Guy Novès, mes 1000 matchs au Stade Toulousain
par Damien Try

  • 03 juin 2015
  • 15

Par Damien Try,

 

A l’occasion de la nomination-surprise de Guy Novès à la tête de l’équipe de France, nous avons décidé de nous replonger dans le bouquin de l’ami Guytou. Le livre est paru en 2013, peu après le 1000ème match en rouge et noir de l’homme aux trois doigts, et retrace sa carrière. Il s’agit d’une compilation d’anecdotes, sportives et extra-sportives, de la bouche de Novès et de ceux qui l’ont côtoyé.
Ça pourrait tout à fait être totalement inintéressant, lisse et convenu, mais la personnalité de l’homme rend ça très drôle. Donnez la parole 5 minutes à celui qui a gagné 12 Brennus grâce à son aigreur et vous aurez quelques pépites. Faites-lui écrire un bouquin et vous aurez de l’or en barre.
Comme on sait que c’est un peu long pour vous bande d’analphabètes, on vous a fait un petit best-of. Mais si ça vous plaît n’hésitez pas à acheter le bouquin, quelques passages en valent la peine mais sont trop longs pour être pompés intégralement ici, comme la finale de 1997 ou bien sûr l’arrestation à Édimbourg. Et puis y a des belles images, vous aimez ça les images, hein ? J’ai personnellement été choqué de découvrir qu’il y a 40 ans Guy Novès ressemblait à Alain Delon et que Pierre Villepreux avait des cheveux sur le dessus du crâne.
Voici donc une sélection de quelques moments savoureux dans l’ordre chronologique :

 

Un match du Du Manoir, en nocturne, où je réussis le doublé.
Ça commence très fort…

 

Rapporté par JC Skrela :
Durant toute la rencontre, deux supporters agenais, perchés sur un arbre bordant le stade, ont insulté Novès et Gabernet. Ils leur balançaient des noms d’oiseaux, s’en donnaient à cœur joie. Le match n’était pas terminé et soudain je vois les deux, qui s’entendaient comme des larrons en foire, quitter la pelouse et courir vers l’arbre où les deux énergumènes jactaient sur eux. Guy et Serge ont commencé à ramasser des cailloux et à les jeter sur les deux spectateurs. Heureusement pour eux, ils ne sont pas descendus de leur branche, parce qu’ils auraient été bien accueillis…
OKLM, on raconte qu’on lapide des spectateurs. Delon et Trevor sont des petits joueurs.

 

Jean-Pierre est à côté de moi. Il se couche sur un ballon chaud et là, il se fait marcher dessus par le féroce pilier droit Graham Price. Jean-Pierre, je me serais fait tuer pour. Je vois le dos de Price, je me lance dans la mêlée et je lui balance un coup de pompe dans le dos. Un coup de pied à un joueur à terre ! Un truc dégueulasse dont je me souviendrai toute ma vie. Il s’est relevé, comme si de rien était ? Moi, je devais avoir une entorse de l’orteil… J’ai pris une belle leçon d’humilité.
#toujourspasintentionnel

 

Au cours de la saison, je me suis retrouvé être le larbin de Villepreux et Skrela. C’est ce qui a forgé mon expérience. Je faisais certains entraînements, mais, dès qu’il y avait un journaliste dans les parages, j’étais écarté du terrain. Un mercredi, je viens au stade et je me retrouve tout seul… Ils avaient proposé à Christian Deleris [entraîneur de Colomiers] un entraînement avec opposition à Colomiers. Ils avaient juste oublié de me prévenir. J’étais choqué. Je me suis rendu compte ce jour-là que j’étais un peu seul de mon côté… Mais bon c’est bien connu, ce qui ne te tue pas te rend plus fort !
Quand Guytou cite Nietzsche

 

Jean-Michel Rancoule :

Il nous avait ajouté une séance spécifique, un atelier vitesse, le mardi. […] Je peux te dire qu’il y avait des « pattes, derrière » à cette époque-là au Stade Toulousain.
A cette époque-là, à cette époque-là… Eh bien Jean-Michel, cible peut-être un peu ton recrutement. La vitesse c’est mieux que des rouflaquettes, des gros biceps ou des sourcils broussailleux pour un ailier il me semble, non ?

