Hollywood au secours du XV de France
par Ketchup-Mayol

  • 06 novembre 2015
  • 23

Par Ketchup-Mayol

 

Aux States, les films sur le monde du sport sont légion. Mais au sein de ce genre, il existe une sous-catégorie en soi qui reprend les éléments et codes d’une des composantes du mythe fondateur étatsunien du Rêve Américain, à savoir le « Rags to riches » : le fait de partir du ruisseau pour arriver au sommet.

Adapté au monde du sport, ce schéma va donner des résultats variables, allant du très bon (Rocky) au médiocre (The Indians). Le style de traitement va aussi varier entre le quasi-documentaire, la comédie grasse, le mélo larmoyant voire l’ode patriotique. Mais l’histoire reste la même : un tocard/une équipe de losers va gravir les échelons du championnat de boxe/basket/baseball/foot américain/balle au prisonnier pour atteindre la consécration ultime.

Après quatre années de règne de Saint-André et un parcours désastreux en Coupe du monde, la France a mal à son rugby. La fracture est profonde, et il n’y a qu’une seule manière de réconcilier l’EDF et son public. La solution, c’est Hollywood, l’usine à rêves. La solution, c’est The Fourth Year.

La Boucherie Ovalie se cache désormais derrière le grand écran (affiche du film par Fabouin Gathé)

Synopsis :

Le film commence en mars 2019 pendant le France-Géorgie du Tournoi des 7 Nations. Dans un montage nerveux – Tony Scott étant désormais trop mort pour réaliser le film, c’est Oliver Stone aux manettes – on voit la France s’incliner de trois points alors que sur la dernière action, son stratège, Louis Picamoles (Christian Bale, qui a fait sept mois de muscuuuuu pour le rôle pour quinze secondes de film) sort sur une civière.

Lors de la conférence de presse, Guy Novès (Bill Murray), explose dans une colère froide après une question d’un journaliste qui l’interroge sur cette première défaite du XV de France face aux Lelos. Après une diatribe sur les doublons et ces foutus présidents de clubs qui ne veulent pas prêter leurs meilleurs joueurs et l’empêchent de travailler, il annonce aux journalistes médusés qu’il rend son tablier avant de lancer : « La fédé peut bien se carrer mes trois doigts là où je pense ! ».

Bernard Laporte (Bruce Willis avec des lunettes rondes), président de la FFR, se retrouve sans sélectionneur et un effectif décimé à quelques mois de la Coupe du monde au Japon. Il envisage un temps de nommer Marc Delpoux au poste, mais finalement opte à la surprise générale pour Pierre Berbizier (Al Pacino, qui sera nominé aux Oscars pour sa composition d’une sobriété exceptionnelle), à qui il laisse carte blanche.

Le nouveau sélectionneur va avoir une discussion avec Guy Novès sur la falaise de Leucate. Novès va lui expliquer que tout le monde, clubs, fédé et LNR va lui mettre des bâtons dans les roues, et va lui conseiller de repartir de zéro.

Berbiz va donc monter sa dream team. Aux déjà titulaires Maestri (Jean Dujardin, bien que Marion Cotillard – superproduction hollywoodienne oblige – ait été initialement pressentie), Slimani (Michael Pena), Guirado (Jack Black), Ménini (Sean Astin), Suta (Dwayne Johnson), Dulin (Elijah Wood), et Fofana (Jamie Foxx), Berbiz va également rajouter des joueurs d’expérience. Bastareaud (Quinton Jackson) connaît bien le Japon pour y évoluer depuis un an après avoir été « séduit par le projet sportif » des Sony Kaijus de Yokohama. Le sélectionneur compte également sur l’esprit de revanche et la niaque de deux joueurs: François Trinh-Duc, (Keanu Reeves) qui en plus est « un peu de là-bas, enfin j’me comprends » et Yohan Huget (Oscar Isaac) . 

Le nouveau sélectionneur va passer plusieurs semaines à chercher Imanol (joué par Imanol car nul autre qu’Imanol peut jouer Imanol, surtout depuis que Chuck Norris est trop vieux), non pas que ce dernier soit caché mais à cause de l’incapacité de Berbizier à prononcer son nom correctement. Il finira néanmoins par le retrouver, entouré sa tribu au fin fond d’une vallée montagnarde, dans une ambiance qui ne sera pas sans rappeler le camp du colonel Kurtz dans Apocalypse Now. Dans une des scènes-clé du film, Berbiz se lance dans un plaidoyer monocorde et nasillard pour le retour de l’Idole, sous le regard impavide de Basques à moitié nus vêtus de peaux de bêtes. A la fin, Imanol interroge du regard les siens. Ces derniers lèvent les mains, et Imanol accepte de suivre Berbizier.

S’ensuivent quelques scènes d’entraînement filmées caméra à l’épaule façon Jason Bourne, mais Berbizier se rend vite compte que si les talents sont là, la mayonnaise ne prend pas. Il manque un leader à cette équipe.

Il se rend dans les laboratoires de chimie d’EADS où travaille Thierry Dusautoir (Will Smith) depuis qu’il a raccroché les crampons après le Tournoi 2016. Dans un premier temps, ce dernier va refuser. Mais le soir même, il est visité par le fantôme de Nelson Mandela (Morgan Freeman, qui reprend son rôle d’Invictus) qui le convainc de redevenir le maître d’un destin qui lui a échappé ce soir funeste d’octobre 2015. A la surprise générale, Titi débarque à Marcoussis avec Teddy Thomas (Jaden Smith – condition sine qua non pour avoir Will Smith dans le film).

