Les Bouchers du cinéma : Les Survivants (1993)
par La Boucherie

  • 24 janvier 2013
  • 12

 

Par SACA Merde,

C’est son premier article, alors on lui a demandé de se présenter brièvement : « Bonjour, je suis un supporter du Stade Aurillacois. Je pense que je peux rien faire de plus drôle que cette phrase. ».

Merci à lui. 

 

Les Bouchers du cinéma – Les Survivants (E-U, 1993)

neige

Un film plein de neige et de bons sentiments, c’est forcément un film de Noël.

 

« On est toujours gêné pour donner des nouvelles de son meilleur ami quand on en a mangé soi-même. Aussi tous les hommes raisonnables préfèrent-ils manger du homard. »
Alexandre Vialatte

 

Ce film relate l’acte fondateur de la Grande Tradition Cannibale du rugby uruguayen. Rappel des faits : hiver 1972, une équipe étudiante de Montevideo se déplace (en avion) pour un match amical au Chili. Rien que ça, déjà, c’est marrant. Mais, depuis l’Aéropostale, nous savons que traverser la Cordillère des Andes en avion, c’est une idée à la con. Ce qui devait arriver arriva, l’avion se crasha, l’Uruguayen mourut -majoritairement- et survécut aussi un peu (à hauteur de 34 % environ), d’où le titre du film – ou comment spoiler la fin avant même visionnage. Avec le petit plus de la maison : les seconds bouffèrent consciencieusement les premiers. En 1993 sort donc ce film américain, à propos d’étudiants rugbiteux sud-américains des 70’s. Donc on sait déjà aussi qu’il y aura du brushing.

lemoine

Pablo Lemoine (à gauche du chauve, Christophe Moni), le plus illustre représentant de la vernaculaire tradition du rugby uruguayen dans nos contrées : « Toi, yé té manyérait bien lé coule ! » (à comprendre au sens littéral).

 

Si on sait déjà que le film se terminera bien, il débute mal : par une soirée diapo nous montrant des images d’époque des joueurs durant un match. Ce seront d’ailleurs là les seules images directement liées au rugby. Puis l’un des vrais survivants du crash enchaîne avec un point valeurs© mystiques. Le ton est donné, violons & bondieuseries seront notre lot. Les deux heures de film peuvent démarrer, on sait déjà tout, ça s’annonce un peu long. On commence donc, dans l’avion, où nos sympathiques rugbymen festoient comme il se doit.

avion

« Bienvenue à bord du vol Montevideo-Santiago. Les issues de secours se situent à l’arrière de l’appareil. »

 

On se fait des passes, on fume des clopes, on se chamaille, on fait du bruit, bref, l’on est étudiants. On porte aussi des petits pulls col en V charmants, ce qui, appuyé par un doublage calamiteux, leur donne à tous l’air de ne pas avoir d’orientation sexuelle bien définie. Le temps est fort mauvais, et un raté des pilotes (on ne vole pas en rase-motte en montagne, ça parait évident dit comme cela, et pourtant…) les fait percuter une crête et pulvérise la queue de l’avion. Ce qui a le mérite de faire fermer leurs gueules aux gonzes. Puis c’est le crash à proprement parler, certains meurent, d’autres non, tout ça, tout ça.

Le casting s’est allégé, on peut donc commencer à faire connaissance avec les personnages. Deux enseignements se font jour :

  • Contrairement à son homologue argentin, le rugbyman uruguayen s’appelle peu Juan.
  • Vu les carrures des survivants au crash, il ne fait pas bon être 1ère ligne dans ce genre de circonstances. Ou alors le casting est foireux aussi. Faites votre choix.

Parce qu’il est étudiant en médecine, le personnage de Roberto est le premier à se mettre en valeur. Avec sa gueule d’agent Dale Cooper du pauvre, sa coupe mulet et son regard de cocker dépressif qui vient de subir une tournante, il est assez vite agaçant. Durant tout le film, il sera le leader charismatique qui prend toujours la mauvaise décision, mais que tout le monde suit quand même – une sorte d’Aurélien Rougerie, quoi- sauf Nando.

roberto

Roberto pendant le crash : « Sortez les blessés, les bras cassés ! »

Facile à dire, à Bayonne, ça fait 30 ans qu’ils essaient.

Mais Nando est dans le coma pour le moment. Il en sortira 3 jours plus tard, par la grâce d’un vin uruguayen aux vertus revigorantes (c’est-à-dire que ça réveillerait un mort), malgré sa propension à provoquer des fissures intestinales spatio-temporelles (autrement dit, il y a plus de choses qui sortent du corps que ce qu’il y rentre. Le mauvais vin rouge, des sensations pures). En se réveillant, Nando nous dévoilera vite sa personnalité : merdeux, grande gueule, retors, mais le brushing toujours impeccable, pas de doute, c’est le numéro 9 de l’équipe. Puis, il nous dévoilera ses vices : après être le premier à émettre l’idée de bouffer les morts pour avoir une chance de survie, il désire dormir avec le cadavre encore chaud de sa sœur. Flippant. Mais une fois ses fantasmes morbides effectués, il militera pour se casser de là, et rejoindre le Chili à pied, vu que les équipes de secours ont décidé de pas en branler une, et de laisser les rescapés pour morts.

oyonnax

Attention Top 14, les matches en hiver à Oyonnax, c’est quelque chose.

