[Portrait] Jacques Burger
par La Boucherie

  • 14 septembre 2015
  • 11

 

Par Capitaine A’men’donné

« À chaque fois que j’affronte les Saracens, je passe mon match à regarder autour de moi pour éviter d’être dans le coin du mec frisé. » Jordan Turner-Hall

Né à Windhoek, révélé à Kimberley, confirmé à Aurillac, telle est la terrible destinée de l’immense Jacques Burger. Qui a malgré tout fini par avoir le droit d’habiter dans une vraie ville, avec l’eau courante et tout.

Loin d’une sous-marque Leader Price de Shalk, Jacques surpasse celui-ci dans les tâches défensives, tout en lui concédant de la percussion dans le registre offensif. Et si Shalk a déçu d’illustres observateurs à propos de son intelligence, ce ne fut jamais le cas de Jacques, car personne n’en a jamais attendu quoi que ce soit en la matière. À commencer par ses entraîneurs, plus intéressés par ses aptitudes d’équarrisseur que par une hypothétique vision du jeu. Il faut dire qu’il fait ça si bien, Jacques, retourner du seconde ligne, déblayer ce qui passe à portée de main (judicieusement ou pas, mais c’est justement ce qui fait la différence entre rugby et mikado : au rugby on déblaye d’abord, on réfléchit ensuite, soit l’inverse du mikado), plaquer du numéro 9 aux pommettes, faire d’une affaire personnelle l’imminent burn-out du 10 adverse, étouffer de ses pognes velléités et trachées de ses vis-à-vis… En un mot, entraîner les joueurs adverses dans une guerre psychologique où, à défaut de l’emporter, il les obligera au moins à entamer une thérapie.

 

« J'ai joué N°8, mais je n'aime pas trop, car il faut réfléchir avant de s'engager. » PICA PA DACCOR.
« J’ai joué N°8, mais je n’aime pas trop, car il faut réfléchir avant de s’engager. » PICA PA DACCOR.

 

Là où tant de Sud-Africains trop mauvais pour les Boks ou même pour les pires équipes européennes évoluant aussi en bleu (pas seulement la France, bande de mauvaises langues) choisissent le maillot namibien ; là où tant de Namibiens talentueux optent pour le maillot plus vert du voisin, Jacques est toujours resté fidèle à son pays.

Fidèle, infatigable, aboyant au moindre geste de ceux qu’on lui a demandé de garder, une dégaine de chamallow masquant un physique robuste, et des frisettes cachant un regard vide et un peu fou où l’on peut distinctement lire « essaie seulement de bouger, j’attends que ça pour avoir une excuse pour regarder directement ce qu’il y a sous ta peau » : à une lettre près, Burger a tout du berger des Pyrénées. On distinguera seulement les deux à leurs museaux, plus court que le crâne en forme de coin chez le canidé (quoi que ça veuille dire, merci Wiki) ; saillant, tordu et constamment éraflé chez le Burger du Kalahari, la faute à 5 fractures contractées à force de plaquages bille en tête sur les aines les moins accueillantes du rugby mondial.

 

"Merde, j'ai perdu le fil. J'ai le droit de le désosser celui-là?"
« Merde, j’ai perdu le fil. J’ai le droit de le désosser celui-là? »

 

Mais sous ses allures de chien de paysan né le cul dans la merde de mouton, sous ses allures de bourreau sacrifiant conscience et morale pour le bien de son équipe, sous ses discours bourrus aux journalistes dignes d’un Pascal Papé des mauvais jours, sous cet amour du doux son des cartilages écrasés et celui plus sec des os désaxés, ne se pourrait-il pas que se cache un homme sensé ? Sous le joueur doué pour le désossage en règle, ne peut-on pas discerner un joueur intelligent ? Assez pour jouer d’abord sur ses qualités naturelles, certes, mais aussi assez pour faire preuve, le moment venu, d’intelligence situationnelle ?

C’est ce que l’on a pu déceler cet été lors du match de la Namibie contre la Russie : un splendide petit par-dessus pour son ailier qui file à l’essai. Certaines mauvaises langues ont dit qu’il a juste raté son geste, et que sa véritable intention était d’allumer la gueule du centre adverse.

 

Jacques, fais taire ces incroyants ! Continue à maltraiter tes adversaires comme d’autres les peuneus ! Continue à faire grandir ta chère Namibie, ne serait-ce qu’au cas où elle se dote un jour d’un staff médical compétent, voire d’une fédération digne de son équipe nationale – on peut rêver. Continue de faire des Saracens l’une des meilleures et des plus drôles équipes d’Europe (Ha, ces quarts contre le Racing et l’Ulster ! Et cette demi face à l’ASM, ton chef d’œuvre de charité, pour éviter à Clermont une énième désillusion en finale ! Vous voyez que c’est un gentil).

COUCOU QUI C'EST?
COUCOU QUI C’EST ?

 

Et si un jour, même si j’en doute, tu en as marre de passer pour un crétin aux yeux de ceux qui ne jurent que par les grandisses ou les troisième ligne de rupture, reviens donc à Aurillac. Aucun joueur n’a marqué aussi durablement ce club en y étant resté si peu de temps. Il faut dire que dans ce public où Raphaël Chanal faisait figure de demi-dieu, un bon tampon dans les côtelettes est encore mieux apprécié qu’une vulgaire chistéra ou autre passe volleyée – et c’est pratique, le CHU n’est qu’à 200 mètres du stade.

Jacques, que tu refoules ou non la pelouse du Jean-Alric et tes talents d’attaquant, sache qu’aux yeux de ceux qui comprennent un peu ce sport, tu es et resteras un très grand parmi les obsédés des tâches obscures. Et donc un très grand tout court.