L’entraînement reprend dans de meilleures conditions maintenant que l’équipe à un chef, quand Guy Novès réserve à Berbizier une autre surprise. Des années d’efforts et de manigances ont enfin porté leur fruit: après avoir fait partie de la délégation française aux championnats du monde de Badminton et avoir appris à reconnaître plus de 54 fromages à l’odeur, Steffon Armitage (Cuba Gooding Jr) est désormais sélectionnable en bleu. Ou rouge. Enfin bref…

S’ensuit une longue séquence de « montage » avec travail sur les skills (Huget admettra que les passes, ‘on sait pas faire’), un peu de muscuuu mais pas trop, un gag ou l’on voit Maestri jeter un wattbike dans une décharge de peuneus…

 La #JapanRWC2019

Tombée dans la « poule de la mort » avec la Nouvelle Zélande, la Namibie, les Samoa et l’Australie, la France est pratiquement assurée d’une sortie anticipée de la compétition . En plus, le premier match se joue contre les All Blacks. Interviewé, le capitaine Julian Savea qualifie les Bleus d’équipe « valeureuse, qu’il faut respecter » . Ce match va être une lourde défaite.

L’atmosphère est tendue, le groupe vit mal, mais Titi réussit à calmer les esprits et à convaincre que le groupe n’est pas mort. Rendant des copies propres contre la Namibie et les Samoa, la France va se sublimer contre toute attente face à une Australie beaucoup trop confiante. Par deux fois, Huget se retrouve à la réception d’une diagonale de Trinh-Duc et obtient un rebond favorable. La France se qualifie à la surprise générale en quarts alors que le hashtag #FrenchChatte envahit tous les réseaux sociaux.

Lors des quarts, la France affronte sa bête noire, les Pumas, mais un Teddy Thomas virevoltant inscrira l’essai de la victoire et sera élu Talent d’Or à l’unanimité par les téléspectateurs de France 2, bien que « la chaîne du rugby » ne diffuse pas ce match.

En demi finale contre l’Angleterre, les Bleus vont souffrir terriblement mais grâce aux grattages d’Armitage, ils mènent de deux points à la dernière minute, quand soudain, une passe est interceptée par mike brown Mike Brown MIKE BROWN  qui file inexorablement à l’essai. Sauf que Slimani s’arrache dans un sprint d’enfer et plaque le plus courageux des Anglais. Après quelques secondes d’angoisse, la vidéo montre que Slimani a poussé MIKE BROWN en touche juste avant qu’il aplatisse. La France est en finale.

Malheureusement, le pilier s’est gravement blessé sur l’action, et alors qu’il attend d’être emporté sur civière, son copain Bastareaud reste auprès de lui. Slimani demande à Bastareaud de continuer son œuvre, avant de perdre connaissance. Basta lève un regard embué vers le ciel.

Un plan sur un journal japonais nous apprend que la finale se jouera contre… la Nouvelle-Zélande.

Lors d’une conférence de presse, Berbizier annonce la composition de son équipe. La nouvelle fait l’effet d’une bombe : Bastareaud va jouer pilier à la place de Slimani en l’honneur de son pote toujours plongé dans le coma. Mais ce n’est pas tout, les Bleus ne feront pas deux fois la même erreur, une omission capitale qui avait coûté cher en 2015. Basta sera remplacé au centre par David Marty (Jason Statham, un spécialiste de LA BAGARRE). Berbiz se lève alors que la salle de presse devient complètement hystérique.

 

La composition du XV de la Finale

Le jour de la Finale arrive. Le stade est plein de Japonais brandissant des panneaux #FurushenShatsu, montrant que les Bleus sont désormais les chouchous du public.

Lors du haka, (le Ka Mate, les Bleus étant désormais jugés indignes du Kapa o Pango), les Bleus fixent d’abord leurs adversaires, puis l’un après l’autre, leur tournent le dos en croisant les bras. Le défi est lancé. Le stade est en transe.

Evidemment, la première mi-temps va être un carnage: les Blacks vont mener de 40 points et à la pause, tout semble perdu pour les Bleus. Mais ils vont remonter leur retard dans une orgie de French Flair, plongeant les Blacks dans le doute, les poussant au mauvais geste : à la 70ème, une générale éclate et Marty et Retallick sortent sur carton rouge. A la dernière minute, les Bleus n’ont qu’un point de retard. Fofana a la balle, il voit trois Blacks lui barrer la route. Sur son visage on peut lire qu’il sait qu’il ne passera pas et tout d’un coup, la sérénité… et l’impossible se produit: il fait une passe. Le ballon quitte ses mains au ralenti… Bastareaud reçoit la balle, et sans réfléchir, DROP !

Deux fins dans la version DVD :

Version US : le drop passe ! La France est championne du monde, c’est le bonheur. Les All Blacks, beaux joueurs, font une haie d’honneur au Français.

Director’s cut : Le drop passe à côté. La France a perdu, pourtant tous les joueurs ont le sourire. Qu’importe la victoire, la France a retrouvé son rugby. Les All Blacks, beaux joueurs, font une haie d’honneur au Français. En fond, on entend la voix de Christian Jeanpierre célébrer « le courage de ces Bleus de France » dont il est « un fan absolu ».

Fondu au noir. On peut lire à l’écran qu’après cette CDM, le nombre de licenciés du rugby a explosé, qu’une église des Martystes du 7ème jour est née et que Bernard Laporte a été élu président à vie de la FFR, provoquant l’exil Serge Blanco vers son Vénézuela natal.

Puis retentissent les premières notes d’une reprise de « Tourner les serviettes » par Hans Zimmer… THE END