Le bilan du Rade'Labo, partie I
par Jonny WillKillSoon

  • 10 juillet 2012
  • 8

Par l'équipe du Crade Labo,

« Une année qui restera dans les annales » aurait pu nous souffler, avec un brin de malice et de mauvais goût, le président toulonnais Mourad Boudjellal à l’issue de cet exercice. Et force est de constater que nous ne pouvons être que d’accord. Vice-champion de France, vice-champion d’Europe (oui bon…), relanceur officiel du Biarritz Olympique, Palme d’Or de la plus belle réplique, Oscar du scénario le plus improbable et Hot d’Or des coiffures qui te coupent l’envie de coucher avec un rugbyman. Bref un bilan séduisant auquel il n’aura manqué au final qu’un titre. Le Rade’Labo revient pour vous sur la saison du RCT :

Les Tops

Steffon Armitage

Pour la quatrième année consécutive, le RCT arrive à placer un troisième ligne bizut dans le XV type du Top 14 et au sommet du classement Merdol. Après Van Niekerk (2009), Fernandez-Lobbe (2010), George Smith (2011), voilà donc Steffon Armitage. Celui que Daniele Rairault surnommait à l’intersaison « Le George Smith du pauvre » a bluffé son monde. Du coup, dans le doute, Mourad a fait signer toute la fratrie en espérant réaliser un nouveau coup de poker gagnant. Comme des images valent mieux que des mots (et comme on sait que personne ne lit) voilà une vidéo pour ceux qui l’auraient loupé cette année. Passez les 30 premières secondes où on le voit faire des sourires Colgate.


David Smith

On attendait Alexis Palisson, on a eu David Smith. Même s’il n’a pas beaucoup marqué, l’ailier de poche du RCT a créé de nombreux décalages décisifs. Des crochets, des accélérations, des prises d’intervalles et aucune blessure (poke @Benjamin Fall), l’Australo-Samoa-Zélandais (merci aux commentateurs de Canal d’avoir su entretenir le mystère) a fait mal à beaucoup d’équipes cette saison. Malgré une relative faiblesse dans le jeu au pied et sous les ballons hauts, l’homme qui tweete plus vite que son ombre a réussi à se faire un nom dans le championnat. On attend plus qu’il perce dans la chanson maintenant.

Les piliers

Le Gallois Elfion Lewis-Roberts a également été une grosse (c’est le cas de le dire) et belle surprise cette année. À défier les lois de la physique tous les week-ends, 1h par match en proposant une activité, un déplacement et une endurance étonnante pour un pilier incontestablement en surpoids. 5 essais et plusieurs nuques brisées en mêlée pour celui qui repartira dès l’an prochain manger les petits enfants de Sale. Il se dit que là-bas Elfion pourra jouer à l’arrière, son poste naturel, chose que son futur entraîneur ne trouve pas sale.

Carl Hayman est redevenu le meilleur pilier droit et il l’a prouvé. Solide en mêlée, mobile et endurant, le fantasme des Toulonnaises a réussi une saison parfaite. Remporte également le titre de boucher du club pour sa tentative d’amputation sans anesthésie sur Ngwenya et, par conséquent, une antalgie sur le palmarès du club.

Carl aurait bien voulu s'amuser avec Steenkamp

Bernard Laporte

Ce que l’avenir vous promet, Bernard l’apporte. Ce qu’on imaginait être au départ un 1er avril aussi précoce qu’un licenciement de Jacques Delmas, fut finalement l’association la plus rock’&’roll du Top 14. On craignait le pire entre un président sulfureux et un ex-politicien/entraîneur/mafieux/directeur sportif/sélectionneur national au sang chaud et aux décisions froides. Mais le couple a accouché d’une des plus belles saisons de Toulon depuis deux décennies. Encore un an à tenir et Ovale Masqué traversera la nouvelle pelouse de Jean Bouin dans son plus simple appareil. Raison de plus pour que le RCT continue d’enchaîner les bons résultats.

SadMoumou
Le jour de la signature de Bernard Laporte

 

Les Flops

Luke Rooney

Pour son retour, l’Australien a alterné entre le bon, le médiocre et le pugilat. Celui qui avait laissé de bons souvenirs sur la Rade n’a pas vraiment réussi son come-back. Un jeu au pied puissant mais approximatif, des surnombres oubliés et une domination dans les airs de plus en plus contestés (par Dulin merde !!). Bref, à quand le retour d’Olivier Grimaud ? (blague pour les initiés toulonnais)

Jean-Philippe Genevois

Dans quelques années on aura oublié que le Berjallien est bel et bien passé par Toulon entre 2010 et 2012. Blessé la première année, pizzaïolo la seconde, on gardera en souvenir son essai au Munster l’an passé, ses plongeons de footballeur, ses blessures à répétition et bien sûr ses calzones. L’année prochaine, retrouvez-le comme plagiste à Biarritz pour l’année de la révélation.

