Retour sur Galles-France (19-10)
par Ketchup-Mayol

  • 02 mars 2016
  • 17

Par Ketchup-Mayol

 

Après une mini-victoire contre l’Italie, une mini-mini-victoire contre l’Irlande (mais après la branlée de la Coupe du monde, on prend sans aucun état d’âme), nos valeureux Bleus-bites affrontaient vendredi un gros morceau, le pays de Galles. Quand une équipe a pour emblème le poireau et les plumes d’autruche et qu’elle arrive à se hisser à la 4ème place du classement mondial d’un sport papédé, tu sais qu’elle a du caractère. Aussi, on pouvait clairement annoncer les Bleus comme les outsiders sans soupçonner un quelconque coup d’intox de Guy Novès.

C’était le premier match pour les Français hors de leur base, et pour beaucoup, ils foulaient pour la première fois la pelouse mythique de l’Arms ParkMillenium-Principality Stadium. A noter que cette fois-ci, les Taffies n’ont pas laissé poireauter les Français cinq minutes dans le noir dans ce chaudron hostile. Après seulement trente secondes de silence pour les Fidjiens victimes du cyclone Winston (c’est pas très Charlie), les hymnes – dont l’émouvant Land of my Fathers, celui de ce rude pays qui n’est pas sans rappeler notre Nord à nous pour ses bassins miniers, et sa consanguinité que même les moutons n’auront permis d’éviter.

 
La compo boucheriecompo-4a15477-4e9df1a

Petit jeu des chaises musicales cette semaine. Maxime Machenaud, préféré à Sébastien Bézy, va rejoindre les deux autres M&Ms (Mermoz & Médard) sur la feuille de match. A noter également le retour de Rabah Slimani à la place d’Atonio, de Jedrasiak qui remplace Maestri. Un Camara chasse l’autre, puisque Yacouba est remplacé par Antoine Burban et Djibril a été appelé en remplacement de Teddy Thomas, blessé.

 

Le match

Les Bleus ont gagné le toss, et choisi de laisser la première mi-temps aux Gallois. Les hommes en rouge vont occuper le camp français par des chandelles allumées sur un Vakatawa en difficulté sous les ballons hauts, et du jeu d’occupation. En hommage au centenaire de la bataille de Verdun, les Bleus se retranchent dans leur camp. Pourtant, c’est Plisson qui a l’occasion d’ouvrir le score. Dès sa première action, un en-avant flagrant, au cordeau selon Fabien Galthié (tu bois !), on le sent fébrile, et c’est un échec.

Quelques minutes plus tard, Paul Jedrasiak plaque à l’épaule Taulupe Faletau (des Faletau de Llangollen), et Dan Biggar marque les premiers points du match. Quelques minutes plus tard, Plisson concède une nouvelle pénalité tandis que Burban sort sur protocole commotion après un gros choc contre Warburton – la saison du Stade Français résumée en une phrase. 6-0.

– Ils ne passeront p… OUCH ! – Ça va Antoine ?

 

Puis cinq minutes avant la fin de la mi-temps les Bleus se souviennent qu’ils ont le droit de jouer et profitent de leur première occasion chez les Gallois pour grappiller trois points. Résultat 6-3 : on est plus près du rugby Valstar que du rugby champagne mais on se prend à rêver d’un scénario à la France-Irlande.

Premier contretemps au retour des vestiaires, à la suite d’un ballon tombé par Camara dans les 22 français, les Gallois décident de se réinstaller chez nous. Jonathan Danty se rend alors coupable d’un plaquage chapelle sur Cuthbert qui ne coûte heureusement qu’une pénalité. 9-3.

Cette fois les Français décident de jouer dans le camp adverse mais un gros plaquage de Warburton sur Poirot lui fait dégorger le ballon et un contre gallois s’organise. Davies tape au pied derrière la défense. Il n’y a personne en couverture. George North met 10 mètres dans la vue à Maxime Mermoz, tente de prolonger au pied à 5 m de la ligne et rate. Heureusement, Plisson, revenu du diable-vauvert pour pallier l’absence de ses trois-quarts, lui rend le ballon au pied et North s’écroule dans l’en-but. On notera qu’Alexandre Flanquart arrive sur l’action plus rapidement que Vakatawa et Médard. Biggar transforme. 16-3.

