Et si… Jonny Wilkinson avait signé à Bayonne ?
par Copareos

  • 26 mai 2015
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Par Copareos,

 

Nous sommes à la fin de l’année 2008. Jonny Wilkinson vient de faire un aveu à la presse : il veut partir de Newcastle, aller voir ailleurs. Celui qui a offert la Coupe du monde 2003 à l’Angleterre en a marre de ne pas réussir à faire une saison pleine. Cependant, à bientôt 30 ans et après de multiples blessures, le demi d’ouverture représente un investissement à risques. C’est pourquoi le Racing-Metro a rapidement abandonné cette piste de recrutement. Deux clubs restent malgré tout très intéressés : Toulon et Bayonne.

L’agent de Wilko, qui s’avère aussi être son père, a rencontré le président bayonnais de l’époque, Francis Salagoïty, mais ce dernier a trop laissé traîner les négociations et c’est Mourad Boudjellal, rencontré le lendemain, qui obtient la signature de Wilko alors que le club de la Rade avait une très mauvaise réputation aux yeux de ce dernier. Le président toulonnais tient enfin son grand ouvreur après l’échec de la venue de Dan Carter. S’en sont suivies cinq saisons sans grande blessure, deux coupes d’Europe et un Bouclier de Brennus pour le RCT. Cependant, que se serait-il passé si Salagoïty avait fait signer Jonny Wilkinson dans le Pays basque ? Nous on le sait, et on va vous le dire.

 

L’arrivée à Bayonne

La nouvelle a fait sensation en ce printemps 2009 : Jonny Wilkinson va signer à Bayonne. Dans un entretien exclusif à Sud Ouest, il avoue croire au projet bayonnais qui lui a été présenté. Il va même jusqu’à avouer que l’autre club qu’il a rencontré, Toulon, ne l’attirait vraiment pas : « Le club n’a pas une bonne réputation et le président m’a parlé de doublé Top 14-H Cup. Il vit dans son petit monde. Mais mon choix était déjà fait dans ma tête, je voulais jouer à Bayonne ». Seulement voilà, l’arrivée de l’ouvreur anglais a fait exploser la masse salariale du club. Certains joueurs coûteux et non moins talentueux ont donc dû faire leurs valises, comme Pepito Elhorga ou encore Xavier Garbajosa.

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Le saviez-vous ? Jonny Wilkinson aurait également pu jouer au Stade Français.

 

Des débuts prometteurs

Du fait des départs de certains joueurs expérimentés, l’équipe de l’Aviron est majoritairement composée de jeunes. Au fil de la saison 2009/2010, l’équipe s’améliore et termine à une sixième place leur permettant de disputer un barrage à l’extérieur, face au Stade Toulousain. Malgré la précision extrême de Wilkinson, qui aura inscrit 80% des points de l’équipe sur la saison, Bayonne perd 18-21. Soucieux de voir son équipe s’améliorer pour la saison prochaine, le président bayonnais se met à la recherche d’un investisseur afin de pouvoir recruter des joueurs pouvant porter le club vers le Bouclier de Brennus. C’est ainsi qu’Alain Afflelou est nommé vice-président, tout en promettant d’investir de façon durable dans le club. Quelques joueurs signent alors, dont le jeune prodige Yoann Huget. Bayonne réalise une saison 2010/2011 splendide, ponctuée par une victoire de prestige à Clermont-Ferrand, mettant fin à plus d’un an d’invincibilité à domicile des Auvergnats.

L’équipe basque termine à la deuxième place et se fait battre en demi-finale, à nouveau face au Stade Toulousain. C’est d’ailleurs dans ce club que Yoann Huget se dirige à l’intersaison, fort de son statut de meilleur marqueur d’essais de la saison. Mais l’Aviron fait rapidement le deuil de ce transfert puisqu’Alain Afflelou annonce qu’il compte augmenter sa participation financière dans le club. De grands noms arrivent alors sur la côte basque, tels Joe Rokocoko, Richie McCaw ou encore Bernard Laporte. On reproche alors à Afflelou, devenu président du club, de créer une équipe de mercenaires. L’entrepreneur laisse filer ces critiques tout en recrutant Mike Phillips, demi de mêlée gallois. On annonce Bayonne comme étant l’équipe favorite de la saison 2011/2012 du Top 14, avec une charnière de rêve. Cependant, l’Aviron va tomber de haut.

