Best-In #3 : JIFF et Clubs Formateurs
par La Boucherie

  • 06 décembre 2016
  • 9

 

Par Jonathan Best, homme digital de l’année, ex-joueur au FCG et pole-dancer émérite.

 

 

Règle #3: protéger les clubs formateurs et les jeunes français

 

Vous aussi vous en avez marre d’entendre : « Vincent Clerc, l’international français formé du côté du FCG ». Sachez que Clerc a joué plus de saisons avec le Stade Toulousain qu’avec Grenoble. C’est dit, c’est plus à dire. Cependant, pour mon programme à l’élection à la présidence de la FFR, je souhaite qu’on donne un peu plus de considération pour les clubs qui se sortent les doigts du cul pour dénicher des talents.

 

Même si la tendance actuelle (enfin depuis quelques années déjà) semble tournée vers un recrutement à l’étranger, moins onéreux (pas sûr) mais surtout plus rapide (feignasses). On achète des joueurs déjà formés, pour plus s’emmerder la vie à les détecter, les éduquer (trouver des éducateurs compétents) et les préparer au haut niveau ou on dépouille les pauvres ou pire, on prend des jeunes joueurs étrangers pour les JIFFer. Oui vous là, les clubs amateurs, ne faites pas les malins. C’est le même bordel chez vous, jusqu’aux plus bas niveaux… Qu’est ce qui cloche dans le rugby français ? Pour ma part, après des années de psychothérapie je pense que le point essentiel c’est celui-ci. Il y a dix ans encore, même le plus petit joueur du plus petit club du fin fond de la France rêvait de porter un jour le maillot de l’équipe de France. Aujourd’hui, un gars qui s’est tapé le lycée-rugby, pôle espoirs, centre de formation et équipes de France jeunes peut se faire piquer sa tunique par n’importe quel gars qui a joué trois ans en France…Triste constat. Terrible réalité.

 

Exemple (pure fiction, comme le film) :

Toute sa carrière (pas chouette par ailleurs), Francky a pensé que le déclic allait venir et c’est ce qui le faisait s’entraîner par 0 degré au thermomètre et dans 20 centimètres de boue. Finalement, après 14 saisons entre l’Honneur et la promotion d’Honneur, il s’est décidé à raccrocher les crampons, las que son téléphone ne sonne pas pour chanter la Marseillaise. Il y croyait, lui, aux Bleus. Mais peut-être est-ce le  Géorgien de 22 ans qui a débarqué un soir de Septembre la fleur au fusil pour lui piquer sa place de pilier gauche, lui, le gars du coin, qui a réduit à néant ses chances.

De toute façon, jouer en réserve c’est bien aussi, ça permet de faire les soirées du samedi avec les copains et puis surtout t’es plus obligé de venir à l’entraînement.

L’avantage, c’est que ça lui permet de mettre des grands raisonnements les samedis soirs de test-matchs. Parce qu’après tout, il l’a choisi : il aurait dû être professionnel mais bon il a préféré faire de la menuiserie, ça rapporte plus. Et puis les déplacements les week-ends, sa femme ne supportait plus.

 

 

On pourrait se dire que c’est rigolo. Mais c’est salaud. Nos jeunes français ne rêvent plus, ne se passionnent plus, n’espèrent plus jouer un jour en Bleu (ou quelques Gaulois qui résistent). A tout moment, à la moindre opportunité, ils savent que leur club préfèrera un Australien (inconnu même de sa famille) et que son profil est trop « classique » pour l’équipe de France.

Les clubs formateurs de jeunes français sont pourtant une source de richesse pour notre rugby et ce sont eux qui en pâtissent le plus, dépouillés à grands coups de dollars par les riches voisins. Je vous donne pas les noms de ceux qui forment et des autres, vous le savez autant que moi (et puis ça m’évitera de me faire taper sur les doigts).

 

Moi, président de la FFR, je verserais à chaque transfert d’un joueur des indemnités à son club d’origine. Enfin pas moi. Le club qui achète doit payer (et pas uniquement lors du premier contrat) mais toute la carrière du joueur, avec bien sûr un prorata au nombre d’années. Ca permettrait à ceux qui se pèlent le jonc à former de devenir un peu plus riches et de poursuivre leur travail et ça rendrait les riches un peu moins riches et les obligerait à prendre une autre option que les chèques astronomiques.

Puis surtout, je n’autoriserais que 5 joueurs étrangers sur le feuille de match. « Ouais mais on peut pas ». Ta gueule, je suis président de la Fédé. Parce que les Anglais, ils sont peut être cons, mais eux l’ont déjà compris : leur vivier de joueurs est remplumé. Il en va de la vitrine de notre sport : notre équipe de France. Pour éviter la mort de notre rugby.