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Retour sur France-Irlande (10-9)
par Le Stagiaire

  • 18 février 2016
  • 16

Par Le Stagiaire, 

 

Le contexte : 

Un match, une victoire. De deux petits points et contre l’Italie, certes. Mais il n’en fallait pas plus pour insuffler chez les supporters du XV de France un vent d’espoir et d’optimisme après les quatre années moribondes passées avec Ouin-Ouin. 

Sa mission à peine commencée, Guy Novès pouvait quant à lui se targuer en conférence de presse de n’avoir jamais perdu à la tête du XV de France et ainsi moucher tous les journalistes impertinents qui oseraient laisser entendre qu’une victoire de deux points, à domicile, contre l’Italie, avec Luke McLean et Parisse reconverti en buteur, quand même : bof.

Avec l’Irlande, double tenant du titre, c’était tout de même un défi d’une autre taille qui attendait les Bleus et le Sorcier Toulousain® à leur tête. Un peu comme quand Toulouse enchainait un weekend de H-Cup et un weekend de Natixis Cup. Tout simplement plus le même niveau, voire le même sport. 

Mais une victoire face aux Rouquins était aussi l’opportunité rêvée pour tourner la page du cycle précédent et repartir de zéro. Les éléments de langage journalistiques oscillaient entre « Renouveau » « renaissance » et « nouveau départ ». On aurait pu s’aventurer du côté de la « Reconquête », mais en plus d’être déjà pris, c’était un coup à jouer contre la Géorgie et les Allemands dans deux ans. 

Pour aller défier les Verts, Guy Novès avait donc fait appel aux mêmes que la semaine précédente, à quelques exceptions près, semaine de remaniement oblige. Un groupe équilibré, mélangeant des rescapés du naufrage en Angleterre et des nouvelles têtes. 

Après 4 ans à tout miser sur les attaques charges de Pikachu, Guy Novès a en effet accouché d’une nouvelle génération de Pokémon (Poirot, Bézy, Vakatawa), permettant de varier un peu des ficelles scénaristiques qui ne surprenaient plus personne. Et d’offrir de nouvelles opportunités de jeux de mots à Matthieu Lartot. Personnellement, je n’arrive toujours pas à savoir si ce point est une bonne ou une mauvaise chose.  

 

L’équipe : 

 

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Oui je sais techniquement ma comparaison n’est pas bonne parce que je n’ai mis ici que des Pokémon de la première génération. Mais les vrais savent que c’est la seule qui compte.

 

Le match :

Avec le recul, il faut se rendre à l’évidence, le XV de France n’a pas affronté l’Irlande pendant la première mi-temps. Non, les Bleus (probablement poussés par Guy Novès, ce gros troll) ont affronté leurs détracteurs. Le plan de jeu n’avait pas pour but d’aller chercher la victoire mais de répondre les unes après les autres aux critiques émises la semaine précédente pour prouver qu’elles n’était pas fondées. 

 

Légers en défense les Français ? Ok, très bien, on ne va faire que défendre pendant 40 minutes et on ne va pas prendre un essai. 

Pas assez agressifs ? Ok Yoann, va défoncer gratuitement Sexton en début de match. 

Pas assez sûr sous les ballons hauts Teddy Thomas ? Ok Jules, monte-lui toi-même une chandelle pour qu’il leur prouve l’inverse. 

Virimi Vakatawa n’est bon que s’il a de l’espace pour se lancer ? Ok, il va enchainer les départs au ras des rucks. 

 

Malgré cette stratégie un peu surprenante et pas forcément tournée vers la victoire, le XV de France n’est mené que de six points à la pause (3-9). Du côté des experts et autres spécialistes, tout le monde se regarde un peu emmerdé. Avant de se mettre d’accord pour partir sur un « C’est bien beau tout ça mais il va falloir penser à jouer un peu aussi. Parce que là on gagnera jamais si on a pas un ballon. Et puis en mêlée c’est pas terrible non plus ». 

Il ne fallait pas en demander tant. 

 

En début de seconde période, les Bleus décident de remettre la main sur le ballon. Un en-avant de Camara, une mauvaise passe et les tentatives françaises sont avortées les unes après les autres. Probablement une technique pour énerver les Irlandais qui rappelons-le, n’ont pas le droit de faire pareil puisque cette pratique est toujours interdite dans leur pays. Pas mal de maladresses donc, mais après avoir pris des charges dans la gueule pendant 40 minutes, il faut laisser un peu de temps aux joueurs pour qu’ils retrouvent l’usage de leurs extrémités. 