Son plus beau geste technique

Les non-matchs

Si on oublie la défaite 17-0 contre l’ASM à Mayol en début de saison que je qualifierai plus de malchance suite à une succession de mauvaises conjonctures astrales, les Toulonnais ont quand même assisté à pas mal de non-matchs de la part de leur équipe. Certes aller jouer chez des bouseux un samedi après-midi au lieu de parfaire son bronzage ça fout les boules, mais tant qu’à être sur place autant faire le travail. À Agen, Brive, Montpellier, Biarritz et Lyon (à Mayol), les spectateurs ont pu toucher du doigt les limites du plus grand championnat interstellaire de tous les temps. Le genre de match à ne plus reproduire pour devenir une grande équipe.

Samson & Fickou

Il y a 2 sortes de départs en fin de saison : le mec qu’on ne veut plus et le mec qu’on aurait aimé garder mais…

Dans le premier cas, on retrouve des joueurs hors de forme, alcooliques, au niveau technique d’un crabos tétraplégique ou au charisme équivalent celui d’un tabouret. On retrouve donc très normalement dans cette liste : Henjak (l’arnaque qui est restée le plus longtemps au club, belle performance), Rokobaro, Tawake, Loamanu et l’irremplaçable Mason, auteur de la tweerade la plus célèbre du Rade’Labo : « Connard de Français, va t’étouffer avec ton croissant ! » Merci l’artiste.

Et puis il y a la seconde catégorie, la catégorie des joueurs qu’on aurait aimé garder mais qui se sont engagés ailleurs plus tôt ou pour plus d’argent ou de promesses. Parmi ceux là, on retrouve Samson, révélation au poste de deuxième ligne, excellent dans les airs et en défense et qui a honoré sa première sélection contre l’équipe D’ des Pumas.

Le second sera vraisemblablement le futur centre de l’équipe de France. Il a survolé le mondial espoir alors qu’il est surclassé de deux ans. Et dans quelques années on parlera de lui comme « un jeune issu de la formation toulousaine ». Chienne de vie !

Les biens mais pas tops

Le doublé de la lose

Même Clermont n’avait pas osé le faire avant et pourtant. Pour la deuxième année, après 2010, le RCT foire la dernière marche de la Heinekid Cup, cette fois face aux Yachvili Boys. Une défaite sans panache dans un match considéré pour beaucoup comme un appel au suicide collectif. Une défaite qui en appellera une seconde trois semaines plus tard, en finale du championnat, avec l’exclusion pour 4 matchs de Carl Hayman. On laissera le soin à Mourad Boudjellal de soulever la question de la théorie du complot qui touche le RCT depuis les origines du rugby. Mais n’oublions pas que deux finales, pour des mercenaires en pré-retraites, c’est déjà pas mal !

Les fondamentaux

Être dominateur en mêlées toute l’année pour perdre la finale dans ce secteur c’est quand même la faute à pas de chance. Ou au moins la faute à la fédé, la ligue, l’IRB et l’ERC réunis. Par contre afficher un niveau quelconque, voire franchement dégueulasse en touche (cf. la demi contre l’ASM), et faire un sans-faute en finale c’est du génie. Bien mais insuffisant. Troisième trimestre déterminant.

Les nuls

Définition même du « bien mais pas top » : le match nul ! Castres (2 fois) mais aussi à Bayonne, Perpignan et au Stade Français, le RCT est venu partager les points. Oui monsieur, le Toulonnais est partageur, diplomate et vachement sympa et ce ne sont pas les Castrais et les Perpignanais qui diront le contraire. Par contre Mickaël Cheika s’en mord encore les couilles.

La révélation : Pierrick Gunther

Avoir un nom tout droit tiré d’un épisode des Feux de l’amour, le physique d’un Troll et la plastique d’une nageuse de l’ex-URSS sous testostérone c’est quand même un cocktail que peu de personnes peuvent se vanter d’avoir. Pierrick lui peut ! Derrière son look chabalien (ou de clodo c’est au choix) qui favorise la présence d’un taux d’œstrogène élevé dans les tribunes, Gunther a fait son trou en troisième ligne et dans les défenses et côtelettes adverses, reléguant Missoup, El Abd et plus ou moins Van Niekerk sur le banc. Saison récompensée par une présence dans la sélection des Barbarians français.

Le come-back de la mort qui tue : Sébastien Tillous-Borde

Entre blessures et blessures, Séb pouvait se vanter d’être le troisième choix au poste de demi-de-mêlée dans l’impressionnant squad castrais l’an passée. Lui qui était un des premiers choix au poste de 9 au début de l’ère Liévremont s’est retrouvé dans l’anonymat le plus complet après avoir fait une Domingo. L’homme aux bras de lutteur gréco-romain, victime du syndrome « départ au ras » (dont le sujet le plus atteint reste Luke Burgess), a su briller par sa densité physique, ses essais (5 aussi) et ses bons choix. Il n’attend plus qu’un coup de fil de Saint-André maintenant.

« Hey mec, t'es pas en Argentine ?
– Ta gueule. »
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