Le Labo'ccitan revient sur la demi-finale Toulouse – Castres (24-15)
par Le Stagiaire

  • 03 juin 2012
  • 34

Par le Stagiaire,

Le contexte :

Pour la grande majorité des amateurs de rugby, l’issue de cette première demi-finale du championnat ne faisait aucun doute. Considéré comme le meilleur club de France (voire de tout l’hémisphère sud)  avec un palmarès exceptionnel et des supporters omniprésents ; personne ou presque ne voyait comment le Castres Olympique pouvait passer à côté d’une qualification en finale de ce Daube 14. Face à eux se dressait la petite équipe du Stade Toulousain, écartée des terrains depuis plusieurs semaines tant leur niveau de jeu faisait peine à voir, comme en témoigne cette élimination précoce en quart de finale de H-Cup face au club (presque) amateur et (complètement) écossais d’Edimbourg. Les Rouge et Noir avaient l’avantage d’accueillir la joute (la fédération voulant promouvoir le rugby dans cette ville peu encline à s’enthousiasmer pour un ballon ovale) mais il était peu probable que cela ne suffise à contrarier la machine castraise, qui avait facilement vaincu Montpellier la semaine passée. Rappelons que le MHRC était pourtant finaliste de la dernière édition et que cette ville (également championne de France de football et de handball en titre) est considérée comme faisant évoluer tous les meilleurs espoirs du rugby français.

Le Castres Olympique était donc programmé pour ne faire qu’une bouchée des surprenants demi-finalistes toulousains. Beaucoup d’entre vous peuvent alors se demander comment expliquer la présence d’une équipe si faible à ce stade de la compétition. En fait, c’est assez simple ; ces derniers ont tout simplement profité des nombreux doublons causés par la Coupe du Monde et les absences d’internationaux qui en résultent. Les favoris de la compétition se sont alors retrouvés terriblement pénalisés par ces absences ; pendant qu’elles étaient effectives tout d’abord, mais aussi sur cette fin de saison où les joueurs jouent sur les rotules après une saison interminable.

Heureusement, en ce soir de juin, justice devait être faite, et le Rugby avec un R majuscule et ses Valeurs avec un Verre majuscule devaient triompher au terme d’une partie à sens unique.

Le Match :

Les compositions d’équipe sont sans surprise et Castres débarque avec sa pléiade d’internationaux (Chris Masoe : 20 sélections chez les All-Blacks en même pas 3 ans ; Max Evans presque à ¼ de la centaine de sélections chez le XV du Chardon ou encore Luc Ducalcon, récent finaliste de la Coupe du Monde avec l’Equipe de France). De son côté, Toulouse est contraint d’aligner un pack vieillissant et incapable de se renouveler, à l’image de la titularisation de William Servat, mi-estropié mi-entraîneur des avants. Derrière, on aligne Jean-Marc Doussain, qui n’a même pas été capable d’être appelé en équipe de France pour la tournée de cet été, malgré le niveau désespérant affiché par ses concurrents durant le tournoi des Six Nations. La blessure de Maxime Médard, seul joueur un peu créatif de l’effectif, a quant à elle contraint les entraîneurs à placer au poste d’arrière Clément Poitrenaud, infoutu de s’imposer en Equipe de France depuis 10 ans alors que le seul concurrent auquel il ait vraiment eu affaire est Damien Traille. Pour vous dire. On se félicitera cependant que le staff ne nous ait pas infligé la présence sur la feuille d’Yves Donguy, presque-meilleur marqueur du championnat ou de Yannick Nyanga, qui avait déjà injustement participé à ces mêmes phases finales lors de l’exercice précédent, alors qu’il n’en avait pas branlé une de l’année. Chacun son tour.

La première intelligence tactique des Rouge et Noir va être d’aller jouer chez leurs adversaires grâce à cette arme imparable qu’est le coup d’envoi. Puis, après un échange de chandelles traditionnelles pour un match de Top 14, Poitrenaud tente une relance hasardeuse et est plaqué haut par Ibrahim Diarra. Du moins selon l’arbitre qui, si vous voulez notre avis, voulait simplement encourager les Toulousains à oublier la pression qu’ils pouvaient avoir dans un match avec un enjeu qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de gérer. Hélas, Beauxis, dont le jeu au pied n’est pas vraiment le point fort, rate sa tentative. Quelques minutes plus tard, son homologue castrais va tenter à son tour de sanctionner une faute « de jeunesse » toulousaine mais de 60 mètres, histoire de bien montrer qu’ils ne jouent pas dans la même cour. Mais Bernard, sûrement victime d’un excès de confiance, rate sa tentative (du mauvais pied).