C’est chose faite autour de la soixantième minute puisque c’est à ce moment-là que les Français rentrent pour la première fois dans les 22 irlandais. Un espace de pelouse qu’ils connaissent paradoxalement bien puisqu’ils ont passé une bonne partie de la première mi-temps bloqués dedans. C’est aussi le temps du coaching avec les rentrées de Goujon, Machenaud, Slimani et même Camille Chat (même s’il devra s’y reprendre à plusieurs fois). 

 

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Au secours, on m’a volé ma bite ! Il est parti par là !

 

Le XV de France se montre enfin dangereux quand Plisson prend un intervalle et tente une passe sautée pour son poto Bonneval. Dans le préau du collège Théophile Gautier avec la trousse de ce gros fayot d’Alexandre Flanquart ça marchait à tous les coups, mais cette fois c’est sans compter sur Trimble qui intercepte la balle et met fin à la belle action. 

Quelques minutes plus tard, nouvelle opportunité pour les Bleus. Après une pénaltouche et plusieurs temps de jeu au près, Damien Chouly tombe dans l’en-but. Un dizaine de joueurs s’écroulent en même temps que lui et l’arbitre Monsieur Peyper semble incapable de savoir si l’essai est valable ou non. Il creuse (comme une taupe en colère) une galerie sous le terrain pour y voir plus clair. Mais rien. Il escalade le ruck, s’assomme contre la spidercam, plante un drapeau La Poste sur le sommet du crâne de Toner, mais n’y voit pas plus clair pour autant. Dans le doute (et parce qu’on parle quand même de Damien Chouly), il refuse l’essai et donne une mêlée à cinq mètres pour l’équipe de France. 

 

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Allez-y, poussez Madame, je vois la tête !

 

L’Irlande se met à la faute en mêlée une fois, puis deux, puis trois, puis on a arrêté de compter. Monsieur Peyper convoque le capitaine irlandais et le prévient qu’il ne va pas pouvoir les couvrir plus longtemps. Heureusement pour eux, la suivante est la bonne. Le ballon sort plus rapidement que prévu côté français et Machenaud doit lancer l’attaque. Il choisit le petit côté et après avoir bien fixé la défense, sert parfaitement Médard venu à hauteur. Ce dernier casse un plaquage et va aplatir entre les poteaux. Plisson passe la transformation et l’équipe de France prend la tête 10 à 9.

Moins de dix minutes plus tard, l’arbitre renvoie tout le monde aux vestiaires et les Bleus peuvent se féliciter. Ils viennent de décrocher leur premier succès face aux Irlandais depuis cinq ans. C’est long, cinq ans. Vous imaginez ? Il y a cinq ans le Biarritz Olympique participait aux barrages du Top 14 et l’USAP était demi-finaliste de H-Cup. C’est dire. 

 

Le Bilan : 

Solidaires en défense en première mi-temps puis conquérants dans les vingt dernières minutes, la fameuse gestion des temps forts et des temps faibles (chers à Fabien Galthié) a été assez remarquable. Beaucoup donnaient les Français perdant face aux Irishs et les Bleus ont décidé de surprendre tout le monde. Comme au bon vieux temps. 

Une victoire pleine d’orgueil, d’intensité et de jeu à une passe. Bref, une victoire au French Flair. Pas celui des éditos de Jacques Verdier, de Codorniou ou des frères Boniface, mais celui qui nous a fait battre les Blacks en 2007 et qui nous a fait atteindre la finale en 2011. Le French Flair qu’on devrait rebaptiser French Fier, qui nous fait gagner des matchs en étant moins bons que les autres mais en étant plus cons et courageux. Le French Flair qu’on se désespérait de voir depuis 4 ans sous Saint-André et qu’il aura fallu deux matchs à Guy Novès pour ressusciter. 

On a pas toujours été tendres avec lui et on ne s’avancera pas sur les résultats de la suite de son mandat. Mais, soyons beaux joueurs et disons-lui merci au moins pour ça. On a vibré pendant 80 minutes en voyant les Bleus faire des petits tas. C’est con à dire, mais ça nous avait manqué. Merci, Guytou. 