Jonny Wilkinson Brian O'Driscoll

– Tu joues où toi déjà ?

– A Bayonne.

 

La chute

Le 27 juillet 2011, Mike Phillips décide de profiter des fêtes de Bayonne pour découvrir la vie nocturne de sa nouvelle ville. Il organise alors une virée avec quelques joueurs de l’équipe, dont Jonny Wilkinson. Bien que Jonny soit connu pour être un acharné de travail, il n’a pas pu s’empêcher d’accepter l’invitation. En effet, il a appris dans la semaine sa présence dans la liste des joueurs anglais participant à la prochaine Coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande. A 32 ans, cela était inespéré pour lui. Sa joie a donc dépassé son sérieux. Malheureusement pour lui, cette soirée va changer sa carrière. A 3 heures du matin, il est surpris en train d’uriner sur un individu ivre mort.

Le choc est total. L’individu en question, en état de coma éthylique, se trouve être le président des supporters de l’Aviron. La sanction est sans appel : Wilkinson est exclu du club. Plus personne ne veut de lui. Après de multiples excuses, Wilkinson reçoit une offre de Perpignan. Le club catalan vient de laisser partir Dan Carter à Toulon et cherche un nouvel ouvreur pour les aider dans leur nouvelle saison… en Pro D2. Wilkinson n’étant -vraiment- pas malpoli, il accepte. La saison 2011/2012 de Jonny LE CATALAN est en demi-teinte. Il ne parvient pas à se faire au jeu pour le moins original des Perpignanais, particulièrement celui de David Marty. Mais l’essentiel est assuré en finale d’accession face à Oyonnax, club rural n’ayant clairement pas le niveau pour jouer en Top 14. Jonny va enfin retrouver l’élite, avec comme objectif personnel de battre Bayonne, comme un symbole ©.

Cependant, après la perte de leur ouvreur et les frasques multiples de Mike Phillips, qui a notamment envoyé un tweet coquin à Gonzalo Quesada sur Twitter, Alain Afflelou décide de se retirer de l’organisation du club bayonnais pour se consacrer à l’optique et au football, sport aux Valeurs© et à la rentabilité plus grandes. Ce retrait a pour conséquence la fuite des joueurs et un vent de panique se lève sur le club, 14ème à l’issue de la saison avec 6 points. La descente aux enfers semble inévitable quand Serge Blanco, qui sent bien que son club va aussi y passer, propose une entente entre le Biarritz Olympique et l’Aviron Bayonnais : l’Aviron Olympique Basque.

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Sans son copain, Mike Phillips tire la gueule.

 

Le renouveau

Pour cette saison 2012/2013, Wilkinson retrouve son meilleur niveau et porte l’USAP de Marc Delpoux vers les sommets. Mais alors que les Catalans sont leaders du championnat après 10 journées, l’ouvreur anglais se blesse aux ligaments croisés et ne jouera plus de la saison. Handicapé par le salaire de Wilko, l’USAP ne peut recruter et fait donc confiance à ses jeunes ouvreurs. Le club finit la saison à la 7ème place, aux portes de la phase finale, et Wilko n’aura pas pu jouer contre l’AOB. C’est alors le temps des doutes pour l’Anglais de 34 ans. Il hésite longuement à arrêter mais les dirigeants de l’USAP, libérés du salaire de Nicolas Mas, arrivent à convaincre l’ouvreur de re-signer pour une année en faisant venir Jean-Marc Doussain, élu meilleur joueur européen de la saison passée avec Newcastle et demi de mêlée indiscutable du XV de France imbattable de Philippe Saint-André.

