[VI Nations] 4ème journée : Les autres matches
par La Boucherie

  • 18 March 2015
  • 7

Par Capitaine A’men’donné,

 

Pays de Galles – Irlande

Cela fait déjà une dizaine d’années que le dyschromatopssico est toujours attendu avec ferveur non seulement par les fans des deux équipes, mais aussi par tous les amateurs de rugby en général, et plus généralement par tous les gens qui prennent plaisir à voir des rouquins tenter de s’entre-tuer, et ils sont nombreux. Mais, comme son nom l’indique, le duel entre les Rouges et les Verts est depuis toujours le cauchemar des daltoniens.
Néanmoins, samedi dernier, même les handicapés de la couleur ont dû accueillir avec un soupir de soulagement l’entame de ce match s’ils ont avant cela passé le temps en essayant de ne pas devenir totalement aveugles en regardant l’effroyable première mi-temps de Toulouse-Montpellier. Les doublons ont toujours cela de bon.
Car ce fut un excellent match, l’un des meilleurs de cette cuvée 2015, et de loin le meilleur en ce qui concerne l’intensité. Comme quoi, même avec la pression du résultat, même lorsque les défenses prennent le pas sur les attaques, même avec un arbitrage manquant parfois de cohérence, et même lorsque l’homme du match l’est pour sa performance défensive, un match de rugby peut être spectaculaire. Cela pourra être utile à rappeler la prochaine fois qu’un staff du Top15 prendra ces excuses pour justifier un match aussi rébarbatif qu’un bilan comptable rédigé en Latin -chiffres romains compris.
Les Irlandais furent colossaux en mêlée et dans la conservation ; les Gallois par leur abnégation et leur discipline défensive & collective. Et par un certain réalisme offensif, ce qui fit pencher la balance en leur faveur.
Avec les Anglais, ces deux équipes sont encore en course pour remporter le Tournoi. La France aussi, mais outre le rocambolesque concours de circonstance qu’il faudrait aux Bleus, ça serait une insulte à ce jeu digne des pires Brennus du Biarritz Olympique.

caries-4a64ced

Ce fut aussi un gros combat d’hygiène dentaire, avec une large victoire pour l’Irlande qui justifie sa réputation de Roumanie de l’Europe de l’ouest.

 

AngleterreEcosse

Le Tournoi 2014 avait vu l’avènement de la French-Chatte. Cette année, pour trouver des innovations technico-tactiques, il faut chercher dans les cahiers de jeu de Vern Cotter. Fraîchement arrivé à la tête du XV d’Écosse, celui-ci a fait de la sélection calédonienne une redoutable & innovante machine à perdre. Ainsi, après deux bons matchs perdus face à la France et au Pays de Galles, puis un mauvais match perdu face à l’Italie, tout était en place pour la tactique de guerre psychologique la plus loufoque vue dans le Tournoi -depuis le replacement de Bergamasco en 9- mise en place samedi face à l’Angleterre.
Le principe en est assez simple, mais il faut avoir du courage pour oser une telle stratégie de jeu. En effet, les Écossais sont entrés tambour-battant dans le match, mais à rebours. Effectuant 15 premières minutes d’un niveau qui ferait honte à un coach de Fédérale3b, tout en acceptant d’encaisser 10 points, on pensait le XV du chardon à la dérive. Mais les Anglais aussi le pensaient, ce qui était le but de Cotter. Passé le premier quart d’heure, l’Écosse s’est remise à jouer à son niveau réel (ventre mou de Prod2 à vue de nez), face à un XV de la rose en mode branleur-vas-y-que-je-tente-des-trucs-de-ouf-pour-mon-best-of-Youtube. Il n’en fallait pas plus pour que le match soit finalement serré, alors que l’écart de niveau entre les deux équipes ne fait aucun doute.
Les Écossais, se sentant incapables de hausser leur niveau de jeu, ont donc tenté l’inverse : abaisser celui de l’Angleterre, et après 40 minutes, ce sont bien les Calédoniens qui virent en tête. Murrayfield est sous le choc, pas tant par le fait que son équipe mène d’ailleurs, que par le niveau grotesque de cette première mi-temps.
Las, l’équipe d’Angleterre qui déjoue, ça reste quand même d’un meilleur niveau que l’Écosse amputée de certains de ses meilleurs éléments. Aussi, de 10-13 à la mi-temps, le score final fut de 25-13.
Ainsi fidèle à son Histoire, l’Écosse n’a pas abdiqué, mais a perdu. On retiendra quand même leur force sur les rucks, y récupérant des ballons totalement improbables, ce qui fait que cette phase de jeu reste l’une des plus mystérieuses de ce sport. Y compris pour les arbitres d’ailleurs, car, eu égard aux plus élémentaires lois du rugby et de la physique, comment un ballon peut ressortir d’un côté alors que tout les éléments s’accordent à désigner l’autre ? Le temps que le directeur de jeu puisse résoudre cet épineux problème, il est évidemment trop tard. Ceci n’est pas à proprement parler une innovation technique, mais il faut saluer le grand retour du Bonneteau à l’Écossaise. Les Anglais et Monsieur Poite n’y ont vu que du feu, aussi nous leur déconseillons de s’aventurer du côté de Barbès lors de leurs prochains séjours à Paris.
En fin de match, les hommes de Cotter nous ont aussi montré une innovation technique bien réelle celle-ci, le groupé retro-pénétrant. Sur une touche, on forme le maul, et, à la poussée, on perd 20 mètres sans se délier ni sortir le ballon. Alors là, on sait pas à quoi ça peut bien servir, mais ce fut superbement exécuté. Tel est le revers de la médaille de l’innovation, il s’agit avant tout de créer, et l’utilité n’est qu’une conséquence imprévisible. Néanmoins, tout cela prouve une fois de plus que Vern Cotter est un homme imprévisible et retors, aussi, il conviendra de se méfier d’un coach capable d’idées aussi perverses. L’Irlande est prévenue.

 

Le XV du week-end, réalisé par un daltonien

Compo vierge

 

1 – Plutôt un vert.
2 – Un rouge ou un vert, je sais plus.
3 – Plutôt un vert encore.
4 – Là, du rouge.
5 – Là, un vert pour équilibrer.
6 – On passe au rouge.
7 – Du rouge, définitivement.
8 – David Denton : On croyait tous qu’il était mort.
9 – Sébastien Tillous-Borde (France) : Son sens de l’humour tactique a sauvé la première mi-temps.
10 – Kelly Haimona (Italie) : Ce fut son meilleur match pour l’Italie de sa carrière.
11 – Jonathan Sexton (Irlande) : Même un mauvais Sexton, ça reste du Sexton (sauf au Racing).
12 – Jonathan Joseph (Angleterre) : Même en mode branleur il apporte plus à son équipe que Fofana en mode commando.
13 – Jonathan Davies (Pays de Galles) : Pour son raffut sur Sexton.
14 – Jonathan Wisniewski (France) : Même si ça n’a rien à voir avec le Tournoi ni le poste, pour le plaisir d’une ligne de 3/4 mono-nommée, et que du coup, c’est le prénom d’un avenir qui s’annonce donc flippant.
15 – Leigh Halfpenny (Pays de Galles) : Pour faire plaisir au lobby toulonnais. Ou se foutre de sa gueule, ça marche aussi.