Elles sont où les Valeurs® ?
par La Boucherie

  • 21 novembre 2016
  • 37

 

Par Jonathan Best, homme digital de l’année, 

 

« Grand con malade »

 

Après quelques mois d’interruption, je me donne la plume pour écrire les plus belles choses que j’ai connues. Mon cher Gregory Le Mormeck m’a avoué que l’inspiration lui manquait et que si je disais des conneries, ça aurait plus de valeur que lui qui se cache depuis des lustres derrière un pseudo minable. Mais pour une fois, j’ai envie de dire des truc sérieux.

 

Depuis ma rupture avec le Midi Olympique, j’ai donc à nouveau le droit de (r)allumer le feu pour la Boucherie. Par un simple mail, quasiment trois années d’une belle expérience avec le jaune ont pris fin. Même pas un appel, juste un mail… Ça doit sûrement être la procédure moderne, reflet de la tendance actuelle : la décadence des relations humaines dans notre sport.

 

Le rugby français est malade, mais il ne l’a pas encore accepté. Moi, de mon côté, je me sens en partie responsable. Comme on devrait tous l’assumer. Et arrêter de se cacher les uns derrière les autres. « C’est la faute à lui ». « Non à lui ». « Lui, tu sais, il a les mots pour m’étonner ».

 

M’étonner ? Mythonner ? Ou bétonner ? A vrai dire ce grand charivari autour du rugby m’en éloigne. 27 années d’une vie s’effacent, parce que j’ai honte de l’héritage qu’on va laisser aux suivants. Nos valeurs s’éteignent à petit feu comme mon amour pour cette discipline dont on vantait les mérites de son originalité et de sa différence. Et puis il y a eu le pognon (et surtout plusieurs titres de chansons glissés habilement dans les premiers paragraphes) qui nous a ramené à égalité avec nos lointains voisins.

 

Parce qu’on faisait bien les malins à massacrer les pousse-cailloux et leurs milliers d’euros amassés chaque mois, assortis de comportements inadéquats. Le « melon » qu’on disait qu’ils avaient chopé. Et nous, les rugbymen professionnels modernes, on ne l’a pas pris le melon par hasard ? Au point d’oublier de signer des autographes aux merdeux qui attendent des heures sous la pluie, d’arrêter de dire ce qu’on pense, de se taper dans le dos alors qu’on ne peut pas se blairer, d’évacuer certaines polémiques récentes d’un revers de main ou encore plein d’autres choses qui me cassent vraiment les noix (de Grenoble évidemment).

 

Quand j’étais petit, j’avais la certitude que mes amis du rugby, je pouvais toujours leur dire la vérité sans qu’ils se vexent, qu’ils me balancent ou qu’ils aient envie de ne plus me parler. Tout ça, également, restera au passé. Vous pourriez me dire : mais pourquoi il s’emmerde à dire tout ça, vu qu’il va bientôt rendre le tablier ? Et bien parce que j’en ai gros sur la patate. Entre ma fin d’histoire tumultueuse avec le FCG, ce que j’observe dans les autres clubs ou encore la distance qui s’agrandit entre le rugby amateur et le professionnel, j’essaie de vous faire réfléchir (oui ça ne va pas être simple). Est-ce que c’est ça les valeurs du rugby ? Ça veut dire encore quelque chose ce mot « valeurs » pour vous ?

 

Entre les intérêts personnels, la lutte pour la présidence de la fédé et les querelles intestines entre les acteurs de notre sport, on en oublie l’essentiel : le plaisir. Parce qu’après tout, le rugby est un jeu. Et qui dit jeu dit forcément plaisir personnel ou partagé. Où est-il passé ce putain de kiff qu’on avait tous en nous ? De moins en moins de bénévoles, de moins en moins de gamins qui vibrent pour le rugby, de moins en moins de monde au stade, de moins en moins de tout. Mais bordel, on attend quoi pour réagir ?

 

S’inspirer des autres sports, s’inspirer des autres pays, comprendre le retard que nous prenons sur le gratin du rugby mondial… Mais pour ça, il faudrait qu’on prenne conscience de notre convalescence. On dit souvent qu’un malade ne peut se soigner qu’à partir du moment où il a accepté la maladie. Introspection, remise en question, acceptation. Tout un processus qu’il ne faudra pas tarder à mettre en oeuvre. Pour le bien de tous. Pour le bien du rugby.

 

 

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Règle #1 : l’éducateur au centre des attentions

 

 

Le rugby, l’école de la vie. C’est comme ça qu’on a toujours vendu notre noble sport au commun des mortels ou aux pousse-cailloux qui voulaient découvrir un sport d’hommes. Le rugby, ce sport si différent des autres avec des valeurs. Qui sont donc les derniers transmetteurs de cet héritage ?

 

Les éducateurs, qui doivent être le centre de l’attention de tous les clubs, et qui sont trop souvent négligés, parfois même abandonnés, dans la solitude la plus grande. Les « diplômes », qu’on nous rabâche. Rien à voir avec le degré de graduation. Pour moi, nos éducateurs doivent être avant tout des pédagogues, à l’écoute, pour mettre d’abord le plaisir du jeu avant tout le reste. Aimer jouer, aimer jouer avec ses copains, aimer le rugby.

 

Dans les clubs, on dit souvent : « bon toi t’as tous les diplômes, t’es le meilleur, t’entraîneras la première ». Je suis à l’opposé de cette vision. Pour moi, les instants clés d’une formation sont chez les jeunes, entre 10 et 14 ans pour faire large. Avant c’est trop tôt, après trop tard. Les meilleurs éducateurs doivent être positionnés sur ces catégories d’âge.

 

Chez les seniors, on ne devrait rien avoir à apprendre de tout ça. L’entraînement des grands, c’est de la répétition de systèmes, de lancements, de touches, de mêlées et un plaisir qui disparaît. Inéluctablement. Le plaisir vient plutôt dans la souffrance, dans la victoire, dans la gloire. Le reste n’est que monotonie.

 

Il ne faut pas jeter la pierre aux éducateurs bénévoles qui veulent aider leurs clubs. Parfois parce que leur gosse joue, d’autres fois parce qu’il faut bien occuper les mercredis après-midi et les week-ends. Cependant, l’obligation des dirigeants, c’est de détecter les meilleurs pédagogues, ceux qui te feraient faire 60 tours de terrain sans même que tu bronches. Ceux-là sont des éléments précieux dans un club, qu’il faut choyer, protéger et valoriser.

 

Quand j’ai commencé le rugby, mon éducateur était un type complètement fou, pas spécialement diplômé mais il était capable de nous faire aimer être ensemble, assureur de métier qu’il était. Eh bien de mon école de rugby, je ne retiens que les moments positifs, ceux de joie collective à gagner des tournois, quand tu as envie que le temps suspende son vol, pour l’éternité.

 

Une autre qualité que doit détenir un éducateur : la capacité d’éloigner les parents. Ceux qui reportent leur frustration sur leur gamin, ceux qui font monter l’électricité autour des terrains ou ceux qui pensent qu’ils feraient mieux. La plus vilaine évolution de notre rugby, ce sont les comportements connexes de fous furieux. Ce sont eux qui tuent notre sport, par leur débilité sans nom. Faire le tri dans ces mauvais gens, voilà le plus gros chantier de nos éducateurs.

 

À suivre…