 

On se dit que la cabane est tombée sur le chien pour les Bleus, mais il n’en est rien. Pendant le quart d’heure suivant, les Français s’installent dans les 22 adverses, à se casser les dents sur une défense intraitable, insistant sur les pénaltouches à donner des attaques de stress post-traumatique à Chris Robshaw (et on se demande comment Guy Novès est encore vivant). Une équipe de France volontaire, décidée, acharnée, avec un cœur et une envie énormes, un courage Mike Brownesque, et au terme de ce quart d’heure de combat dantesque…

Rien. Walou. Peau d’zob. Nibos. Keud’. Makach. Pas le moindre petit point. Mais on s’en fout. Ça valait bien un 8 en lose magnifique sur l’Echelle de l’ASM.

 

Les Bleus campent dans les 22 adverses, allégorie.

 

Quand malgré des crampes, Biggar passe une pénalité et met le pays de Galles à 16 points, on se dit que c’est terminé. Cependant, la garde meurt mais ne se rend pas, môssieur. Avec les sorties de Chouly et Plisson, on a droit à la réorganisation la plus surprenante depuis les expériences farfelues du Pr Saint-André sur Vahaamahina ou Le Bourhis, avec l’entrée de Chat en troisième ligne et Bézy à l’arrière. Le banc bleu lance son dernier baroud d’honneur, emmené par son capitaine exemplaire, monsieur 61 minutes himself, Guilhem Guirado #LECATALAN, qui plante à la dernière seconde un essai vengeur totalement inutile d’un point de vue comptable, mais véritable orgasme cathartique pour le téléspectateur.

François Trinh-Duc transforme et le match finit sur le score de 19-10.

 
Le bilan

Bon. Le score est d’autant plus difficile qu’on y a cru. Vu le faible écart à la mi-temps, et la résistance acharnée de la défense française, on s’est dit qu’il y avait la place, que peut-être il y avait les ingrédients pour un coup. Cette impression a pu être accentuée par l’aspect gaguesque du duel d’unijambistes ayant amené l’essai gallois. Mais enfin, l’ordre cosmique a été respecté, l’équipe de vétérans a battu l’équipe de Novès.

 

Bon… c’est encourageant !

C’est là que l’on peut ressortir la vieille antienne sur certaines défaites qui sont moins amères que certaines victoires, et patati et patata… et l’on se rend compte que bien qu’on ait soupé de lieux communs creux ces dernières années, tout espoir n’est pas perdu, il existe un autre Sky…walker… On a une équipe jeune, courageuse et perfectible, qui, comme dit Guy Novès, a l’avenir devant elle, ce qui est toujours mieux. Le plus : le travail des avants. On est à 100% de mêlées gagnées sur notre introduction là où les Gallois n’en ont gagné que les deux-tiers. On est également à 100% de prise de balle en touche. La France a également été moins pénalisée que le pays de Galles. Enfin le nouveau staff a visiblement expliqué aux joueurs que lorsqu’un des leurs est au sol, il faut venir au soutien, chose qui ne semblait pas avoir été précisée sous la mandature précédente.

Maintenant, les choses qui fâchent. La défense est loin d’être parfaite avec 20% de plaquages manqués, et on n’avait pas vu équipe aussi vulnérable aux attaques aériennes depuis Pearl Harbor. Mais c’est surtout l’attaque qui est inquiétante. 164 passes, un essai. Autant de frénésie et d’efficacité qu’un cul-de-jatte dans un concours de coups de pied au cul. Le point de vue de l’ennemi héréditaire : la presse d’outre-manche est nettement moins enthousiaste, en particulier la presse galloise qui trouve que c’est une victoire, mais une victoire moche. C’est compréhensible quand on n’arrive pas à mettre son jeu en place et à mettre 30 points à une équipe « valeureuse ». Le pourtant francophile Gavin Mortimer, lui, déplore qu’en substance, la France fasse déjouer ses adversaires au point de leur faire faire de la merde. Crache ton venin, Perfide Albion. les sceptiques tomberont de haut.  

