Toi aussi, deviens un vrai boucher ! (partie 1)
par Mathieu Lourdot

  • 11 April 2014
  • 21

 

Par Mathieu Lourdot. (@TanguyAkilou)

 

Salut, jeune homme (ou jeune femme), tu joues au rugby et tu aimerais être reconnu par les milliers de Jean Michel Céquelchain qui peuplent les stades et même avoir une page Facebook à ton nom ?
Malheureusement, tu es doté d’abdos dignes de ceux de Nicolas Mas, ton visage n’est pas aussi gracieux que celui de Maxime Mermoz, tes passes ressemblent à celles de Pascal Papé, tu butes comme Jean Marc Doussain, tu te fais fumer au 100m par un pilier Géorgien asthmatique et tu as peur du ballon. Tout porte à croire que tu ne pourras jamais percer dans le rugby moderne.
Heureusement, tonton Lourdot a la solution. Celle-ci n’inclut pas de se déchirer à la muscu afin de devenir le nouveau Pierrick Gunther ou encore d’apprendre à buter durant des heures pour devenir un sosie de Jérôme Porical.
Mes précieux conseils, suivis à la lettre, te permettront de quitter ton club miteux de 4ème série et d’envisager de jouer à un niveau plus élevé pour, pourquoi pas, atteindre la gloire.

 

Comme le disait maître Ho : « Souviens toi toujours qu’avant d’être centenaire, le grand chêne fut un gland »

 

L’idée de base de ma méthode est la suivante : Il existe dans tous les clubs, un joueur dont on se demande ce qu’il fout sur le terrain. Il n’est pas connu pour ses qualités techniques, défensives ou physiques, il prend environ un carton par match et coûte une douzaine de points à son équipe. On reconnaîtra aisément, dans cette description, un joueur comme Jean Pierre Pérez, Grégory le Corvec, Juan Manuel Leguizamon, Julien Bardy ou Benoit Baby (non en fait, ce dernier, on ne sait vraiment pas ce qu’il fait sur le terrain). Chaque club a besoin de ce type de crevures, capable de faire disjoncter l’adversaire et qui prend un malin plaisir à pourrir toute forme de jeu, ce joueur, ce sera toi.

 

Entre et instruis toi !

 

Disclaimer : La Boucherie Ovalie et Mathieu Lourdot déclinent toute responsabilité quant-à d’éventuelles blessures issues de l’utilisation de cette méthode. Aucun rugbyman n’a été maltraité durant le tournage (enfin pas qu’on sache).

 

Leçon 1 : Mise en condition.
La maîtrise des techniques ancestrales qui ont été compilées par moi même comporte bien évidemment des risques et demande une hygiène de vie parfaite. Il convient tout d’abord de se mettre en condition physique et mentale afin de respecter l’adage bien connu : un esprit malsain dans un corps sain.
Si tout ce qui est petit est mignon, tout ce qui est gros et moche fait peur. L’intimidation est une part non négligeable de ta future transformation. Pour cela, il faut une alimentation saine et équilibrée : bière, viande crue et cassoulet. Ce régime pratiqué durant quelques mois t’amènera aux portes de l’obésité morbide, et alors, tu pourras lire la peur dans les regards de tes adversaires.

 

Regarde ! Ça fout la trouille hein ?

 

Le mental est ultra important. Aimé Jacquet disait « Muscle ton jeu, Robert !»,  c’est l’état d’esprit qui doit dominer. Comme tu es nul rugbystiquement, tu devras te donner à 200% sur le pré afin de perçer. Il faut donc appliquer la méthode mise en place au sein des Spetznaz, la viande crue fera le reste :
  • Privation de sommeil.

 

Après cette préparation, tu seras déjà devenu une machine de guerre prête à en découdre. Mais ta formation n’est pas encore achevée, jeune padawan car, comme le dirait un célèbre concurrent du sponsor principal d’un club qui fait partie du mensonge (c), « sans maîtrise, la puissance n’est rien ».

 

Leçon 2 : Les Skills.
Maintenant que tu es assez moche et con pour faire passer Vincent Moscato pour un prix Nobel, débute la seconde partie de ta formation. On va parler des skills mais pas de ces trucs de flambeurs que peuvent faire les ¾ pour se la péter, des vrais skills de boucher. En effet, si tu partais directement sur le pré, le corps arbitral, peu habitué au sang, se chargerait de te renvoyer aux vestiaires en 2 minutes. Il te faut donc, tel un ninja des temps modernes, te former à toutes les techniques aptes à te rendre aussi discret que Maxime Médard lorsqu’il part fumer sa clope en match.

 

Tu auras déjà une première idée avec ça.

