Sex and the Marcoussis-City
par Aguilera

  • 15 juin 2011
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A la rédac de Belle, nous avions été enthousiasmées par l’interview beauty de notre nouvel ami Aurélien Rougerie. Enhardies par cette première expérience, nous avons décidé de sortir une nouvelle fois des sentiers battus des stars du ciné et de la mode (provisoirement je vous rassure), et d’envisager une interview fashion d’un autre charmant rugbyman. Mais qui choisir de suffisamment trendy dans ce milieu nouveau pour nous (seule Caroline, la stagiaire de Perpignan, avait déjà vu un match de rugby) ? Nous avons demandé à un ami qui travaille à l’Equipe de nous faire un dossier photos pour juger sur pièces. Malheureusement, bien que semblant tout à fait sympathiques, peu de joueurs pouvaient prétendre à un statut glamour en dehors du terrain, l’essentiel de leur garde robe semblant se résumer à des polos de marques suspectes, des bermudas multipoches parfaitement beaufs et des tongs plus que basiques. Mais Caroline nous a orientées vers un fort joli garçon, Maxime Mermoz, dont elle conserve la photographie avec un autographe (« bises à Caro. Signé Max ») dans la poche intérieure de son Balenciaga rose framboise écrasée (une tuerie, ce sac). Elle semblait un peu émoustillée en nous la montrant et le rose lui montait aux joues. Trop Kawai ! Bon, le choix était fait. Mais qu’il fut difficile d’établir un contact. Max n’a pas d’attaché de presse et nous avons dû appeler le Président de son club, monsieur Paul. Le contact fut un peu rugueux.

« Allo, monsieur Paul ? Bonjour et pardonnez moi de vous déranger. Je suis Camélia Todd-Jones, journaliste mode à Belle. Nous cherchons à joindre un de vos joueurs, Maxime Mermoz »

« Et alors, qu’est-ce que ça peut me faire ? Et c’est quoi Belle ? Vous ne seriez pas par hasard un de ces agents rapaces qui veulent me piquer mon joueur parce que je n’ai pas assez d’argent pour le garder ? »

« Oh non, monsieur Paul ! Belle est un grand hebdo féminin. J’ai vu des photos de Max et j’aimerais l’interviewer sur son rapport à la mode. S’il pouvait me consacrer une heure … »

« Oh ça, du temps, il en a. Quand il n’est pas blessé, il est à Marcoussis, comme en ce moment. Autrement dit, il ne fait rien. »

« Marcoussis, mais quel est donc cet endroit au nom étrange ?

« Un endroit ou une trentaine de feignants font mumuse avec un ballon ovale sous la direction d’un chef scout parfaitement nunuche pendant que leurs clubs respectifs les paient des mille et des cents. Vous pouvez aller les voir, ça leur fera une distraction »

N’écoutant que mon courage et après avoir obtenu l’autorisation de la Fédération de rugby sur les conseils de M. Paul (« ces andouilles, ils feraient tout pour se faire de la pub, même dans un journal de gonzesses »), je me rendis au Centre de Marcoussis.

J’avais rendez-vous avec le chef scout. Fort bel homme : regard tendre et caressant, sourire engageant. Parfaitement craquant, mais sa dimension fashion ne me semblait pas évidente. Je me présentai et lui demandai où se trouvait Maxime Mermoz.

« Max ? Il se soigne ».

« Il est malade ?

« Non, blessé comme d’hab.

« Ce n’est pas grave, j’espère ?

« Non bien sûr, il pourra jouer la Coupe du Monde. Enfin, je crois … Peut-être … Allez y, allez y. Il est dans sa chambre, au premier étage à droite. »

En m’engageant dans l’escalier, je remarquai que beaucoup de ces garçons se déplaçaient qui avec des béquilles ou une perfusion, qui avec un déambulateur ou dans un fauteuil roulant. Leur manque d’entrain faisait peine à voir.

Marcoussis accueillait sûrement les patients d’un service hospitalier de grands poly-traumatisés, sans doute pour distraire ces pauvres blessés de leur triste quotidien. Quelle grandeur d’âme.