Les deux équipes nous laissent cependant assister à un match de haut niveau, comme seul le Top 14 peut en offrir. En effet, dans la foulée, une nouvelle pénalité vient complètement relancer l’intérêt du match. Cette fois-ci, Lionel Beauxis, humilié par son premier échec, laisse Luke Skymacalister tenter sa chance. Force est de constater que le Néo-Zélandais (oui, ce joueur moyen qui avait partiellement coûté la victoire aux All-Blacks en 2007 en se prenant un carton jaune idiot) a plus de force que lui, puisque d’un peu plus de 55 mètres, sa tentative passe entre les perches.
Vexés, les « visiteurs » repartent à l’assaut, mais après quelques actions de grande classe, sont à nouveau pénalisés. De nouveau de loin, Mc Alister enquille et permet aux quelques supporters toulousains ayant fait le déplacement d’espérer accrocher le bonus défensif.

Robocop, l’homme au plus de 3 000 points, rate à son tour une tentative pour Castres, avant que son coéquipier Bernardo ne réussisse enfin à viser à peu près correctement et ouvrir par la même occasion le compteur des favoris.

Vient ensuite une action surprenante où l’ouvreur des Rouge et Noir subit la pression de l’omniprésente 3ème ligne adverse et va, dans un mouvement de panique, tenter un drop dans une position impossible. Et encore une fois, la tentative est couronnée de succès et permet à son équipe de garder une petite marge d’avance.

Et même si les Toulousains voient leur audace récompensée, la supériorité castraise annoncée finit par reprendre le dessus et leur permet de revenir à égalité à la demi-heure de jeu (grâce notamment à un beau drop de Bernard). Les bookmakers soufflent et envisagent un peu plus sereinement la suite de la rencontre. Mais encore une fois, c’est sans compter sur l’atmosphère hitchcockienne que le sort semble vouloir donner à cette dernière.
Une position de hor

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s-jeu des hommes du Tarn va permettre aux outsiders de reprendre l’avantage qui ne sera pas comblé dans la foulée, une nouvelle tentative de l’ouvreur castrais terminant à côté des poteaux.

C’est à la 33ème minute que Matthieu Lartot aurait annoncé le premier tournant du match. Florian Fritz, le centre toulousain, écope d’un carton jaune pour deux plaquages hauts successifs. Encore une fois, Bernard échoue dans sa tentative pour convertir la pénalité… On pense que le match bascule à nouveau quand quelques instants plus tard, le frère du célèbre chanteur Tom Evans se fait la malle sur le petit côté, navigue dans la défense gruyère et dépassée des autochtones et se dirige à toute vitesse vers la ligne d’en-but. Mais c’est sans compter sur le retour d’un certain Vincent Clerc (seulement 9 matchs cette saison et titulaire parce qu’il a des liens de parenté avec le coach) qui sauve son équipe après un plaquage aussi efficace que peu académique. C’est sur cette même action que l’autre ailier toulousain, Timoci Matanavou, trop content de toucher le ballon et d’avoir une opportunité de l’aplatir dans un en-but, s’en saisi et plonge victorieusement. Ce n’est pas au goût de l’arbitre qui le sanctionne pour une position de hors-jeu et l’enjoint à retrouver son coéquipier centre sur le banc des punis. Troisième tournant du match en même pas dix minutes et ça commence franchement à me donner la gerbe.

Entre temps, le staff du Castres Olympique s’est occupé de re-huiler Robocop afin qu’il puisse prendre la suite de son ouvreur maladroit (qui n’aura pour autant pas eu le privilège Michalesque de se faire siffler par tout le Stadium). Et enfin…  il réussit ! Non sans se payer le luxe de taper le poteau au passage, faisant de lui un candidat sérieux au Challenge Téléfoot. On notera également l’ambition castraise qui vise à prendre la pénalité alors qu’ils étaient à 5 mètres de l’en-but adverse et à 13 contre 15.

