Survie : Passer les fêtes à côté de Tonton Rugby
par John Pils

  • 22 décembre 2017
  • 7

Survie : Passer les fêtes à côté de Tonton Rugby.
 
 

Impossible de vous échapper, cette année c’est votre tour. Vous qui veniez uniquement pour faire autant d’excès qu’un Fidjien pendant la trêve, vous êtes pris au piège. La matriarche a étudié son plan de table des heures durant, aucune négociation n’est possible, vous êtes assis en bout d’assemblée à côté de Tonton Rugby. Si au moins, il y avait une petite nièce de l’autre côté, il aurait passé la moitié du repas à lui poser lubriquement une main sur la cuisse, hélas cette fois-ci, pas d’échappatoire.
 

Absente cette année, votre cousine n’a vraiment pas le sens de la famille.

 
Il est à peine 20h et il a déjà l’haleine plus avinée qu’un chroniqueur de Rugbyrama. Vous espérez toujours éviter les discussions rugby, mais non, avant même les petits fours il s’est auto-propulsé pleine bourre sur l’orbite des gros cons : « Alors t’as vu le Boxin’ Day ? C’était encore à chier ! ». S’en suit un monologue de comptoir qui vous bloque dans les cordes et vous assomme plus vite que la Clairette de Die tiède servie par mamie.
 
« Le Top 16, c’est plus ce que c’était, hein ? Même nous quand on jouait en Promotion d’Honneur en 1984, ça jouait mieux, c’est parce que nous, on jouait pas pour le fric ! Et puis franchement, si l’équipe de France est nulle, c’est à cause de tous ces étrangers dopés ramenés par Mohamed Boudjema au Racing de Toulon ! »
 
Il est hors de question d’écouter ce mélange de Pierre Salviac, Jean-Marie Bigard et Gilbert Collard jusqu’à la bûche glacée Picard, si vous ne voulez pas voir votre cerveau fondre comme celui d’un ouvreur irlandais. Pas de panique il existe quelques issues de secours pour sauver votre soirée.
 
Bourrez-vous la gueule :
Une fois alcoolisé tel un Ratini rue de la Soif, vous verrez, son discours vous paraîtra tout de suite plus supportable. Mais attention à la gueule de bois le lendemain. Vous découvrirez peut-être qu’il vous a fait signer une pétition pour le retour de l’essai à 4 points ou vous a fait prendre votre carte d’abonné pour un club moribond depuis des années comme Le FC Lourdes, l’US Tyrosse ou le Stade Toulousain.
 
Bourrez-lui La gueule :
Tâchez de remplir son verre aussi souvent que possible, tuez-le à coup de rouge qui tache. Votre soirée sera beaucoup plus confortable une fois que Tonton Rugby sera incapable d’articuler ou qu’il se sera endormi sur le plateau de fromage. Pensez juste à vérifier que le comateux n’avale pas sa langue quand vous servirez une seconde part de gâteau.
 
Pétez-lui la gueule :
Lui fracasser une bourriche d’huîtres en pleine face risque de légèrement casser l’ambiance, mais après ceci, il ne pourra plus vous dire que « Dans le temps, nous, on savait relever les mêlées ! » Bien sûr vous risquez d’être déshérité par votre famille, en revanche vous n’aurez plus à vous farcir ce dîner à la con l’an prochain.
 
Tentez de changer de sujet :
Tonton rugby a un avis sur tout, essayez donc de le faire dévier sur un autre sujet. Mais cela s’annonce risqué, évitez la musique si vous ne voulez pas l’entendre parler de Johnny avec une larme à l’œil, évitez les voitures si vous n’êtes pas intéressé par ses nouvelles jantes carbone sur sa Renault 19 Chamade et surtout évitez la politique si vous n’êtes pas prêt à entendre qu’il faut couler les bateaux de migrants en Méditerranée.
 
Déstabilisez-le :
Son socle de connaissances étant aussi large que les épaules de Sébastien Bézy, il n’est pas difficile de le sortir de sa zone de confort. Regardez-le droit dans les yeux, passez-lui une main dans les cheveux et dites-lui que vous êtes footballeur. Tonton Rugby, lui, il est PAPÉDÉ ! Hors de question qu’on l’appelle Tata Foot ! Selon toute vraisemblance, il devrait se décomposer et vous laisser tranquille quelque temps.
 
Offrez lui #LeMeilleurGuideDuMonde :
Tonton Rugby sera d’abord étonné de recevoir cet étrange objet cartonné rempli de pages barbouillées de lettres et d’images. Mais une fois le concept du livre assimilé, il se laissera piéger par la qualité de cet ouvrage et passera son repas captivé par tant de perspicacité. Le bonheur a donc un prix, 29,90 € aux éditions Marabout !
 

« Oh merci ! C’est un livre LIBRE DE TODO ? »

 
Mais il est possible que vous soyez capable de supporter ses diatribes sans avoir l’appétit coupé, peut-être même que vous le relancerez de bon cœur et rirez à gorge déployée à ses anecdotes grivoises de troisième mi-temps. Dans ce cas-là, présentez-vous aux prochaines élections de la FFR, vous êtes prêt pour supporter les buffets gargantuesques au côté des anciennes gloires du rugby français. Et oui, être Tonton Rugby, ça peut aussi être un job à plein temps.