Le Ciel et Blues du Racingman
par Nounours

  • 16 mars 2017
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Cher journal, nous sommes le lundi 13 mars 2017. Il est 10 heures du matin à Colombes 92700. Je suis loin d’être superstitieux mais ce 13, je ne le sens pas. J’ai comme un mauvais pressentiment. Et je dois t’avouer quelque chose. J’ai du mal avec le Racing.

D’ailleurs on parle de quel Racing ? le Racing Club de France, le Racing Metro ou le Racing 92 ? On parle d’un club de Rugby ou du club omnisport ? Le Racing a changé. La question est de savoir s’il a changé en mieux ou en pire. Je sais mon cher journal, le 24 juin 2016 au soir, personne ne se posait la question. On était heureux. J’étais si heureux de voir Dan Carter avec le nœud-papillon rose de Philippe Guillard dans la chaussette. Près de 100 000 spectateurs ont pu voir le Racing être champion. Un record pour un club habitué à un stade à moitié plein.

 

 

On a enfin tourné la page de 26 ans sans titre (oui, la ProD2, mais le vrai titre c’est le Brennus). Jacky Lorenzetti nous a permis de nous moderniser. Il faut l’avouer sans lui, le Racing 92 serait surement en fédérale. Enfin le Racing serait resté Racing Club de France. Le 92 c’est Jacky. Un peu comme nos voisins qui ont terni leurs éclairs rouges par un rose tellement prévisible aujourd’hui.. Sans Max Guazinni le derby se jouerait en fédérale. Le Racing Club De France contre le Stade Français même en fédérale, les deux noms côte à côte restent éternels.

On va bien avoir un stade tout neuf. Enfin un stade, c’est vite dit. Nous aurons une Arène. Ça va nous faire bizarre de jouer dans une salle fermée, climatisée. On joue au Rugby dans des gymnases maintenant. Jacky Lorenzetti, c’est un homme d’affaires. Il a construit son Arène proche du quartier d’Affaires de la Défense. C’est super pour moi, ça sera bien plus proche que Colombes. Donc un nouveau stade, un club qui gagne… oui mais voilà. Quelque chose ne colle pas.

Le rugby parisien a quelque chose de sympa, de festif. Le Racing l’avait à l’époque du Showbizz. On buvait des coupes de champagnes pendant les mi-temps. On portait des nœuds-papillons pendant les finales. Le monde du rugby ne nous appréciait pas mais on savait s’amuser. Le Racing a perdu cet esprit. Il faut l’avouer, ce sont les autres qui l’ont repris. Oui, les autres. Ne m’oblige pas à l’écrire… oui le Stade Français.

Ils nous ont volé le rose. Mais Max, il savait y faire pour le spectacle. C’était haut en couleur. C’était des titres, c’était la fête. Eux aussi semblent avoir perdu quelque chose. Comme si le rose était plus pâle ces dernières années. Je me rappelle quand ils ont sorti leurs maillots roses… que c’était moche. Rien que pour ça je m’énerve quand les provinciaux me parlent des clubs de Paris. Le Racing c’est aussi l’Ouest parisien, un peu plus classe, un vrai maillot de Rugby. Le ciel et blanc ne se mélange pas avec le rose. Mais on doit l’avouer, ils ont perpétué cet esprit rugby festif et paillettes que seul Paris peut apporter au rugby français.

Je dis ça mais nos couleurs sont ternes aussi. Comme si la froideur et le gris de la Défense avait déjà déteint sur notre maillot. Colombes n’est pas mieux mais Yves-Du-Manoir a le mérite d’être à nous, d’être ouvert avec une vraie pelouse. L’Arena est pensée comme une salle de spectacle, pas comme un stade. Et Jacky l’a vendue comme cela. Ça oui, Jacky il sait vendre des choses. Et puis on commence à avoir des doutes sur cette Arena. Sa livraison se fait attendre. Enfin elle est surtout attendue par Jacky et ses partenaires. Au fond de nous, on reste accroché à ce vieux stade, comme si c’était la dernière chose qui nous restait du Racing Club De France avant de devenir complètement le Racing 92. Yves-du-Manoir est un ancien du Racing, le nom U Arena sonne moins Racing.

A  voir les réactions de Jacky lors de la leçon de rugby contre La Rochelle Samedi, il n’est plus content. Il nous prépare quelque chose. La prolongation des LoLos ne tient pas la route. Il doit avoir quelque chose derrière la tête. Une clause qui stipulerait que si le club ne finit pas dans le Top 6, ils sont virés. Il va nous sortir quelque chose. Il ne peut pas rester inactif face à la méforme du Racing. Mais s’il n’y avait que les résultats.

Le Racing c’est chiant à mourir. Le jeu est tellement monotone, sans aucune imagination. Les conférences de presse sont tellement ennuyeuses. Il ne se passe rien. Enfin presque parce qu’en dehors des terrains c’est la fête. On sent les joueurs comme absents. Certains sont là pour le maillot, d’autres semblent là pour attirer les sponsors. C’est trop mécanique et sans âme. Le vestiaire va dans tous les sens. On dirait qu’il manque une ligne conductrice. Chaque semaine apporte son lot d’histoires extra-sportives. Le nom du Racing est presque une insulte pour le monde du Rugby. C’est sympa de jouer au méchant, mais quand toi-même tu n’as plus de joie ou de plaisir à suivre une équipe, ton équipe… mon Racing ?

J’ai comme un mauvais pressentiment. En fait, le Racing 92, c’est un club professionnel qui cherche à copier le Racing Club de France. On copie les blazers, on copie le nœud papillon, on copie le maillot. Jacky a acheté une marque, il nous la vend. On s’était dit que la génération du Showbiz avait trouvé sa continuité. Mais cette saison est horrible. Ça ne joue pas au rugby, ça ne joue plus à rien.  On ne fait même plus semblant d’être le Racing.

C’est triste le rugby sur Paris et pourtant les deux clubs sont les derniers champions. Certains fans veulent encore y croire, mais le Stade Français a vécu une descente aux enfers l’année dernière, et n’arrive pas à remonter la pente. Ils semblent encore vouloir y rester.  Et si pour le Racing c’était la même chose ? Si l’année prochaine on restait encore avec le jeu morne des Lolos ? Si on restait proche de descendre… avant de vraiment descendre pour de bon. C’est impossible pour toi avec tout l’argent de Jacky ?

L’argent c’est une chose, mais l’esprit, un vestiaire, un club, ce n’est pas que l’argent. Avoir un maillot, un nom historique c’est une chose, un collectif ça ne s’achète pas. Une histoire ou un palmarès ça ne se décrète pas. Quinze joueurs sur le terrain ce n’est rien quand en face il y a un effectif, un staff et un public qui pousse, qui en veut et qui aime son maillot. A trop vouloir vendre, on oublie que beaucoup de choses de s’achètent pas. Il est 11h05 mon téléphone ne cesse de vibrer.  A bientôt mon journal.


Tendrement, ton Nounours.