Avant la mi-temps ce sont cependant les Rouge et Noir qui vont à nouveau trouver le chemin des poteaux, toujours par l’intermédiaire de McAlister. Le score est donc de 15 à 12 et dans les vestiaires toulousains on se prend à rêver d’un exploit.

Très vite après la pause, les visiteurs vont cependant égaliser avec une pénalité enfin réussie par Bernard. Mais en pleine confiance, les Toulousains vont s’accrocher jusqu’à obtenir une nouvelle pénalité qui les fera basculer en tête. Ces derniers, bien conscients d’être limités techniquement par rapport à leurs adversaires, vont se contenter de gérer leur avance, avec un jeu peu ambitieux mais terriblement efficace.

Les minutes défilent et les Toulousains vont faire un premier mini-break à 15 minutes de la sirène avec une nouvelle pénalité de Mc Alister. 10 minutes plus tard, les Castrais sont à nouveau pénalisés. Nouvelle balle de break pour le centre-ouvreur néo-zélandais qui tremble beaucoup moins que son pays dans certaines régions, et passe 3 points supplémentaires. 24-15. Jeu, set et match.

Les Toulousains exultent alors que leurs adversaires sont dépités, les yeux dans le vague, n’arrivant encore probablement pas à réaliser qu’ils venaient de laisser passer un match plus qu’à leur portée. Mais la question que nous nous posons tous est de savoir si les vainqueurs du soir auront la force et la fraîcheur pour aller réaliser un nouvel exploit au Stade de France la semaine prochaine et décrocher (enfin !) un titre qui leur échappe depuis près d’un an maintenant…

Les joueurs :

Côté Castrais, Chris Masoe, fidèle à son titre de presque-meilleur-joueur-du-monde, a été énorme. La mêlée castraise a également bien tenu, même si pénalisée à plusieurs reprises. Elle aura dans le même temps considérablement gêné la plupart des sorties de balle adverse. La charnière Bernard et Bianca n’a pas eu le rayonnement de la semaine passée, Bernardo, en plus d’être muet, s’étant vu depuis la semaine dernière greffer le pied de Julien Malzieu. Evans a couru vite (une fois) mais pas assez puisque Clerc lui a repris 20 mètres en une demi-seconde. Martial a été fidèle à la loi qui porte son nom en allant se coucher à 21h et Andreu a été courageux comme Tyron Lannister sur le champ de bataille, sauf qu’il n’a pas eu l’occasion de sortir des répliques aussi marrantes. Enfin, Teulet (qui mérite tellement d’aller en équipe de France selon certains spécialistes) a fait la même chose tout le match : récupération de balle, petite chandelle par-dessus, et ballon perdu au duel en l’air parce que bon faut pas oublier qu’il fait 1m20 les bras levés. Heureusement qu’il a été bon dans ses tirs au but…

Du côté des rugbymen anonymes, on soulignera l’omniprésence de Dusautoir, le toujours impeccable Jean Dridéal et l’impérial Poitrenaud sous les ballons hauts. La charnière, quelle qu’elle fut, a eu du mal à se trouver et à gérer les successions de temps de jeu, avec de nombreux mauvais choix. Enfin, quand on connaît la régularité au pied de Mc Alister, on peut déjà désigner quelqu’un d’autre pour s’occuper de cette tâche en finale. Après une telle performance, on peut prévoir qu’il sera maudit, lui et sa famille, sur à peu près trois générations.

Pour concluer :

Ce match aura donc avant tout été un gros combat devant. Beaucoup d'intensité et du suspens. Mais pour l'anecdote, le bar où j'ai assisté à la diffusion du match retransmettait sur un autre écran du Super Rugby (et sur un autre du baseball mais on s'en tape c'est pas le sujet). J'ai tourné trois fois la tête, j'ai vu deux essais et du jeu à 100 à l'heure. Malaise quand on repasse sur la demi-finale du Top 14… Alors on peut féliciter le Stade Toulousain, pour cette nouvelle finale et cette régularité au plus haut niveau. Mais doit-on pour autant s'enthousiasmer devant un jeu aussi restrictif et peu enthousiasmant depuis 3 ans ? Et après on pleure quand on voit jouer le Leinster… ou pour d'autres raisons, l'Equipe de France…

Le débat est ouvert dans les commentaires. Lattez-vous la gueule.

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