté j’entends un mec au nom de poule se faire traiter d’enculé et de l’autre un berbère, soi-disant riche, d’enfant de viol. Je crie comme mes voisins pour ne pas être en décalage. Une demi-heure d’insultes plus tard, j’ai la gorge aussi sèche que quand je travaillais dans les mines. Il me faut alors de la bière pour hydrater tout ça. Je compte me lever pour aller en chercher mais mon voisin en vert a visiblement déjà réussi à en trouver puisqu’il urine sur mes baskets Atemi. Je n’ose pas trop râler car ses deux potes ont l’air de trouver ça tordant. J’en profite pour lui demander où il a acheté les siennes. Il m’explique qu’il est possible de se faire livrer directement à sa place. Ni une, ni deux il arrache mon téléphone, me pose quelques questions simples comme mon adresse mail ou le numéro de ma carte bleue de la Banque Postale et l’affaire est jouée.

 

J’avais un doute sur ce type mais finalement non, il s’est pas foutu de moi. On me rapporte une bière directement à ma place 10 minutes plus tard, d’ailleurs ses amis et lui ont eux aussi commandé une bière. Ils tiennent même à trinquer avec moi par ce que « je suis pas un radin d’Auvergnat« . Je comprends pas trop mais ça doit être un compliment. J’ai reçu la facture un peu plus tard. 40€ la pinte… c’est 20 fois plus cher que dans notre Club House et chez nous c’est pas de la pisse dans un gobelet.

 

 

Je commence légèrement à m’ennuyer quand je ressens de l’agitation provenant de l’autre bout du stade ! Les gens se lèvent chacun leur tour et crient tout haut « OLA !« . C’est marrant c’était aussi le sponsor du RC Lens dans les années 2000 ! Je trouve ça magnifique. Au bout de quelques tours de stade, je chope le tempo et me joins à cette joie collective. Quel bonheur ! Je siffle au passage les fainéants devant moi qui ne daignent même pas lever leurs fesses de leurs fauteuils à roulettes. Incroyable ce manque de respect !

Quand tout le monde en a marre de se lever, l’euphorie générale s’estompe et je retombe dans l’ennui. Mon voisin qui lui, a l’air d’avoir vraiment picolé, passe son temps à râler et dire que le pinard est mauvais. Pourtant il tourne à la bière depuis bientôt une heure et demie. Plus le temps passe, plus il paraît dépité. Il doit avoir l’alcool triste.

 

Je pense que je dois m’endormir un peu car je me fais réveiller en sursaut par une moitié du stade (celle qui sent le purin) qui hurle de joie. C’est la frénésie la plus totale, ils sont en extase devant un vieux bout de bois ! La simplicité de ces gens-là c’est beau à voir, ils étaient déjà heureux de découvrir du macadam tout à l’heure. Mon voisin lui s’est barré en pestant, il dit qu’il y avait encore trop de juifs dans son équipe et qu’ils étaient nuls.

Tout à coup la lumière s’est éteinte et un petit bonhomme est sorti d’une scène. Je l’ai reconnu sur les écrans géants, c’était le mec de The Voice ! Pas le chauve, ni celui qui ressemble à Lorenzo Lamas dans le Rebelle mais le troisième, celui que tonton JC dit qu’il est à poil et à vapeur. Il a chanté durant un quart d’heure, il nous a demandé de danser. On passait un bon moment, pourtant les fainéants de devant n’ont encore fait aucun effort pour se joindre à la fête. Puis ça a dégénéré quand ils ont fait éclater des feux d’artifices sur le toit du stade. Il y a eu une émeute dans la tribune des bouseux, on entendait crier « SORCELLERIE !!!« . Alors le petit bonhomme a arrêté de chanter et ils ont rallumé les lumières.

 


Des feux d’artifice comme sur la plage de Dunkerque un 14 juillet !

 

Et puis plus rien, tout le monde est parti… Alors j’ai fait pareil. J’ai marché une plombe pour retrouver ma voiture, j’avais pris un PV de 135€ parce que soit disant j’étais pas garé au bon endroit, puis j’ai roulé des heures pour rentrer à Roubaix. Pour être honnête, j’étais un peu déçu de cette soirée, je n’ai pas assisté au meilleur spectacle du monde qu’on m’avait promis. L’an prochain, je crois que je resterai avec ma cousine regarder Barbie et le secret des sirènes sur Gulli.