 

Sportivement, cette tournée [1978] avait été bonne pour moi. Mais d’un point de vue humain, les rapports se sont dégradés avec le staff, surtout avec Fernand [Cazenave, directeur de la tournée]. On était capable de faire le mur pour aller boire une bière. D’ailleurs, on l’a fait !
On se demande vraiment pourquoi les rapports se sont dégradés d’un point de vue humain.

 

Lors de sa courte carrière d’entraîneur à Blagnac :
Tout le monde était adorable avec moi. Mais le rugby semblait n’être qu’une excuse pour faire la grosse fête et prendre de grosses charges après les matchs.

 

Vincent Clerc :
Je crois que, lors de cette 1ère rencontre, quand il m’a vu, il a été un peu déçu. Il attendait un ailier au gabarit de Fidjien. Jean-mi [chel Rancoule, le recruteur du Stade] avait dû mentir sur ma taille et mon poids. Je crois que Guy a été déçu par mes mensurations, qui n’avaient rien de monstrueuses…
D’autres personnes de la famille auraient elles aussi étés déçues par les mensurations de Vincent Clerc, mais cela ne nous regarde pas.

 

Eh bien nous, nous n’étions pas là pour promouvoir « le jeu à la toulousaine » mais pour assurer la promotion du… « jeu à la toulousaine » ! Celui que j’ai toujours défendu sur le terrain et que je défends encore aujourd’hui. Un jeu où tu dois être capable de relancer de ton en-but, de jouer au pied pour éloigner très rapidement le danger, mais capable aussi de jouer dans le petit périmètre […].
Si quelqu’un a compris la première phrase, qu’il se manifeste. Si quelqu’un a une idée de la date de la dernière relance « depuis son en-but » du Stade Toulousain, qu’il se manifeste aussi.

 

En parlant de Christophe Deylaud :
On va souvent chercher des joueurs qui sont le reflet de sa propre personnalité. C’était le cas avec Christophe. Je me souviens qu’après les entraînements je restais 20 minutes, parfois plus, avec lui pour qu’il travaille son coup de pied.
Jonny Wilkinson vient de s’évanouir.

 

On perd en demi-finale (39-3 contre le SF en 98). Le Stade Toulousain a servi l’équipe de France comme jamais. Les joueurs internationaux sont épuisés. […] Nous sommes tombés sur une équipe parisienne jeune, pleine de gaz et d’envie. Cette défaite nous a remis les pieds sur terre ! Et puis on voulait faire un cadeau au Stade Français et à Max, son président, que j’aime bien. Je ne pouvais pas l’empêcher de jouer la première finale du rugby au Stade de France.

 

Coupe d’Europe 98, défaite à Ebbw Vale avec un arbitrage contesté par les Toulousains :
Dans le vestiaire je vais voir Vencheri et lui demande sa version des faits, parce qu’il était quand même accusé d’avoir mis un coup de pied à un joueur à terre. Il me jure sur la tête de ses enfants que ce n’est pas vrai… Je suis allé défendre mon joueur auprès de l’arbitre. Je me souviens même lui avoir dit qu’il était malhonnête… Quand on a revu les images du match plus tard, on a également revu le coup de pied de Vencheri sur un Gallois au sol ! Il n’a jamais plus rejoué en équipe une du Stade toulousain et il a dégagé du club rapidement. […] Ce fut son dernier match. Pourtant, c’était un brave mec.

 

A la fin du match, je suis allé saluer nos supporters […]. J’aime bien aller remercier comme ça les gens qui ont eu la chance de faire le déplacement. C’est difficile pour eux d’avoir à soutenir une équipe qui enchaîne les déplacements. En trois ans, ils ont dû faire une finale en Écosse, une autre en Irlande et enfin celle de Twickenham.
C’est pour ça que je suis pour Grenoble : je suis pas emmerdé avec des finales lointaines.

 

On est dans la peau de Jeanne d’Arc encerclée par les Anglais. Avec cette victoire, on renait de nos cendres.
Je suis nul en histoire, mais il me semble que ce ne fut pas le cas de la Lorraine.

 

Victoire contre le Stade Français en ½ :
Alain Penaud jouait à l’ouverture, en face. Notre « ami Alain » a très mal vécu cette défaite. C’est ce jour-là qu’il est devenu « anti-Toulousain » !