 

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« C’est à dire que, de toute évidence, tes remerciements, j’en ai rien à foutre. »

 

Les Joueurs : 

Poirot et Atonio, qui avaient fait une entrée remarquée contre les Italiens la semaine dernière, ont cette fois été en difficulté en mêlée. À l’inverse, les anciens titulaires Ben Arous et Slimani se sont distingués lors de leur entrée, aidant à faire basculer la rencontre comme en témoigne l’épreuve de force largement remportée à la soixante-dixième minute de jeu et qui mènera à l’essai Français. La solution pour le prochain match est probablement de ne titulariser aucun pilier d’entrée et de ne les faire rentrer qu’après quelques minutes de jeu pour que la malédiction des titulaires ne s’applique pas. 

Jugé un peu en retrait conte l’Italie, Guirado a été énorme en défense, distribuant cartouche sur cartouche, tel un joueur de Top 14 Prod D2 revenant d’un match contre l’USAP et d’un détour par l’Andorre. La moindre personne debout dans un rayon de quinze mètres et avec un maillot irlandais s’est fait immédiatement caraméliser par LE CATALAN. Une pensée d’ailleurs pour le supporter rouquin assis au premier rang qui a eu le malheur de se lever pour aller chercher une bière. Une pensée également pour Camille Chat, qui est le Français qui aura le plus couru pendant ce match, même si 90% du temps c’était pour faire des allers-retours entre le banc et le terrain. Espérons que le Racing le laisse au repos ce weekend, ça serait mérité. 

En deuxième ligne, Flanquart a été précieux en touche et en algèbre, même si le second aspect a très peu servi pendant le match. Impossible de me souvenir du match de Maestri mais si j’en crois le coup d’épaule à retardement qu’il a mis à Sexton d’entrée, il a été excellent. 

 

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Il a pris un coup derrière la tête #SextonTonSexeOuLesDeux

 

Le choix d’une troisième ligne « mobile et légère » a été payant, notamment pour contenir les vagues irlandaises en première période. Offensivement par contre, leur apport a été plus mesuré.  Petite déception pour Camara, qu’on nous avait vendu comme le Nyanga blanc (ou le Ouedraogo  noir je ne sais plus) et qui a été plusieurs fois maladroit en attaque. On mettra ça sur le compte de la jeunesse, du temps de merde et de sa proximité avec Dusautoir à Toulouse. L’entrée de Kévin Goujon a fait du bien en fin de match pour continuer à avancer et garder le ballon. Sexton n’ayant pas fini le match sans sortir blessé, on peut considérer que le pack français a tenu son rang. Même si Sexton serait probablement capable de prendre un KO juste à cause des mouvements d’air sur un cadrage débordement. 

Comme la semaine dernière, Bézy a déçu. Peu en vue, il n’a pas pesé sur le jeu comme son remplaçant a pu le faire. À sa décharge, pas évident de se distinguer dans un match où son équipe ne touche quasiment pas un ballon. Machenaud a quant à lui fait une excellente entrée. Le plus dur étant de dire si c’est le fait que l’équipe de France remette la main sur la ballon qui a permis au Racingman de se distinguer ou si c’est son entrée qui a permis aux Bleus de remettre la main sur le ballon. Je sais, cette question est très chiante à comprendre mais la réponse est importante. 

Plisson a fait un match correct sans vraiment briller pour autant. Il a en tout cas montré une certaine maturité dans la gestion du jeu, notamment dans les vingt dernières minutes, ce qui est plutôt rassurant si on veut miser sur lui pour l’avenir. Enfin… encore un ou deux matchs comme ça et il devrait se faire les croisés.

La paire de centres n’a pas vraiment eu l’occasion de se distinguer, les rares attaques françaises en fin de match étant souvent limitées à du jeu à une ou deux passes. Les ailiers n’en parlons pas même si Vakatawa s’est montré très disponible et volontaire. En même temps il le fallait bien puisque Maxime Médard a l’air décidé à battre le record de surnombres gâchés en un tournoi.  L’arrière toulousain, comme souvent, s’est montré hargneux et volontaire. Si sa religion ne lui interdisait pas de faire des passes à d’autres joueurs que Yoann Huget, il pourrait même être excellent. En attendant, difficile de ne pas être un peu sceptique devant l’emballement des journalistes pour son match. Mention à Richard Escot qui l’a nommé homme du match car c’est le joueur qui a parcouru le plus de mètres balle en main (et oui, c’est bien connu, les arrières n’ont jamais à remonter de ballon contrairement aux autres joueurs). Alors, quel est le principal défaut de Médard ?

 

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Il est égoïste !