 

Mais en attendant, il se passe des choses. Par exemple, afin de faire fonctionner la radio, Roberto décide de retrouver la queue de l’avion car, je cite : « Les batteries sont dans la queue », comme dans chaque homme normalement constitué. S’en suivra une expédition ratée à la recherche de la queue. Pour toute analyse freudienne, consultez de préférence une personne compétente en la matière.

Et bien d’autres épisodes arrivent

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pour meubler. Lors du retour de la première expédition-queue (appelons-la comme cela), un instant luge à peu près aussi utile qu’une attaque de trois-quarts écossaise. Ou bien cette scène d’avalanche (faut dire qu’ils n’arrêtent pas de beugler en tout sens depuis déjà quelques semaines, en haut d’une montagne enneigée en plein hiver, rien d’imprévisible là encore), en caméra subjective dans ladite avalanche (j’ai failli vomir, moi), cette fois aussi efficace sur le casting qu’un plan social sur l’emploi ouvrier dans les bas-fonds de la Lorraine, ou plus simplement, qu’un raffut de Gorgodze sur Andreu. Bref, après ça, ils sont beaucoup moins nombreux.

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péclier

 

À Bourgoin, il n’y a vraiment plus d’argent. Ici la réception en l’honneur des 53 ans de carrière d’Alexandre Péclier.

Vienent alors les scènes de cannibalisme à proprement parler. Notons dans un premier temps que les vivants qui bouffent les morts, c’est un changement salutaire par rapport au retour en force des films ou séries de zombies. Nando prouve une nouvelle fois à quel point il est malsain, puisque, s’il refuse de manger sa sœur, ça ne semble pas lui poser de problèmes de manger sa mère elle aussi morte dans le crash. Notons enfin que vu que le n°9 de l’équipe a survécu, s’ils peuvent manger des tripoux de deuxième ligne ou du jarret de pilote alcoolique, il n’y aura pas de magret de connard au menu.

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Pour parler de cette partie du film, laissons à un spécialiste de la gastronomie et du rugby, j’ai nommé chef Constant, le soin de donner son avis d’expert :

constant

« Déjà, un mot sur la philosophie des plats. Roberto a choisi de mettre en valeur le produit brut, cru ou juste à la plancha. Bon, ça pourquoi pas, même si j’aurais préféré un peu d’assaisonnement, avec une bonne sauce. Mais juste le produit brut, il ne faut pas utiliser de surgelés ! Ou à la limite, pour de la viande de pilier, ça l’attendrit. Mais pour du ¾ centre ! C’est sacrilège ! Et puis, il y a les pièces choisies. Il s’attaque directement à la croupe. Ok, c’est la partie la plus grasse. Personnellement, je serais plutôt allé voir du côté des abats : de la moelle de talonneur ! De la joue de flanker ! De l’andouille d’arrière ! De la langue d’entraîneur ! Des rognons de deuxième ligne ! C’est des beaux produits, tout ça. Rustique et goûteux, tout ce que j’aime.
– Hum, merci chef.
– Ou du naseau de dirigeants ! De la sanguette de soigneur cuite dans son éponge !
– Oui, bon, ta gueule maintenant.

Le petit + de Roberto : « Pour de la croupe d’ouvreur, couper la viande en fines tranches, et la faire griller à feu doux pour en préserver tout l’arôme. »

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Une fois que tout le monde a repris des forces, et que le temps se radoucit le printemps arrivant, Nando, Roberto & un larbin quelconque partent enfin pour rejoindre le Chili à pied. Il reste ½ heure de film, avec juste de la randonnée, ça ne s’annonce toujours pas passionnant. Même rythmé par ce boute-en-train de Roberto, qui ne regarde pas où il va alors qu’il marche sur une crête enneigée à 3000m d’altitude. Ou qui veut faire demi-tour alors que trois cols ont déjà été escaladés. Finalement, seul le larbin fera demi-tour pour avoir le droit de manger de la sœur de Nando. Petit chanceux, va.

Et puis bon, la fin on la connait déjà. Ils sont tout contents quand ils arrivent enfin au Chili (ce qui était politiquement parlant

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mauvais signe, en 1972). Les secours retrouvent enfin les rescapés grâce aux indications de Nando & Roberto (tous ces acteurs jouent très mal la joie, soit dit en passant). Les survivants ont passé trois mois coincés dans une montagne avec quasi rien pour survivre (la belle affaire, j’ai bien vécu 20 ans dans le Cantal, moi !).

C’était pas très bien, comme film. Comme à chaque fois qu’un cinéaste essaie d’être à la fois réaliste et metteur en scène, les deux points de vue s’opposent au final, et s’annihilent l’un l’autre. En ce sens, ce fut un précurseur de la vague de biopic de sinistre mémoire des années 2000. Le sujet était pourtant intéressant. Mais la propagande cul-bénie, merci bien. Au lieu de plaindre les héros, et de vouloir qu’ils s’en sortent, eh bien, on se fout juste de leur gueule, ce qui n’est pas très gentil. Les vrais Roberto & Nando ne méritaient pas ça.
Après, encore une fois, le doublage calamiteux (pas trouvé en V.O. sous-titrée) n’aide pas à apprécier le film. Mais permettez-moi de douter que ce soit bien meilleur en V.O.

 

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