 
Les joueurs :

Gros match des premières lignes. Slimani a dominé en mêlée, Poirot s’est également distingué dans les grattages et a fait un bon match, même s’il est à l’origine du turnover qui amène l’essai gallois. Guilhem Guirado a été tout simplement monstrueux, impérial en touche, et s’il ne s’était pas tapé 61 minutes de match à Oyonnax et X heures de taxi pour rejoindre Marcoussis, nul doute qu’il aurait planté un ou deux essais de 80 mètres pour parachever cette performance majuscule.

La deuxième ligne titulaire ne s’est pas particulièrement illustrée en attaque – Maestri s’est montré plus efficace. En défense, elle a fait le job avec 9 plaquages dont un raté pour Flanquart et 7 dont un raté pour Jedrasiak, dont la nervosité a coûté trois points. Il faut que jeunesse se passe. Le même constat peut être fait pour la troisième ligne. Peu d’impact dans les attaques. De gros espoirs reposaient sur Burban qui s’est fait éteindre par Warburton. Paradoxalement, c’est Camille Chat entré à la place de Chouly qui se montre le plus efficace.

La charnière Plisson-Machenaud avait de l’allure sur le papier : les frères ennemis parisiens oubliant leurs querelles pour devenir le temps d’une soirée les maîtres à jouer/chefs d’orchestre du XV de France. Las, Machenaud a distribué des passes dans tous les sens (89, presque le double de son vis-à-vis) en vain. Quant à Plisson, il n’était clairement pas dans son match et triste ironie du sort, il n’est même pas responsable de l’action qui va sans doute lui coller à la peau pendant un moment. J’espère qu’on a vérifié depuis vendredi soir qu’il n’est pas encore recroquevillé en position fœtale dans un coin du vestiaire de Cardiff.

Les trois-quarts : bizarrement, c’est le moins expérimenté qui s’en sort le moins mal. Camara n’a certainement pas été décisif, mais a été le plus efficace en défense et en attaque avec 3 défenseurs battus. Il va falloir que quelqu’un se dévoue pour annoncer à Vakatawa qu’on ne peut pas se bi-classer ailier/troisième ligne. Ça va lui briser le cœur, mais même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas être partout, et son absence a cruellement fait défaut sur l’essai gallois.

Au centre, Danty a manqué de puissance et Mermoz aura mis les toulonnophiles à rude épreuve : un match à oublier, car outre le fait qu’il a été largué par North sur l’essai, il dépasse les 50% de plaquages manqués. Médard, par contre, peut se targuer de n’en avoir manqué aucun. Bon, il n’en a pas tenté un seul, faut dire. Offensivement, le bilan n’est pas meilleur. 

 

Non, sans blague ?!

 

Les commentateurs

On va dire « oh encore un supporter du RCT qui crie au Complot © », mais il  semble désormais clair qu’en collaboration secrète avec les alcooliers français et les Julien Camilluminati, le président Hollande a chargé ses sbires de France 2 d’inverser la courbe du chômage en provoquant une épidémie généralisée de cirrhose du foie fatale chez une partie de la population française. Je ne vois pas d’autre explication. A la poubelle les fiches, on dirait que désormais Lartot et Galthié ne préparent leurs matchs qu’avec le Petit Guildford illustré.

C’est à cause de cette sinistre entreprise, l’Opération « Riveurse Pass », qu’on s’est retrouvé à boire dès la première minute, culminant avec un hommage à France Gall : « Cette équipe de France résiste, prouve qu’elle existe » qui a probablement tellement fait se retourner Michel Berger dans sa tombe, que là-haut on parlera encore pendant des siècles de l’effet toupie du pianiste.

 

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La célèbre Rivers Pass