 

Bon là, on a déjà une base de travail, malheureusement, la majorité de ces gestes, s’ils étaient autorisés en 1920 sont désormais aussi bien vus sur un terrain que Delon Armitage au Stade Michelin. Il faut donc être discret, frapper vite et fort tout en sachant que si tu te fais chopper, tu es foutu.

 

1er exercice : La destruction de Maul.

 

 

 

Attention, même en étant passé maître dans cet art, on peut toujours se faire piéger.

 

On commence par quelque chose d’assez simple puisqu’en général, l’arbitre verra rien. L’adversaire forme un maul. Il faut être le premier au contact, et là, c’est déjà 80% du boulot qui est fait. On se colle au porteur du ballon et on utilise ses bras. Plusieurs solutions s’offrent à toi :
  • Coups de poing sur les joueurs adverses en gardant les mains cachées (toujours). C’est simple, efficace et de bon aloi.
  • Coup de boule sur le porteur du ballon. C’est peu discret mais dans le doute, c’est tentable.
  • Le meilleur pour la fin, l’étranglement. Tel le CRS maîtrisant un jeune militant gauchiste à une manif étudiante, tu poses ton avant-bras au niveau de la gorge d’un adversaire te tournant le dos, tu verrouilles avec l’autre bras et tu serres. Une fois qu’il est bleu, tu le lâches, on reste quand même des gentlemen.

 

C’est un Maul !!!

 

2ème exercice : Le cadrage dans ta gueule.

 

Ici, Jean-Marc Doussain nous montre un bel exemple de technique individuelle.

 

C’est un geste assez technique, immortalisé par les élégants Damien Traille et Julien Caminati. Si malgré ton régime draconien, tu es toujours capable de courir un minimum, cette technique s’adresse à toi.
Ce geste se décompose en 3 étapes :
  • La prise de vitesse. Il faut arriver lancé comme un frelon sur l’adversaire sous peine de se faire méchamment tamponner.
  • La prise d’appuis. Cette prise d’appui doit laisser croire à l’adversaire que l’on va l’éviter. Elle se fait au moment où l’adversaire est cadré.
  • Le dans la gueule. Finalement, le changement de direction ne se fait pas et on vient emplâtrer le défenseur en pleine poire. De dernier ayant prévu l’évitement se retrouva fort dépourvu lorsque le boucher fut venu.




Julien Caminati nous offre une magnifique démonstration de cadrage dans ta gueule sur Jonny Wilkinson.
3ème exercice : La manchette Samoane.

 

Manchette Samoane ? Kesseussé ?

 

Geste à haut risque qui amène une forte probabilité de carton malgré le côté indéniablement spectaculaire et efficace de la chose. Ce geste se pratique principalement en défense et nous vient tout droit des îles du Pacifique où les hommes possèdent le gène de la violence (d’après Fabien Galthié).
Là où tout bon entraîneur vous ressortira un poncif vieux comme le monde « Vise le short ! », « Plaque aux chevilles ! », je vous propose une solution bien plus esthétique. En effet, plaquer aux jambes un Samoan de 140 kilos n’est pas forcément l’idée du siècle quand on sait qu’il risque de retomber sur votre dos et de vous briser quelques vertèbres au passage. C’est pourquoi la manchette s’avère une solution de remplacement intéressante.

 

Pour cela, il est important de suivre scrupuleusement les étapes suivantes :
  • Se décaler légèrement comme le premier Porical venu. L’adversaire aura l’impression que vous tentez de fuir et va prendre confiance.
  • Tendre le bras et viser la carotide du joueur ennemi.
  • Effectuer une petite prière intérieure afin de se donner du courage.
  • Garder le bras tendu et sauter vers l’avant en hurlant Banzai !!! (ou autre cri de guerre).
  •  Arriver en planche au niveau de la gorge de l’adversaire. Rebondir ou le faire reculer.
  • Prendre un regard vide et idiot qui en dit long et montrant que « C pa ma fôt! ».
  • Sortir du terrain avec l’air dépité ou complètement ahuri.

 

C’est pas ma faute à mwaaaaa !


Voici une petite illustration d’un maître dans cet art si particulier : Juan Martin Leguizamon.

 

Voilà, jeune lecteur, une fois que tu auras acquis ces quelques bases, tu seras déjà un peu moins manche sur un terrain. Tu parviendras à te rendre vaguement utile sur le pré et peut-être même que les supporters adverses te gratifieront d’un “VOYOU! Depuis le début!” lorsque tu te prendras un carton.

Sache que ta formation est loin d’être achevée et il est possible que je vienne par la suite t’éclairer à nouveau de mes lumières afin de faire de toi l’égal d’un Mamuka Gorgodze ou d’un Bakkies Botha. Continue à bosser et tu deviendras un homme couillu et rudoyant.