Je croisai un jeune garçon au crâne rasé, rond comme une boule, et exagérément musclé pour la fan de Jude Law que je suis. Il boitait de façon appuyée, et je ne pus m’empêcher de lui demander s’il allait bientôt pouvoir quitter l’hôpital. « Mais Madame », me répondit-il, visiblement surpris, « Je suis un des deux piliers gauches de l’Equipe de France et je suis en préparation pour la Coupe du Monde ». Je m’excusai platement lui expliquant l’avoir pris pour un de ces pauvres estropiés que le XV de France avait gentiment invités.

« Mais Madame, ce sont tous des joueurs de l’EDF ».

Je vous avoue que, même étant parfaitement ignorante en matière de sport, j’éprouvai quelque inquiétude pour l’avenir de notre équipe nationale en Nouvelle Zélande (Eh oui, Caro m’avait renseignée sur leur future destination).

J’écartai ce moment de doute et me dirigeai vers la chambre de Max. Il me reçut poliment et l’interview pouvait enfin commencer.

« Max, votre marque de jeans préférée …

Mais des cris s’échappaient de la chambre voisine.

« Abruti de Toulousain !!!

« Ahuri de Catalan !!

« Casse-toi, tu n’as rien à faire dans cette chambre. Avec Max, vous avez volé la place de Yannick et de Clem !

« Et toi, t’en as pas marre de jouer au capitaine courage, face d’huître ? »

Max paraissait gêné.

« Ce sont Dusautoir et Marty. Ils partagent la même chambre. Petite dispute provenant de la rivalité entre Toulouse et Perpignan ».

« Ah bon ? Je croyais que l’amitié et la solidarité étaient des valeurs essentielles du rugby. »

J’allais reprendre mon interview quand j’entendis la voix d’un troisième individu. Enfin, la voix … Un hurlement devais-je dire, dans un langage guttural, ce qui donnait à peu près ça :

« Euskera doan itzuli behera ongi etorri glosategi, donibane lohitzun marrietzeka kaxu, Biarritz Olympiquéa !!! »

J’entendis le Catalan répliquer :

« Et toi, le Basque, tu la fermes. De toutes façons, le BO on connaît, que des nuls, on se demande pourquoi notre grand entraîneur (ah ! ah !) en sélectionne autant, par favoritisme sans doute et c’est vrai que quand on a les arbitres avec soi, comme l’a dit Chabal, et ça lui a coûté sa sélection, on peut faire les malins »

« Ah bon, et l’USAP, même pas qualifiés cette année et pas de HCup la saison prochaine, c’est jojo ça peut-être, c’est la faute des arbitres aussi ? Espèce de donneur de leçons. C’est bien français, ça.

« Je suis Catalan !!

« Mille excuses. C’est sensé être mieux ? »

Mais un nouveau joueur entra dans la chambre.

« Tiens, le merdeux auvergnat. Et il va comment depuis que Toulouse a écrasé Clermont en demies ?

« Le merdeux vous emmerde et j’ai suffisamment conscience de ma valeur intrinsèque pour ne pas me laisser démoraliser par une défaite anecdotique dans un championnat anecdotique alors que je vais jouer la Coupe du Monde titulaire à la mêlée. »

« Titulaire, mon œil, faudra d’abord passer sur le corps de Yach, et je te souhaite bien du plaisir. Et d’abord, il a de plus jolis cheveux que toi. »

A ce stade de la discussion et voyant que Max était chaud bouillant à l’idée de retrouver ses petits camarades et d’apporter une contribution pertinente aux débats, je compris que mon interview était définitivement gâchée.

Je m’excusais rapidement auprès de Maxime et pris le chemin du retour.
Au journal, Caro était excitée comme une puce. Avant de la laisser me bombarder de questions, je lui dis :

« Dis moi Caro, il me semble qu’au service culturel, il y a une stagiaire de Montpellier. On pourrait peut-être lui demander des tuyaux sur un joueur de Hand ? ».

Aguiléra.