En effet, Jonny parti de Newcastle, le club anglais a recruté le jeune Doussain au centre de formation de Toulouse. Et depuis, le club fait partie du top européen. Ainsi, la forte influence du demi de mêlée/talonneur dans les deux Grands Chelems réalisés en deux ans par le XV du Coq arrive à motiver Wilko, qui repart pour un dernier tour, espérant enfin gagner un titre en France. La saison 2013/2014 de l’USAP et de sa charnière commence par une victoire chez les doubles champions de France en titre castrais. Ensuite, les choses se compliquent quelque peu pour les Catalans, du fait de la fragilité de leur ouvreur, blessé pendant trois semaines en novembre. Mais un bon parcours en Challenge Européen va entretenir la motivation des joueurs et ceux-ci terminent la phase régulière à une 4ème place honorable. Perpignan doit également jouer une demi-finale de Challenge Européen face à la redoutable équipe de Trévise, remportée sur la sirène grâce à Jonny Wilkinson.

Le barrage de Top 14 se solde lui par une victoire à Aimé-Giral face à Grenoble 23-8. Puis en demi-finale, Jean-Marc Doussain inscrit un quadruplé face à son club formateur, Toulouse, et envoie à lui seul l’USAP en finale face… à l’AOB. Mais avant se joue une autre finale, celle du Challenge Européen face à une équipe de très haut niveau : Brive-La-Gaillarde. Le combat est rude à Twickenham, antre que Jonny connaît parfaitement, et le public anglais soutient ardemment son héros. Au final l’USAP l’emporte 20-13, offrant enfin à Wilkinson un titre majeur. C’est alors la folie dans le stade, où les Perpignanais se mettent à rêver d’un doublé. Wilkinson savoure son titre en faisant un tour d’honneur et en allant saluer les supporters, mais il ne doit pas traîner, il faut nettoyer le stade et la pelouse pour la vraie finale de coupe d’Europe, celle de la H-Cup, le lendemain entre Toulon et Newcastle.

 

La semaine suivante c’est la finale de Top 14. Tous les yeux sont rivés sur le Stade de France pour ces retrouvailles enflammées entre Wilkinson et (ce qu’il reste de) Bayonne. Le match commence sur un rythme effréné. Les équipes se rendent coup pour coup et le score est de 12-12 à la mi-temps sans qu’aucun essai ne soit marqué. En seconde mi-temps, Doussain part au ras et donne le ballon à Marty qui confond la ligne des 22 mètres avec l’en-but, aplatit, et donne inconsciemment le ballon à Dimitri Yachvili qui, d’un magnifique coup de pied, envoie Maxime Mermoz marquer le premier essai de la rencontre. Une célébration ridicule plus tard, Wilkinson joue sur Harinordoquy qui laisse filer le ballon dans les bras de Sébastien Vahaamahina. Celui-ci transperce la défense et passe après contact à Jean-Marc Doussain, dont le nom est scandé par le public : 19-19. Le match retrouve alors son aspect tendu et on doit attendre la 78ème minute et une faute des Basques dans leur camp pour croire au moment de grâce de Jonny Wilkinson. Face aux poteaux, à 30 mètres, Wilko s’élance et… voit sa tentative passer à gauche des poteaux.

Sur le renvoi, l’AOB récupère le ballon et avance au fil de multiples phases de jeu. Quarante pick-and-go plus tard, l’ouvreur basque Bustos Moyano, est en place pour le drop. La sirène a déjà sonné depuis deux minutes quand Yachvili lui transmet le ballon. Ca passe, 22-19, l’AOB est champion. Serge Blanco exulte, Wilkinson pleure. Le doublé est raté. Le lendemain, les joueurs catalans fêtent leur titre de Challenge Européen devant 50.000 personnes en délire sur le port de Canet-en-Roussillon. Wilkinson fait ses adieux au monde du rugby par la petite porte et se dirige désormais vers le poste d’entraîneur des ouvreurs de la Rochelle. Il y a onze ans, il était sur le toit du monde.